ROLE DE L'ATTENTION
l'influence de la vue de ce mouvement nous fait, avonsnous dit, comprendre comment la simple représentation mentale du mouvement peut aussi en exagérer l'intensité ; mais plus faiblement, puisque le souvenir ne donne en général qu'un renouvellement atténué de la sensation. Toutefois cette exagération peut se démontrer, se peser, et elle est très importante à connaître lorsqu'on se livre aux recherches qui nous occupent.
Lorsque le sujet est prévenu qu'on va lui demander de faire un mouvement de pression, cet effort préparé est beaucoup plus énergique que l'effort fait au comman* de ment.
Ce résultat est tout à fait en rapport avec les faits connus et relatifs à l'étude des sensations, qui nous montrent que l'attention diminue le temps de réaction (1).
(1) L'attention consiste danslareprésentation mentale plus ou moins vague ou précise de ce qui va arriver, représentation résultant soit du rappel d'une sensation ancienne, soit de l'accumulation d'excitations successives. Fechner a fait remarquer que lorsque l'attention se porte vers des impressions sensorielles externes, nous sentons une tension dans les organes sensoriels correspondants. Cette sensation est justifiée par les expériences relatives au volume des membres ; nous avons vu qu'elle accompagne toutes les représentations mentales. A l'augmentation de la quantité de sang dans l'organe, correspond une augmentation de sa motilité et de sa sensibilité. Sous l'influence de l'attention, de la représentation mentale antérieure, l'effort musculaire devient plus énergique et la sensibilité est augmentée proportionnellement, comme le montrent un certain nombre de faits bienobservés.dontnousne rappellerons que les plus importants:
— La perception d'une impression est facilitée si elle est précédée d'un signal quelconque qui détermine d'avance le temps de son entrée ;
— le temps de réaction diminue à mesure que croît l'intervalle qui sépare le signal de l'excitation ; — si l'intervalle reste le môme, le temps de réaction sa raccourcit à mesure que les expériences se répètent ; les premières excitations ont pour effet de favoriser la représentation mentale. Quand un bruit attendu vient frapper notre oreille, cette impression sonore n'est en réalité que le renfoncement d'une représentation interne et préexistante, et d'autant mieux caractérisée que l'excitation qu'elle représente est plus récente ; nous en arrivons à comprendre facilement comment, par l'exercice, l'attention s'adapte pour une perception donnée. — Inversement, le temps de réaction est augmenté si les excitations qui se succèdent sont tellement variées que le sujet ne peut s'en faire d'avance aucune représentation précise ; à. plus forte raison, lorsqu'elles sont corn-
Les psychologues ont étendu la proposition en disant que l'idée du mouvement, c'est le mouvement qui commence. Nous avons donné antérieurement la démonstration expérimentale de la légitimité de cette proposition. Nos expériences précédemment rapportées et celles-ci montrent, en outre, que l'attention exagère la puissance du mouvement. Sur le sujet que nous avons souvent pris pour type, à cause du grossissement des phénomènes, jamais la pression manuolle au commandement ne dépasse 25 ou 26 ; sous l'influence de l'attention prolongée elle peut atteindre 40. C'est, du reste, un fait qui avait été signalé depuis longtemps, mais sans avoir été bien compris. Fechner a observé que l'attention s'accompagne d'une certaine tension des muscles. A la séance qui a suivi la communication du résumé de mes expériences
plètement inattendues. Aussi les aliénés, chez lesquels un grand nombre de représentations mentales différentes se succèdent rapidement, sont-ils incapables de tendre leur attention vers les excitations extérieures. — En dehors de la volonté, la répétition d'une excitation en amenant une sorte de congestion de l'organe, avec suractivité fonctionnelle, produit même au-dessous de la limite de la conscience une sorte d'attention passive ; après une série d'excitations de même intensité, dont les premières n'étaient pas senties, la sensibilité linit par s'éveiller, et la perception devient nette quand tout à l'heure elle faisait complètement défaut. Le nouveau-né doit avoir éprouvé un certain nombre d'excitations avant que son attention ne s'éveille. Si les excitations antérieures favorisent l'attention, il en est de même de la mémoire, qui n'est qu'une aptitude générale au renouvellement des représentations (WuQdt). — Quand la représentation de ce qui doit arriver, quand l'attention est suffisamment intense, le temps de réaction peut être nul OU même négatif, c'est -a -dire que la réaction précède l'excitation; c'est ce que l'on voit surtout lorsque le temps de de l'excitation est exactement connu longtemps d'avance •
Nous en sommes donc arrives au point ou l'attention forte, ou une représentation mentais Intense est capable de déterminer une réaction en dehors de toute excitation. Mais qu'est-ce «loue, que la suggestion, si ce n'est une représentation mentale provoquée '.' H n'v a donc pas lieu d'être tréi surpris île \oir se produire chez des sujets
prédisposés, sous l'influence de la suggestion, des pbènomenes qui
se produisent ehet des sujets normaux sous l'Influence de l'attention.
L'atten(i,.n négative, 0 est a-dire la conviction intense que l'excitation ne doit pas ie produire entrave ls perception par un pro> facile à comprendre! (Voir Ch. Féré, /a Mrilecine d'imagination : br. 8°, 1X.8G.)
l'attention exagère la puissance 19
à la Société de psychologie physiologique, M. P. Janeta rappelé un fait raconté par Rey Régis dans un ouvrage qui date de 1789, et ayant trait à un malade qui ne pouvait faire certains mouvements avec sa main que lorsqu'il
Fig. 5. — Premier effort au commandement, phénomène de la mise en train sur un sujet normal. (Le tracé se lit de droite à gauche.)
la regardait ; et M. Charcot a cité une observation du même ordre.
Les expériences dynamographiques soit sur les fléchisseurs des doigts, soit sur d'autres muscles, montrent que, sous l'influence de l'attention, l'effort peut être porté presque à son maximum ; par conséquent, si les expériences sur les effets des excitations sensorielles portent sur l'effort préparé, elles donneront des résultats beaucoup moins nets, et peut-être nuls sur certains sujets. Comme, d'autre part, il est impossible de mesurer le degré d'attention , il est indispensable, pour pouvoir mesurer les effets de chaque excitation, de procéder comme je l'ai fait, en étudiant l'effort au commandement.
Sur le tracé 5 qui montre un premier effort au commandement, on voit bien les effets de la mise en train, on constate une augmentation graduelle de la pression.
Le tracé suivant (fig. 6) montre au contraire que le premier effort prépare donne le maximum de pression ou peu s'en faut.
Il faut noter d'ailleurs que l'exagération de l'énergie, dans ces circonstances et dans celles que nous aurons à étudier, ne se manifeste pas seulement par la plus grande intensité d'un seul effort, elle détermine encore
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une exagération de la puissance à répéter le môme mouvement avec une intensité plus grande. Elle produit en outre un autre effet qui révèle aussi l'augmentation de la résistance à la fatigue : sous l'influence de ces mêmes excitations, l'effort soutenu se trouve prolongé.
Chez les hystériques, qui ont une faiblesse musculaire
Fig. 6. — Premier e/furt préparé sur un sujet normal. (Le tracé se lit de droite à gauche.)
très marquée, la courbe de la contraction fournie par le dynamographe manuel a une forme spéciale, l'ascension est graduelle comme on le voit sur la première courbe de la figure 8; chez un sujet normal, la courbe prend le même aspect sous l'influence de la fatigue (fig. 7). Une excitation énergique rend aux névropathes la forme et l'intensité normale de l'effort (fig. 3). Chez le sujet normal fatigué, l'excitation produit un effet analogue et qui montre bien qu'on est dans la nécessité de reconnaître l'analogie des phénomènes avec une intensité différente chez ces diverses catégories dé sujets et qu'on est en droit de conclure des uns aux autres (1).
Les résultats si nets que l'on obtient chez quelque! hystériques, on peut quelquefois les reproduire presque avec la même intensité chez un sujet sain, en déterminant par la fatigue un état de faiblesse irritable qui établit une hyperexcitabiliic artificielle analogue à cello des hystériques.
S. /us l'influence de la fatigue déterminée par un travail
(Il Cli. Péré. HytUrk et fUigu», Bull. Suc. Wol., 1885, p. 191).