‹ Sensations d'histoireChapitre 29 sur 37 · IK · texte numérisé non relu

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DUPLEIX

J’ignore ce qu’il est, ce monsieur Hamont, qui s’appelle Tibulle, mais ce que je sais bien, c’est qu’il pourrait être, comme le Romain dont il porte le nom, un grand élégiaque. L’histoire de Dupleix, qui a la beauté du plus beau des poèmes, est, en réalité, une élégie, et je n’en connais pas de plus triste, sur un tombeau plus illustre et plus abandonné... La vie de Dupleix, qui essaya de donner un Empire des Indes à la France, et qui le lui aurait donné si la France, imbécile alors, l’avait laissé faire ; cette vie d’un homme qui tomba de la plus étonnante magnificence dans la plus étonnante misère et qui en mourut, et qui^ mort, n’a pas eu la gloire qu’il mérite, quelle plus sublime élégie historique ! et pour l’écrire, quel poète il faudrait

1. Dupleix, d'après sa correspondance inédite, par M. Tibulle Hamont,

dans un historien ! M. Hamont a été l’historien, mais a-t-il été le poète?... A-t-il été — puisqu’il s’appelle Tibulle — le mâle Tibulle qu’il fallait pour pleurer noblement sur cette gloire morte de Dupleix, et pour la ressusciter sous ses puissantes larmes?...

C’est une honte, en effet, et une honte amère pour la France, que son ingratitude envers Dupleix; mais c’est pour elle une honte bien plus grande encore, que de n’avoir pas une histoire qui serait l’expiation de son effroyable ingratitude ! En Angleterre, plus patriotes que nous ils ont Macaulay pour leur Clive, et même pour Hastings, bien inférieur à Clive. Et nous, qui avons un Dupleix, supérieur à Clive par le génie s’il ne l’est pas par la fortune, nous n’avons pas encore une histoire de Dupleix digne d’un tel homme et proportionnée à sa grandeur. Chose particulièrement navrante, cette histoire de Dupleix a manqué dans un temps où, en France, l’Histoire ne manque plus à personne, et où les études historiques, relevées, ranimées et persévérantes, sont le genre de travaux qui honorent le plus la littérature contemporaine. Et ce qui est si ipcroyable et presque si monstrueux est cependant si vrai que, pour faire son histoire de Dupleix, M. Tibulle Hamont, le tardif historien, n’a pas trouvé d’histoire antérieure qui versât la lumière dans la sienne, et n’a eu d’autres documents à son service que la correspondance inédite de Dupleix, qu’il a découverte sous la silencieuse poussière des bibliothèques où elle gisait

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profondément cachée. Si bien que cette histoire de M. Hamont n’est, au fond, que l’histoire de Dupleix par Dupleix lui-même, et que ce grand infortuné ne doit qu’à lui seul son histoire, la France restant sa débitrice insolvable de tout, — même de cela!...

Je n’imagine rien de comparable à la cruauté de cette malechance dans la gloire... D’ordinaire, quand il y a quelque part un grand homme, il sème derrière lui un historien qui lèvera sur son tombeau quand il ne sera plus, qui fixera sa mémoire dans l’esprit des hommes, et qui la vengera, cette mémoire, si elle a besoin d’être vengée ! Mais cette semence d’historiens jetée derrière eux par les grands hommes n’a pas levé pour Dupleix. Quelques-uns ontbalbutié son nom, mais aucun historien ne l’a replacé à la hauteur où il aurait dû être mis pour être juste aux yeux de la Postérité ! Le siècle de Louis XV, le plus bas des siècles, où la France avait perdu le sens de toute gloire, étouffa celle de Dupleix, et la Révolution et l’Empire qui vinrent après, ces deux terribles distractions, empêchèrent de voir le grand homme de l’autre côté du fossé qu’ils avaient creusé entre la France ancienne et la France nouvelle. Bonaparte, qui sait? le Bonaparte de l’Égypte, en regardant un jour la carte du monde, fut peut-être le seul qui pût penser à Dupleix, à Dupleix l’oublié, qui avait, pour le compte de la France, conquis presque la moitié de cet empire d’Asie auquel avait souvent rêvé le conquérant euro-

péen... Lui, ce grand connaisseur en histoire et en hommes, aurait pu dire sur Dupleix deux de ces mots qui auraient valu une histoire. Mais non ! non! Il s’est tu comme les autres^ Napoléon ! J’ai cherché vainement ces deux mots dans le Mémorial de Sainte- Hélène! Le silence est là, comme partout. Aussi, dans ce silence universel, faut-il savoir gré à un historien de ce temps de si petites choses, qui n’a plus la gloire de l’Empire pour écraser toute autre gloire, d’avoir choisi, pour nous la raconter et pour nous l’apprendre, un grand sujet d’histoire ignorée, et qui, en prodiges, semble donner un avant-goût des miracles de Napoléon.

Car, il ne faut pas s’y tromper, il ne faut pas être jusque-là victime de l’éblouissement brûlant d’une gloire vue de près et de la diminution par la distance d’une gloire lointaine : il y a réellement quelque chose de Napoléon dans Dupleix. Il en a quelque chose dans ses facultés et dans son destin. Surprenante préfiguration! Tous deux, ils firent des choses immenses dans des sphères différentes, et ces choses immenses.

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ni l’im ni l’autre ne les acheva. L’un fonda un Empire qu’il perdit par ses passions et par ses fautes ; l'autre faillit en fonder un, qu’il perdit aussi, malgré la sagesse de sa conduite et de ses plans. — Et tous les deux au bénéfice de l’Angleterre I Certes, Dupleix ne futpas l’incomparable artiste en batailles qu’était Napoléon; mais il avait aussi, comme Napoléon, la divination de la guerre, puisqu’il l’entendit, l’inspira et la fît, sans avoir, comme Napoléon, été préparé et élevé pour elle. Madras, qu’il ne voulait pas rendre ; le siège de Pondichéry, qui rej eta après quarante-sept j ours d’attaques et de combats l’amiral Boscawem sur ses vaisseaux épouvantés; et surtout ses nombreuses instructions à ses commandants militaires qui faisaient la guerre sous ses ordres, et dont, stratégiste à distance, il dirigea, et partout et toujours, les opérations avec un infaillible coup d’œil, prouvèrent avec éclat que le génie de la guerre était en Dupleix autant que le génie politique, qui fut son principal génie, et qui l’emporta même, celui-là, sur le génie politique de Napoléon. En effet, dans son orageux et long règne (c’en fut vraiment un!) sur les populations indiennes, Dupleix ne commit pas une seule faute que l’Histoire puisse lui reprocher, et ses passions, à lui, n’eurent jamais tort contre les événements, qu’il prévit toujours et qu’il vainquit souvent, à force de sagacité, d’activité, de moralité et de persévérance! Quand donc il tomba, on peut dire qu'il tomba vierge de fautes... ou

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plutôt, il ne tomba pas : il obéit à un gouvernement inepte, qui Tarracha à ses conquêtes, faites pour l’honneur et la grandeur de la France, et que la France déshonorée livra lâchement à l'Angleterre !. Victime de l’abjecte sottise d’un gouvernement indigne de commander à un si grand homme, il quitta les Indes pour venir à Paris défendre des actes resplendissants aux Indes et dont les rayons auraient dû traverser les mers pour foudroyer de leur lumière ses accusateurs, et il y trouva, sans avoir abdiqué à Fontainebleau, un Sainte-Hélène, pire que Sainte- Hélène, entre les bas piliers, de son lit de la rue Neuvedes-Capucincs, où il mourut, lui, le maitre d’une des plusbellcs contrées de l’Asie, — à qui la Compagnie des Indes devait treize millions, avancés par lui, et à elle, sur scs biens personnels, — et dans un tel état de pauvreté que les huissiers instrumentèrent autour de son cadavre, encore chaud!...

C’est à faire crier immortellement l’Histoire et la France, dans un deuil d’Hécube; mais dans le livre de M. Hamont, ces cris d’Hécube, je ne les ai pas entendus.

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D’erreurs, en cette histoire, je ne crois point qu’il j’en ait. Et comment y en aurait-il, puisqu’elle est ex-pressément tirée de la Gorresponda-nce de Dupleix, cette source pure de vérité et d’honneur que le mérite) de M. Hamont est surtout d’avoir retrouvée. Son esprit a pu s’en servir, mais son âme s’en est-elle inspi-. rée ? L’esprit droit que je lui reconnais a senti, je n’en doute pas, avec admiration, la beauté de cette Correspondance qui allait apporter tant d’autorité à son' histoire, mais cette admiration, pour sincère et profonde qu’elle soit, n’a pu lui donner les qualités qu’il n’a pas et qu’il faut avoir pour écrire l’histoire de Dupleix. M. Tibulle Hamont est un écrivain correct et ferme, mais est-ce là assez que la correction et que lai • fermeté pour l’histoire dont il a pris la charge et qui. demandait — je l’ai dit plus haut — les qualités d’en- thousiasmeet d’imagination d’un poète, unies aux per-' çantes et raisonnables qualités de l’historien? Or, l’enthousiasme et l’imagination sont ce qui manque et ce qu’on regrette le plus de ne pas voir dans l’histoire de l’homme le mieuxfait pour les inspirer par son génie, par sa hauteur d’âme et par sa destinée ! Si la rai.süii

est dans le livre de M. Ilamont, l’enthousiasme n’y est pas, et le pathétique non plus. Cette histoire de Dupleix aux Indes, cette prise de possession, avant la possession du sol, des populations indiennes, — qui ne fut pas seulement une affaire de guerre et de politique, mais d’influences d’un tout autre ordre, et qu’il enleva, par l’imagination, comme un poète qu’il était lui-même; carie poète triplait en Duplcix l’homme de guerre et l’homme politique; — cette histoire inouïe n’est dans le livre de M. Hamont rien de plus que l’exposé intelligent, mais insuffisant, d'une vie d’homme qui eut la couleur, l’intensité etl’ardeur passionnée des poèmes orientaux deByron, et littérairement elle les exigeait. Cette grande chose d’Asie demandait ce que les Latins appelaient le style asiatique, tandis queM. Hamont, qui s’appelle si singulièrement et si inutilement «Tibulle», n’a dans son histoire à nous offrir que la froide clarté du sien.

Et c’est là le seul reproche que j’aie à faire au livre de M. Hamont, qui pouvait être mieux qu’une initiative, mais un résultat historique définitivement accompli. Tel qu’il est, du reste, sera-t-il une marche pour monter à une autre histoire ?... Et comme M. Hamont a établi la sienne sur la correspondance de Dupleix, les historiens que son histoire n’aura pas satisfaits établiront-ils les leurs sur son histoire et atteindront-ils le chef-d’œuvre égal en grandeur à Dupleix ? Yoilàla question, très douteuse aune époque

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OÙ Fenthousiasme meurt dans les âmes, et l’histoire de M. Hamont n’est pas faite pour le rallumer I Dans un temps où les hommes, jaloux, d’ailleurs, plus que jamais, de toute supériorité personnelle, ajoutent à cela la haine du passé, je ne crois pas qu’ils s’intéressent beaucoup à la grandeur d’un homme de cet odieux passé avec lequel ils ont rompu. Dupleix, le royaliste obéissant et fidèle, qui descend de presque un trône et du palanquin de son éléphant de Nabab pour venir humblement rendre ses comptes, comme un simple employé d’une compagnie de trafiquants, au gouvernement du Roi (la Religion de ce temps-là encore !), Dupleix n’est pas fait pour enthousiasmer les esprits qui ne voient plus dans le monde que la démocratie, et qui se soucient bien des services rendus à une France qui n’est plus, quand il s’agit d’élever une statue à Danton I

Je sais que la question des colonies ramène à Dupleix, et c’est peut-être pour cela qu’on se remet à son histoire... Cette question des colonies n’est-elle pas dernièrement redevenue la marotte de ces démocrates

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tremblant de la peur de Malthus de voir leurs chères démocraties crever de congestion humaine. Ils se sont imaginé que les larges débouchés des colonies ouverts aux peuples les débarrasseraient de ce tropplein qui les étouffe, et seraient une manière innocente de les saigner et de les sauver de leur apoplexie prochaine.

Mais, erreur pâle de l’épouvante ! cette question des colonies, tuées par les fautes inexpiables des gouvernements d’une unité qui était cohérente encore, ne ressuscitera pas au profit des démocraties, qui ont mis le principe de toutes les révoltes au fond de toutes leurs législations. Et de fait, quand les métropoles sont livrées aux canailles déchaînées de toutes les démocraties, dont elles sont les filles, croit-on que ces canailles colonisées obéiront mieux de loin que de près au gouvernement de leurs métropoles? Les colonies ne peuvent exister que pour les peuples forts, et il n’y a plus de peuples forts. L’Amérique a montré à l’Angleterre, dont elle était sortie, la solidité etla fidélité des colonies. Que le sort de celle-là la fasse trembler sur le sort des autres ! Toute colonie, dans un temps donné, et qui sera court désormais, veut être un peuple, comme tout peuple, à cette male heure, veut être un gouvernement. La démocratie, qui semble être la règle du monde moderne et qui n’en est que la punition, bat tout de son flot, — noiera et ■emportera tout, — et ce n’est pas le génie des plus

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puissants colonisateurs, ce n’est pas le génie deDupleix lui-même qui pourrait Fempécher...

Quand il vint, il semblait qu’il était temps encore. La France croyait à la solidité des colonies. Yoilà pourquoi Dupleix fît aux Indes ce que d’autres hommes très grands, et oubliés maintenant comme lui, avaient fait au Canada, à la Louisiane, à Saint-Domingue, aux Petites-Antilles, à la Guyane, au Sénégal, à Bourbon, à Madagascar, et il le fit avec plus de génie qu’eux tous et avec un plus patient héroïsme. Mais, aujourd’hui, ce merveilleux et presque fabuleux Dupleix reviendrait, avec un génie plus grand même que celui qu’il déploya dans son immense œuvre — hélas! inutile, — qu’il ne recommencerait ni ses conquêtes, ni ‘ ses établissements, ni cette magie volontaire et personnelle qu’il exerça sur les populations indiennes et qui fut peut-être la plus irrésistible de sespuissances. L’histoire de ce grand homme, — qui croyaittravaillerpour la France et qui, par une mystification de sa patrie, a travaillé pour l’Angleterre ; qui a fait Clive, sans se douter que ce copiste de son génie serait son successeur aux Indes et donnerait à son pays ce qu’il avait voulu donner au sien ; — cette histoire, aussi cruelle dans ses résultats que dans son action,elle est splendide, restera, quel que soit qui l’écrive, une histoire isolée • et unique dans les Annales générales du monde, mais désormais, dans les choses humaines, rien ne lui ressemblera plus I

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Et l’originalité de cette histoire unique, bello comme un roman, et qui a été une minute la plus magnifique réalité, ne sera pas, comme on pourrait le croire, dans les faits inouïs de la vie féerique et grandiose de Dupleix, mais dans l’homme même qui l’aura vécue. Elle sera dans la pureté encore plus que dans l’éclat éblouissant du météore. L’originalité de cette histoire ne sera pas que Dupleix, le fils d’un petit trafiquant d’une compagnie de commerce, soit devenu en quelques années un des Nababs les plus somptueux et les plus puissants parmi les feudataires du grand Mogol, et qu’il ait étendu sa main sur les populations bouddhistes ou musulmanes d’entre l’Hymalaïa et le lac Gomorin. Il y avait eu des conquérants heureux avant lui ! Ce ne sera pas même d’avoir mis l’influence française dans les Indes, en attendant d’y mettre la France. D’autres que lui ont fait cela ailleurs ! Ce ne sera pas d’avoir, dans les compétitions féodales des Nababs indiens, élevé, protégé et abaissé des dynasties, Warwick a fait des rois en Angleterre et n’a pas voulu être roi ! Ce ne sera pas de s’être avancé victorieuse*

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ment avec quelques soldats français, une poignée de quelques centaines, dont il était, même invisible ou présent, la tête et le cœur, dans des espaces épouvantables d’étendue à travers des millions d’hommes en armes. Fernand Cortez a fait la même chose au Mexique avec une poignée d’Espagnols ! Mais l’originalité de cette histoire de Dupleix, pour lequel, malgré M. Tibulle Hamont, il n’y a pas d’historien encore, c’est que ce conquérant, ce potentat, ce grand diplomate de Dupleix, au plus fort des difficultés et des résistances de ses invasions et de ses conquêtes, n’a jamais abaissé d’une ligne la haute moralité de son caractère, et qu’homme d’État il ait gardé, inviolée et immaculée, la fierté de l’honnête homme dans l’homme d’État I

Yoilà vraiment l’originalité ! Voilà vraiment le phénomène ! Dupleix n’honora pas que son pays : il honore la nature humaine. Il est bien plus haut que la gloire ! Il est auguste comme la vertu. Il fut vertueux comme il était poétique, lui qui, au milieu des soucis du commandement et des angoisses qu’il dut aux ingratitudes de sa patrie, décrochait sa harpe et chantait pour calmer sa grande âme, étant tout à la fois à lui-même et son Saül et son David ; détail charmant dans une vie si dévorée et si austère l Dupleix, cet homme à facultés multiples qui en avait, comme Pascal, à dix-sept ans, épouvanté son père, lequel l’embarqua durement sur un vaisseau pour les

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briser et qui ne les brisa pas, avait une âme encore plus forte que son esprit. Cette âme n’eut jamais que ‘de nobles passions. On ne lui connut pas de vice. — Autre rapport avec Napoléon: quand il arriva dans les Indes, il épousa une femme qu’il aimait et que les ' peuples superstitieux prirent longtemps aussi pour l’étoile de sa fortune. Mais la Joséphine de Dupleix n’avait pas la légèreté de la créole qui regardait les beaux aides de camp par les portières de ses voitures. Elle fut plutôt son aide de camp, à lui, comme par exemple au siège de Pondichéry, où elle se montra si vaillante. Elle ne cessa jamais d’être sa moitié de cœur et de génie, la Begum adorée des Indiens et qui les séduisait pour lui, — elle, la plume de sa diplomatie ; car, fille née aux Indes, elle en savait tous les dialectes et Dupleix lui donnait à régler ses négociations. Toute sa vie, il lui fut fidèle. L’Orient, ce pays des sérails, ne toucha pas à ces majestueuses mœurs conjugales 'dont il donna le spectacle, et ce fut encore un prestige aux yeux de ces Indiens, qui faisaient de Dupleix un Dieu, que de n’avoir jamais humilié la civilisation chrétienne devant la civilisation musulmane.

Voilà quel fut ce Dupleix! sans histoire encore, malgré celle que vient de lui consacrer M. Ilamont, qui nous l’a montré dans un récit glacé, mais qui ne nous l’a pas fait revivre. Il est des hommes plus 2;rands parleur biographie que par leur histoire. Il y a tant de hasards dans l’Histoire, tant de coups du sort

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incompréhensibles ! mais la biographie, c’est rhomme même, dans sa virtualité et son mérite, en dehors des circonstances bêtes et brutales de l’Histoire, et c’est surtout dans une biographie que Dupleix, cet homme historique et romanesque, aussi puissant sur l’imagination que sur la raison, doit être jugé. Quand nous la donnera-t-on, cette biographie qui saisira de plus près cette figure de Dupleix, laquelle disparaît et s’efface trop dans les détails de son histoire? Nous ne savons pas quand on nous la donnera, mais l’histoire de M. Tibulle Hamont est une raison de plus pour nous de l’attendre, et nous l’attendons...

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