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Catherine d’ Aragon^ par M. Albert du Boys

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que nous, simples écrivains, et qu’ils peuvent requérir ou juger en Histoire tout autant qu’au Civil et au Criminel! Donc, toujours magistrat, quoique en retraite, M. Albert du Boys a été tenté par un cas d’affreuse procédure, le divorce de Henri YIII et de Catherine d’Aragon. Maintenant que nous voyons rentré dans la loi, d’où il fut exilé longtemps, le divorce révolutionnaire, c’est une manière d’être actuel que de raconter le divorce fameux de Henri VIII à la génération présente; et cela ne manque pas de profondeur que de forcer l’Histoire à cracher ses ignominies dans le plat pour nous dégoûter de la chose qu’on nous a servie, à nous, les très petits Henri VHI des mariages gênants. Henri YIII est, en effet, le divorce fait homme. C’est le divorce colossal ! Il l’a pratiqué dans des proportions d’une immoralité qui a fini par être sanglante, et avec une passion qui, si elle n’absout rien, explique tout. Mais le divorce dans la loi dont nous jouissons, — dans la loi, qui n’a pas de sang de débauché dans les veines ! dans la loi, qui doit avoir la beauté pure d’un principe et le calme auguste d’une abstraction! — ce divorce dans la loi, pour le compte des autres, est encore plus odieusement et plus scandaleusement immoral qu’il ne le fut dans Henri YIII, pour son compte personnel.

Et de fait, Henri YIII, ce Barbe-bleue de tempérament, qui, à quatre pas de son premier divorce, devient le Barbe-rouge de l’Histoire; ce Henri YIII,

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loutTudor et Henri YIII qu’il fût, eut une peine immense, qui prouve, du reste, pour son siècle, malgré, son abaissement et sa corruption, à mettre le divorce dans sa vie, tandis que nous le mettons dans la nôtre avec la plus charmante facilité. Certes I nous ne sommes d’aucune manière des tout-puissants comme Henri YllI ; nous n’avons pas le sang brûlant de ce taureau de Phalaris ; au lieu de ce brutal despote, despotisé par ses passions, qui lui rendaient son despotisme, nous n’avons que le sentimental M. Naquet ; mais nous n’en voulons pas moins le divorce comme Henri YHI, — etmême plus que lui, car lui croyait encore à ce que Dieu avait uni, quoiqu’il eût la rage de le rompre, et nous, nous ne croyons plus ni au lien conjugal, ni même à Dieu 1 Moins pourrie et moins athée que la nôtre, la société de Henri YIII s’indigna et re'sista longtemps à l’idée de ce divorce, voulu avec une si furieuse obstination par l’impétueux amant d’Anne de Boleyn, et lui-même, cet homme enivré d’une passion qui ne se connaissait plus, eut peur longtemps de ce qui restait-encore de moralité chrétienne à cette société, et courba devant elle sa violence jusqu’aux platitudes de l’hypocrisie. Ce divorce de Henri YIII et de Catherine d’Aragon, qui troubla tout en Europe et qui épouvanta jusqu’à la Papauté, tombée de son ancienne puissance, laquelle, au moyen âge, aurait tout fini par une excommunication suffisante comme un coup de foudre, ne s’emporta pas de haute lutte et

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dans un éclair. Retardé par les cent mille lâchetés de •tout le monde, il fut examiné, soupesé, discuté et rediscuté sous toutes les formes de la légalité et de la diplomatie du temps. Nul n’osait... ni Pape, ni Empereur, ni Roi, ni ministres, ni ambassadeurs, ni commissaires, — personne, excepté le vieux Fisher, qui mit intrépidement sa vie au jeu (et qu’on lui prit plus tard) et parla comme le seul évêque catholique qu’il y eût alors, dans cette Angleterre semée d’évêques ! Tous tremblaient. Le Pape tremblait de voir l’Angleterre perdue pour la foi. L’Empereur, le neveu de Catherine, Gharles-Quint, tremblait en se débattant entre la vérité, l’honneur, le droit, et ces misérables intérêts politiques, qui, toute sa vie, furent ses maîtres. Le Roi tremblait, — le Roi de France, que Bayard n’avait pas sacré chevalier pour être le chevalier Tartuffe et pour regarder comme un péché qui inquiétait sa conscience le mariage de Henri VIII et de la virginale Catherine d’Aragon ! Wolsey, le cardinal et ministre Wolsey, tremblait, et de deux tremblements, lui, — de n’être ni assez cardinal, ni assez ministre, et de manquer deux Papautés : la Papauté de Rome et la Papauté d’Angleterre. Et Henri VIII tremblait aussi! Il trembla longtemps comme les autres; mais enfin sa passion indomptable brisa tout, et un jour vint qu’il mit effrontément le lit de sa concubine entre Rome et l’Angleterre, — l’Angleterre, restée encore, à l’heure présente, avec toute sa fierté, derrière ce lit-là !

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Et ce sont les misères, les turpitudes, les abominations de ce divorce, qui a fait anglicane la catholique Angleterre, qu’il aurait fallu raconter avec la plume d’un historien. Mais M. Albert du Boys n’est pas un historien ; ce n’est qu’un rapporteur. Il a compulsé avec soin le dossier de cet abject divorce. Il a épuisé et tordu le sac de cette ignoble procédure. Il a vidé le pot de toute cette diplomatie. Besogne nécessaire, besogne qui a sa propreté, je ne le nie pas, mais qui devait être suivie d’une autre plus relevée, et où j’aurais voulu voir passer la flamme vengeresse et purificatrice du talent.

Il n’y passe aucune espèce de flamme, — pas plus celle de l’indignation que du talent, pas plus que celle de la foi... Le livre est honnêtement catholique, mais c’est tout. L’enthousiasme, la profondeur enflammée delà conviction, la passion qui est le génie, y manquent à la fois. Schiller a dit quelque part : « Il faut que l’historien, après avoir recueilli et étudié les sources, les réduise, par la seule chaleur *de son cœur, en une seule et nouvelle fusion, pour en faire

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jaillir une œuvre d’art. » Mais une œuvre d’art est peut-être une notion inconnue à la tête de M. du Boys. Son livre, qui pèsera beaucoup devant Dieu, s’il y pèse autant que sur l’esprit des hommes, se contente d’être consciencieux, grave et lourd. M. du Boys a sa qualité dans son nom. Il rappelle le vers du Misanthrope : il

... s’émeut autant qu’une pièce de bois.

Esprit tranquille, qui pense aux petites choses de son sujet plus qu’aux grandes, il se perd dans des épluchures, compare les polémiques engagées sur cette question du divorce de Henri YIII et de Catherine d’Aragon, et dont nous n’avions, certes I pas besoin, pour conclure à une iniquité aussi resplendissante. Seulement, demandez-vous quelle vue nouvelle et quel accent de l’âme lui a inspirés cette resplendissante iniquité.

Il n’a pas même réalisé, d’ailleurs, la notion première de son livre : Catherine d’Aragon, auquel il a donné assez inutilement pour sous-titre : ou les origines du schisme anglican; car, ces origines, il ne les a pas suffisamment marquées, il ne les a pas assez profondément déduites de ce divorce, qu’il a raconté seulement dans les points et les virgules de ses interminables pourparlers et négociations. Un écrivain catholique, — plus fort que M. Albert du Boys, venu, à quelques rares fois, derrière lui,ramasserde petites erreurs.

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grosses comme des têtes d’épingle, échappées et tombées d’un récit magnifique d’ensemble et de vérité, — Audin, a écrit d’une touche autrement large et autrement émue ce divorce, qu’on ne devait pas distraire, comme l’a fait M. Albert du Boys, de l’histoire intégrale de Henri VIII et de l’époque où il se produisit avec un si bouleversant éclat. Audin ne l’a pas isolé. Il ne l’a pas privé de l’horizon sur lequel il fallait voir, pour bien le comprendre, ce fatal divorce, dans les influences désastreuses qu’il eut sur le monde d’aujourd’hui. Mais aussi, c’est qu’Audin,rauteurdu ATenn VIII, est un écrivain qui a le sentiment et la puissance de l’histoire, tandis que M. Albert du Boys, l’auteur de Catherine d’Aragon, n’a que le sentiment de la biographie, sans en avoir même la puissance.

Et en eftet, toute taillée qu’elle soit dans l’histoire comme un casaquin dans les plis d’un manteau, c’était, après tout, une belle biographie à écrire ! Catherine d’Aragon fut, en effet, une des meilleures et des plus pures femmes de son temps et de tous les temps et, sans le malheur immérité de son divorce, qui l’annihila,

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elle aurait peut-être été une des grandes... Fille de la victorieuse Isabelle la Catholique et de Ferdinand d’Aragon, plus petit que sa femme, mais non pas effacé par elle, Catherine est la dernière femme qui apporta les vertus héréditaires et religieuses des femmes du moyen âge dans les débordements de cette Renaissance qui commençait alors son orgie... Mariée en bas âge au fils de Henri VII d’Angleterre, le prince Arthur, elle fut de bonne heure la martyre de cette politique d’Etat qui fait faire la traite de leurs enfants aux pères, Henri VII et Ferdinand d’Aragon, qui n’étaient paspires que les autres princes de ce temps-là, furent de ces maquignons diplomatiques qui écoulaient la chair de leurs enfants [comme une royale marchandise, après en avoir marchandé le prix et la honte avec de cauteleux acharnements. Le prince Arthur mourut à seize ans, et Catherine, restée en Angleterre, fut, après discussion et débats entre le père et le beaupère, destinée à Henri, le frère cadet d’Arthur, le prince de Galles, et lui-même prince de Galles à son tour.

Il avait, lui, le cadet, été élevé pour être prêtre, cardinal, et qui sait ? peut-être Pape, et cette éducation de prêtre était restée sur lui. Il devait un jour se ser-

vir contre l’Eglise du glaive théologique que l’Eglise avait mis dans sa main. Sous ses magnificences et ses despotismes de roi, Henri VIII a toujours caché un fort cuistre ; mais le cuistre était beau, et l’amour des

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femmes, comme l’amour des peuples, s’attache à la manière dont on sait porter un panache. L’homme du futur Drap d'or savait porter le sien. Catherine, au cœur vierge, qui n’avait pas aimé Arthur, aima Henri. Le mariage d’Arthur et de Catherine n’avait jamais été consommé, mais le Pape Jules II n’abolit pas moins l’idéale parenté qui semblait exister entre Catherine et Henri, en couvrant d’une dispense irréfragable et en autorisant une union qui pendant des années fut heureuse. L’amour de Catherine fut une exception princière dans les mariages politiques du temps, et cet amour, dans cette Angleterre familiale, lui fut une popularité. Plus heureuse que ne l’a été plus tard Marie-Antoinette, qu’on appela toujours en France et quoiqu’elle fût d’un pays où la

race laisse une empreinte profonde, Catherine absorba l’Espagnole dans l’Anglaise ; et ceci ajouta encore à l’intérêt et au respect que l’Angleterre lui porta toujours, jusqu’à sa dernière heure. Shakespeare lui-

même, sous Elisabeth, cette terrible fille d’Anne de Boleyn, qui rappelait son terrible père, n’a-t-il pas divinement exprimé ce sentiment anglais pour Catherine d’Aragon dans le drame où il a retracé le malheur de ce divorce, si obstinément et si cruellement voulu par Henri, et plus outrageant que l’abandon? Il nous l’y représente travaillant et l’écheveau autour du cou, comme une simple femme ; reine découronnée et rési gnée, toujours-reine, mais immuablement tendre, mais

immuablement miséricordieuse pour le cruel qui la navrait !... Catherine d’Aragon l’emporte sur Marie Stuart en douleur, et nous attendrit davantage parce qu’elle est innocente. Catherine d’Aragon fut une Marie Stuart sans aucune faute, — une Marie Stuart immaculée. Elle n’eut pas besoin du coup de hache pour mourir. Elle en avait tant reçu au cœur qu’on put épargner à sa tête le tranchant final de l’acier.

Une pareille figure, n’est-il pas vrai ? était à peindre, même après Shakespeare !... Elle était digne, cette Pietà de l'amour conjugal déchiré et foulé aux pieds, de concentrer sur elle des flots de lumière, — et de lumière vivifiante. Il ne s’agissait point de paperasser misérablement autour d’elle. Or, comme la lumière, la lumière qui la rend si touchante et si pathétique vient surtout de cette torche allumée dans les sens de Henri par Anne de Boleyn, il fallait la faire tomber sur ce front douloureusement sublime, la lueur de cette torche, qui s’éteignit dans du sang et qui se ralluma pour s’y noyer encore ! Mais il n’y a pas plus, dans cette Catherine (T Aragon, Catherine d’Aragon vivante que de Henri YIII vivant. Il n’y a que les pièces ramassées d’un procès depuis longtemps jugé.

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Ces pièces, toutes ces pièces sont ici. — Oui, — mais à l’état de bloc entassé et confus, dont rien ne sort d’organisé, de visible, de clair, de résumé et de condensé dans une conclusion souveraine, — mais ce sont làbeaucoup plus les éléments d’un livre à faire que d^un livre fait. Ce sont des renseignements ramassés à la pelle, mais par un bras sans vigueur, qui gratte le sol comme on le gratte pour nettoyer une écurie, et que l’on a trouvés partout où tout le monde pouvait les chercher. L’auteur (peut-on dire l’auteur ?) de ce ramassis, l’auteur qui n’est ni historien, ni biographe, n’est pas non plus un érudit de première main à qui on doive quelque découverte inattendue et profonde, quelque jet de lumière de par en dessous sur cette question, éclairée déjà de tant de côtés à la fois, du premier divorce de Henri YIII, l’homme aux six femmes, le Minotaure royal qui ne se contenta pas de tuer Catherine d’Aragon à petit feu sur le bûcher de ces longues, déloyales et insultantes discussions diplomatiques, qui révoltèrent ce qui restait de sens moral à l’Europe, mais qui tua sous la hache la femme pour

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qui il avait tué Catherine, et qui ne s’arrêta pas encore dans cette voie de divorce et de sang 1 1 Hélas ! il faut bien le dire, du temps de Henri YIII, le sens moral de l’Europe était déjà terriblement affaibli, et c’est cet affaiblissement de l’Europe que M. Albert du Boys, perdu dans ses papiers, n’a pas vu comme il eût du le voir, et qui nous aurait expliqué cette énigme sanglante de Henri VIII un peu mieux qu’un paquet de correspondances menteuses, où personne ne dit la vérité.

Henri YIII — le véritable Henri YIII — est, en effet, là tout entier. Les grands naturalistes ne croient pas à ce quelque chose d’absolu qu’on a longtemps appelé des monstres. Eh bien, les historiens non plusl H y a des hommes monstrueux, et certainement Henri YIII était un de ceux-là. Mais personne ne tombe du ciel ou ne vient de l’enfer, et Henri YIII ne vient que de son temps, mûr pour les monstruosités. Le moyen âge venait définir, et Catherine d’Aragon, je l’ai dit plus haut, en avait montré les dernières vertus dans la femme. Les laborieuses et pieuses filandières royales n’étaient plus... La Reine, à V écheveau autour du cou, qu’avait peinte Shakespeare, avait cédé la place aux oisives courtisanes. Pendant qu’elle pleurait à inonder les marches de son prie-dieu, dans sa chapelle, Anne deBoleyn riait. La fille aux six doigts et au goitre, au charme diaboliquement mystérieux, que ce sorcier de Léonard de Yinci, et non pas ce réaliste d’Holbein, pouvait seul nous faire voir et nous faire comprendre, la

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Fille d'hoyineur déshonorante, allait déshonorer Henri et, par suite, l’Angleterre ! Celle-là qu’on appelait alors l'Oiseau de nuit^ et qui n’était pas, comme la chouette, l’oiseau de la sagesse, s’était abattue à tire d’aile, de France, sur le lit de Henri VIII, pour de là voler jusqu’à son trône, et elle y perchait avec la fierté d’un faucon sur • le poing de son orgueilleux fauconnier. Elle datait l’hégire des courtisanes, des courtisanes qui mangeraient le monde, qu’on leur donne, si les Minotaures ne les prévenaient pas, en les dévorant I La Renaissance, dont l’heure était sonnée depuisla chute de Constantinople, n’était-elle pas elle-même une courtisane? — la grande courtisane de l’Antiquité ressuscitée, l’Aspasie dont le Pape Léon X — le Pape lui-même — avait été le Périclès ! L’imagination de la Grèce réveillée avait partout enivré, jusqu’aux plus coupables égarements, les fortes intelligences et les fortes mœurs des époques chrétiennes. La fille — ce signe de toutes les décadences depuis qu’il y a des civilisations qui meurent, — la fille — cette chair qui corrompt tout esprit et qui finit par être plus forte que l’orgueil même, puisque « nous ne sommes pas des « anges, après tout )i>, comme dit Tartuffe, — n’avait-elle pas mis à feu la robe de Luther avant qu’il eût beuglé sa révolte?. . . Luther, comme Henri VIII, est un homme de divorce. Il le permit au landgrave de Hesse et il le pratiqua avec Dieu. Le protestantisme, allons donci ce ne fut jamais que le hennissement de l’étalon en chaleur. Raison, examen personnel, foi purifie'e: — paro-

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les sonores et impudentes! Que viennent-ils nous chanter? Qu’ils se taisent et hennissent! Le protestantisme, ce qu’il avait été en Allemagne il le fut exactement en Angleterre. Taureau saxon et porc allemand, même appétit, même convoitise impure. Henri YIII, l’ennemi de Luther cependant, et qui l’avait passé très nettement au fil de son épée théologique, devint un Luther à son tour.

Sa Bora, à lui, ce fut Anne de Boleyn. En Alle- ' magne comme en Angleterre, en Angleterre comme en Allemagne, le protestantisme fut aussi bête que cela! • Et, pour être bestial comme Henri YIII l’était, on n’est pas un monstre, — on n’est qu’un animal développé par la corruption et les vices de son temps, assez grands pour le faire monstrueux!

Yoilà ce que fut Henri YIII, — le véritable Henri YIII, en dehors de toutes lesmenteries et de toutes les lâchetés de la diplomatie. Mais il y eut pire que lui, plus monstrueux que lui, et ce fut l’Angleterre, qui n’avait pas, elle, dans chaque maison, une Anne de Boleyn à mettre dans son lit, et qui le souffrit tranquillement couper le cou à ses femmes, elle! la sentimentale Angleterre, qui a toujours passé pour aimer les siennes. Et elle l’endura, cet affreux, cetabominableTudor, comme si, elle, elle avait dormi! Influence sortie d'un temps, qui revient sur ce temps. Dépravé par son temps, on le déprave. On lui rend ce coup pour ce coup. C’est la loi. C’est le talion divin ! Henri YIII a poussé au plus

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profond de l’Angleterre les deux choses qui ont le plus atrocement déshonoré sa mémoire : le divorce, que la sévérité des mœurs, conjugales de l’Angleterre a entouré de précautions qui sont des obstacles, mais qu’elle n’a pu arracher du fond de sa législation, — et la révolte contre Rome, — qui, en définitive, repoussa le légal concubinage du divorce, — révolte obstinée... Quand l’arrachera-t-elle du fond de son esprit et de ses mœurs ?...

M. Albert duBoys, — qui n’estpas Montesquieu, quoique magistrat, et qui rappelle qu’il est magistrat, quand Montesquieu le fait oublier ; M. Albert du Boys conclut son livre bien moins contre Henri VIII, ses divorces et ses femmes, que contre le Césarisme en général. Je ne pense pas qu’il vise un César en particulier. Cet éleveur de questions, comme deLuynes était un éleveur de pies-grièches, élève la question de Henri VIII jusque-là. C’est le fruit qu’il veut qu’on retire de son catéchisme. Mais il prend bien son temps de nous parler des Césars quand les Césars ne sont plus, et par ce temps de fureur d’égalité et de nihilisme! Franche-

ment, il ne faut pas, pour un magistrat qui veut l’ordre apparemment clans ce monde, être si méchant contre le pauvre Césarisme, qui arrive toujours à temps pour nous sauver, quand ranarchie nous a perdus !

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