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LES NUISIBLES

intellectuelle, pour une aristocratie névropathique à laquelle il devient permis de voler et de tuer impunément jusque dans le temple de la justice. C'est fouler aux pieds non seulement le principe de l'égalité des coupables, mais encore un autre principe, non moins respectable, celui de l'égalité des victimes.

C'est la fonction de protection qui est la fonction essentielle de tout gouvernement, dit-on. Croit-on qu'elle est remplie quand on a protégé la partie la plus dégénérée de la population contre la plus vivace et la plus féconde ? On peut discuter la légitimité du droit de punir ; le droit d'être protégé quand on a rempli toutes ses obligations sociales est indiscutable. Nous aurons à revenir sur cette question qui ne peut pas être traitée incidemment.

Mais ce n'est pas seulement en limitant autant que possible l'action des nuisibles par l'inflexibilité de la loi que l'on peut ralentir les progrès de la dégénérescence, c'est surtout en s'opposant s'il se peut à leur reproduction. Or comment arriver à ce résultat ? Il n'y a aucune loi sur laquelle on puisse s'appuyer pour interdire les unions entre dégénérés, et on ne peut même pas supposer une loi semblable, car qui serait en mesure de décider à quel degré de dégénérescence il faut s'arrêter ? Le seul moyen qui puisse être tenté est d'instruire le public, de lui apprendre par tous les moyens, comme une notion de nécessité urgente, les lois fatales de l'hérédité et de la dégénérescence, de sorte que les moins atteints sachent se mettre en garde. Il ne faut pas laisser s'accréditer cette erreur qu'une infusion de sang nouveau peut faire remonter à une famille l'échelle de la dégénérescence : à ces croisements, les races déchues ne gagnent pas ce que les bonnes perdent. Il faut que le faible périsse, telle est la loi fatale. C'est en la craignant et non point en cherchant à la tourner, que l'on peut espérer de maintenir l'espèce dans des conditions favorables d'adaptation.

L'évolution de l'univers est nécessairement harmonique ; s'il est vrai que des modifications cosmiques doivent s'accomplir, telles qu'un jour des êtres humains soient incapables de vivre sur ce globe, il est vraisemblable que l'homme, après une série d'adaptations successives, aura suffisamment dégénéré pour que sa disparition puisse se faire graduellement et sans secousse. Nul ne peut avoir la prétention de s'opposer ni à ces modifications cosmiques ni à leurs conséquences ; mais ce qu'on peut espérer c'est que de bonnes mesures d'hygiène et la divulgation des lois de l'hérédité morbide et des causes de déchéance organique permettent de prolonger l'adaptation, en rendant la vie meilleure pour un plus grand nombre d'individus.

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