‹ Sensation et mouvementChapitre 27 sur 49 · PLAISIR ET DOULEUR · texte numérisé non relu

PLAISIR ET DOULEUR

odeurs, a bien voulu nous servir de sujet d'expérience. Après avoir pris la force dynamométrique de la main droite, qui varie de 50 à 55 dans plusieurs épreuves, nous approchons vivement de ses narines un flacon contenant du musc pur qui nous a été obligeamment prêté par notre ami, M. Ch. Girard, directeur du laboratoire municipal, c'est dire qu'il s'agit d'un produit parfaitement sûr. M. G. déclare que cette odeur est extrêmement désagréable ; sa force dynamométrique, prise à ce moment, donne 45, c'est-à-dire qu'elle semble diminuée. La même expérience est reprise plus tard, mais en laissant le flacon à distance, de telle sorte que l'impression arrive atténuée ; M. G. déclare alors que cette odeur est très agréable, et sa physionomie exprime très nettement la satisfaction ; il donne alors une pression de 65, c'est-à-dire une augmentation de 10 à 15, d'un sixième ou d'un cinquième.

Chez une hystérique, anesthésique générale, quia une obnubilation très manifeste du sens de l'odorat, l'approche immédiate du flacon de musc détermine une sensation très agréable en même temps qu'une dynamogénie très intense (46 au lieu de 23). Dans une autre expérience sur le même sujet, nous laissons le flacon de musc au contact des narines pendant trois minutes ; après avoir déclaré d'abord la sensation très agréable, il commence à en être incommodé ; l'exploration dynamométrique, qui n'avait pas été faite jusque-là, donne 19, c'est-à-dire une diminution notable. Si on continue l'expérience, si on persiste à faire agir l'odeur du musc, peu à peu la sensation s'affaiblit, puis disparait, la réaction dynamométrique baisse encore un peu, enfin le sujet tombe dans le sommeil léthargique. La sensation olfactive a agi exactement comme les sensations auditives et visuelles prolongées ; toutes sont excitantes au début, puis déterminent l'épuisement qui aboutit au sommeil, quand il s'agit'd'un sujet prédisposé.

Cette succession de phénomènes, soit dit en passant, montre que le sommeil provoqué n'est pas séparé du sommeil spontané à son origine ; la fatigue est la cause primordiale ; tantùt elle se produit à la suite d'une décharge brusque résultant des mouvements réflexes déterminés par une impression brusque; tantùt elle se produit lentement en conséquence d'une impression prolongée et monotone (1). Notons d'ailleurs que cette succession de phénomènes, à savoir sous l'influence d'une même excitation, la sensation forte, puis l'absence de sensation, et la fatigue, excite à l'état physiologique; et on peut la reproduire sur bon nombre de sujets normaux. 11 en découle qu'une excitation, même lorsqu'elle n'est plus perdue, détermine encore des effets dynamiques et finalement la fatigue. Une excitation agréable ou désagréable peut cesser d'être perçue sans pour cela cesser d'exercer des effets mécaniques, dont l'absence est parfaitement reconnue lorsque l'excitation vient à être supprimée.

Ces différentes expériences concordent parfaitement pour nous montrer que les sensations agréables s'accompagnent d'une augmentation de l'énergie, tandis que les désagréables s'accompagnent d'une diminution. La sensation de plaisir se résout donc dans une sensation île puissance; la sensation de déplaisir dans une sensation d'impuissance. Nous en sommes donc arrivés à la démonstration matérielle des idées théoriques émises avec plus ou moins declarté |iar Kant, par Bain, par Darwin, par Duraont, sur le plaisir et la douleur.

Or toute excitation qui amène une augmentation do l'énergie potentielle se termine par une décharge, tantùt lente, quand l'excitation est modérée, tantôt brusque, quand l'excitation est iovtc, et détermine des mou-

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s Ki l •omnambuliqiM le Magnétisme anima/, p. 02.

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