PEINTRE, GRAVEUR ET DESSINATEUR
Edme Cabin Saint-Marcel était à la fois, ou devint plutôt, successivement graveur, peintre et dessinateur. Il naquit à Paris, 6, rue de Picpus, le 20 septembre 1819. Son père, qui était médecin et commandeur de la Légion d'honneur, possédait et administrait avec sa femme, née Françoise- Jeanne Rochette, une maison de retraite de vieillards.
1. Etude parue dans la Gazette des Beaux-Arts (nos 534-545) 1902 (septembre et novembre). Bois de Fy et A. Prunaire, d’après les dessins de E. Saint- Marcel.
Elève au collège Henri IV , ses études classiques furent très brillantes, ainsi qu'en témoigne la correspondance de ses dernières années, où l'on relève parmi certaines de ses lettres des traces d'une forte érudition latine.
Il quitta le collège vers 1837 ou 1838.
Si son père souhaita un instant le diriger vers les sciences médicales et lui céder la direction de son établissement, il n'opposa cependant aucun obstacle à satisfaire les désirs de son fils, qui rêvait surtout d’être peintre.
Ses débuts dans cette carrière libérale, tenue alors en médiocre honneur par les bourgeois, qui la considéraient comme un métier trop aventureux et peu digne pour leurs fils, ne se heurtèrent donc pas aux mêmes difficultés qu'éprouva Corot quand il manifesta à son père des intentions semblables. Que les temps ont changé !
Bien recommandé, pourvu d’une pension suffisante, Edme Saint-Marcel entra d’abord à l’atelier de Steuben, un de ces peintres de l’époque impériale dont on retrouve des plafonds au Louvre, à côté de ceux de Blondel et d'Abel de Pujol.
Mais il y fit un séjour insignifiant et devint élève de Caruel d'Aligny, le paysagiste classique, aux qualités duquel Thoré, (pii n'aimait
pas sa peinture sèche, rendait cependant justice (1) : « Aligny a fait des dessins du plus haut style et d’une noble élégance ; il cherche la grandeur dans la simplicité. »
Saint-Marcel fréquenta ensuite l’atelier de Léon Gogniet, lequel lui apprit vraisemblablement à dessiner la ligure (2), et paraît enfin avoir été surtout l’élève et le disciple d’Eugène Delacroix.
D’aucuns lui contestent ce titre, cependant que tout s’accorde à prouver, en réalité, que Delacroix affectionna ce jeune homme de moitié moins âgé que lui. Ensemble, ils voyagèrent dans les Pyrénées, et Saint -Marcel qui avait voué à Delacroix une admiration fervente dont son œuvre fournit tant de preuves notoires, raconta au graveur Primaire de qui je tiens l’anecdote, que, au cours d’une de leurs promenades, le pied manqua à Delacroix tout près
1. Dans son Salon de 1885, E. Louclun terminait un article élogieux de l’acropole d’Athènes d’ Aligny par ces mots : « La beauté du style est ici, comme dans toutes les œuvres de M. Aligny, portée jusqu’à l’idéal. »
2. M. Donnât possède un remarquable dessin de jeune garçon à la sanguine daté de 1865, qui donne à penser qu’Edme Saint-Marcel eût pu devenir un maître également en ce genre.
d'un précipice, et que, sans lui, Saint-Marcel, qui avait pu le retenir à temps, Delacroix eut infailliblement roulé au fond de l’abîme.
« A cet instant, ajoutait Saint-Marcel, Delacroix se tourna brusquement vers moi, et je crus voir luire, dans l'expression de son regard effaré, comme l'éclair rapide d'un soupçon à mon adresse, né de l’imminence même du danger auquel il avait échappé par miracle. »
Cet accident n'est d’ailleurs aucunement relaté dans le Journal de Delacroix, et si danger il y eut vraiment, Saint-Marcel a pu s'en exagérer considérablement la nature, ou être le jouet d'une de ces hallucinations coutumières aux cerveaux un peu exaltés comme le sien.
Ce qui reste de sérieux et de convaincant, c'est la mention du Journal de Delacroix, relatant à la date du 29 juin 1847, une visite de Saint-Marcel, en cette remarque brève : « Saint Marcel venu dans la journée. » Et la note à l'appui de M. Paul Fiat, à qui l'on doit la publication et la réunion de tous les paragraphes de ce Journal :
« Saint-Marcel, un des élèves de Delacroix, qui fréquentait son atelier. Delacroix lui a emprunté parfois des études de figures d’après nature, pour les dessiner à son tour suivant son propre sentiment. »