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INDUCTION PSYCHO-MOTRICE

de la représentation mentale de ce même mouvement. C'est la démonstration expérimentale de l'opinion admise par les psychologues, que l'idée du mouvement c'est déjà le mouvement qui commence. Elle a pour corollaire que, toutes les fois que l'idée est suffisamment intense, l'action la suit nécessairement. C'est là une notion bien importante pour l'intelligence des impulsions irrésistibles, où l'acte devient la conséquence inévitable de la persistance de l'idée. D'autre part, on est en droit de dire qu'une idée n'existe effectivement que lorsqu'elle est suivie d'un acte qui est la seule preuve de l'intensité suffisante, ou au moins qu'il faut distinguer les idées faibles ou statiques, non suivies d'actes, et les idées fortes ou dynamiques , avec impulsion irrésistible à l'action.

L'induction psycho-motrice joue un rôle considérable dans la contagion des émotions et des sentiments. La vue d'un mouvement invite, disons-nous, à la reproduction de ce mouvement : or les expressions de la physionomie, qui traduisent les émotions, sont susceptibles de se reproduire de la même manière, en dehors de tout état de conscience. D'autre part, c'est un point mis en lumière par Braid, par MM. Charcotet Richer, etc., que l'attitude et l'expression suggèrent l'idée ou l'émotion correspondante. Si on peut lire sur son visage la pensée de son interlocuteur, c'est qu'en le regardant on prend inconsciemment son expression, et l'idée se présente en conséquence ; la lecture directe ne se fait que lorsque l'expression est forcée. On a cité un diplomate qui avait l'habitude d'imiter la mimique des gens qu'il voulait deviner (1).

Il est possible que certains sujets particulièrement

(1) Confucius pensait que l'habitude de gestes et d'attitudes convenables détermine nécessairement des sentiments convenables, et c'est là le but en somme du cérémonial qui joue un si grand rôle dans la religion et on peut dire dans la morale des Chinois.

sensibles au phénomène de l'induction psycho-motrice imitent inconsciemment les mouvements qui accompagnent nécessairement l'idée de celui qui se trouve en leur présence, et soient par conséquent amenés ainsi à éprouver la même émotion, la même pensée, à obéir, en un mot, à ce qu'on appelle la suggestion mentale.

L'idée du mouvement, c'est déjà le mouvement qui commence ; aussi l'idée d'un mouvement que l'on veut éviter, d'un mot que l'on veut taire, est nécessairement chez certains sujets suivie do l'acte. Quelques individus n'ont rien de plus pressé que de raconter un secret qu'ils ont intérêt à garder. La nécessité de l'action, quand l'idée est suffisamment intense, rend compte physiologiqueraent du rôle nocif de la presse par les narrations des crimes, des procès scandaleux, etc.

L'induction réciproque multiplie l'émotion ; c'est ce qu'on voit souvent dans les assemblées. L'expression du plaisir, peinte sur un autre visage, augmente notre propre plaisir ; d'où il résulte que l'on a intérêt à provoquer le plaisir de l'autre pour augmenter le sien. L'origine égoïste de l'altruisme peut s'expliquer ainsi physiologiquement ; et les considérations qui précèdent font soupçonner que si, comme l'a dit Littré (1), l'altruisme est en corrélation avec la sexualité, c'est par un procédé différent de celui qu'il indique.

Cette nécessité qui s'impose à la longue de reproduire le mouvement que l'on voit faire, de prendre l'expression des personnes avec lesquelles on a l'habitude do vivre peut peut-être rendre compte de la ressemblance qu'on observé quelquefois chez des époux qui ont vécu longtemps ensemblo (Lavater). Elle explique la contagion de l'accent, de certains spasmes, comme le bâillement, etc. L'exagération de la puissance d'un mouvement sens

(t)Littré, (m Originel orgtnlquu '/<• la monte [Reoue <it philosophie iiosilive ; 1870, t.IV).

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