‹ Sensation et mouvementChapitre 2 sur 49 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'énergie de l'effort musculaire suivant les races et suivant le développement intellectuel.

L'impossibilité, dit Bain (1), d'estimer avec précision la quantité est, dans toutes les branches de la science, une défectuosité sérieuse ; elle empêche de faire de cette branche une science exacte. Il faut bien reconnaître que la psychologie est une des sciences dans lesquelles la notion de quantité est le plus difficile à acquérir, même approximativement. Cette difficulté me fera pardonner, j'espère, les imperfections de la tentative que j'ai faite en essayant de montrer, dans une série de communications à la Société de biologie (2) et à la Société de psychologie physiologique (3) que les excitations périphériques et les phénomènes psychiques qui en sont la conséquence s'accompagnent de manifestations motrices que l'on peut mettre en évidence même par des procédés grossiers, lorsqu'on se place dans des conditions favorables d'expérimentation. Quelques observations, dans lesquelles il a été possible de mesurer à la fois l'excitation et la force produite, semblent apporter

(1) Bain, 1rs Émotions et la Volonté, trad. franc, p.23.

(2) Comptes rendus de la Société de biologie, 1885, pp. 223, 242, 253; 270, 285, 316, 348, 362, 413, 4IG, 420, 437, 496, 590, 629 ; - ibid.,1886, pp. 178, 185, 220; 389.

(3) Revue philosophique, octobre 1885, mars et juillet 1880.

la démonstration matérielle d'un certain nombre d'idées théoriques émises par les psychologues modernes ; elles m'ont paru dignes d'être groupées et condensées.

Le temps ne me parait pas encore venu de faire un exposé didactique de ces recherches ; et j'ai préféré pour le moment me contenter de rapporter les expériences dans l'ordre où elles ont été faites.

Le naturaliste Péron avait, des 1800-1804, constaté que les indigènes de la Nouvelle-Hollande et les Malais de l'île Timor offraient une puissance d'effort musculaire beaucoup moindre que celle des marins français qui purent leur être comparés. M. Manouvrier (1) a fait la même remarque sur la plupart des sauvages exhibés au Jardin zoologique d'acclimatation ; et nous avons pu voir aussi que, sur un certain nombre de nègres, l'énergie de l'effort de pression mesurée au dynamomètre manuel est moindre que chez la moyenne des Européens.

D'autre part, Broca avait entrepris, dans les dernières années de sa vie, des recherches dont nous n'avons pas retrouvé la trace dans ses publications, mais qui, nous devons le dire, ont été le point de départ de nos propres études. Il s'agissait d'explorer l'état des forces constaté à la main, au moyen du dynamomètre de Régnier, chez des sujets appartenant à différentes classes de la société. Le résultat de ces observations nous montre que la pression produite par l'effort de flexion des doigts est moins forte chez les ouvriers dont la pro-

fessit si exclusivement manuelle, que chez les ou\ riers

d'art, qui dépensent moins de force musculaire, mais dent l'intelligence est plus enjeu; et cette preicion est plus considérable encore chez les sujets adonnés aux professions libérales, dans les mômes conditions d'âge. L'influence de ta taille semble peu considérable. Un cer-

\\) Manouvrier, ta Fonction psycho-motrice (lievue philosophique .. |ulO, |'. 645).

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