‹ Sentences de M. Terentius VarronChapitre 4 sur 54 · OD · texte numérisé non relu

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naître ; sachons aisciplinar jet fixer notre B^rit (4).

» Craignons surtout de nous laisser séduire par ces discus^ons oiseuses qui émerveillent les igno* rants, par ces subtilités exagérées qui jettent au-delà du yrai. Dégageons la vérité des voiles qui l'enveloppent, et considérons-la en elle-même indépendamment de la personne qui la dit et du cliarme souvent trompeur uies expressions (2).

» Les livres ne peuvent être que le point de départ de nos études, et Tonne saurait ^ puiser Ja science; car on ne peut en pénétrer le sens que grâce à Texpérience et aux connaissances qu'on a déjà acquises. Portons donc nos regards vers les choses elles-mêmes, et interr(^eons ce maître qui ne saurait nous tromper, la nature (3).

» Tel est le double principe de la science; d'une part ce sont les êtres qui nous environnent, c'est la nature; d'autre part en nous-mêmes, c'est la volonté et son effort.

» Cette même activité raisonnée et persévérante qui conduit à la science, mène aussi à la sagesse* N'imitons pas ceux qui dans une oisive illusion attendent, sans rien faire pour les mériter et les

(1) Voy, Série xxxn.

{%) Voy, Séries xv, xxix, l, et'S M, 25.

(3) Voy. Séries xx, xxix, xxxii, xLvn, ui.

icqciém, lé succès et le bonheur : laissons-là les tcsux slérilies. Pensons toujours qu'user du temps c'est user de nous-mêmes , que nous n'avons la Tie que pour en faire un noble usage ^ et que chercher les loisirs c'est craindre de deyenir meilleur (1).

» Parvenus à la vérité et à la sagesse, enfermons-nous dans une sage réserve, et tout en pensant comme le petit nombre, parlons comme tous. Il est des vérités qu'il est inutile de répandre et des erreurs qu'il faut laisser au vulgaire, des préjugés qui lui sont utiles. Gardons-nous également de l'ignorance qui nous fait partager ses vaines opinions et de la folie qu'il y a souvent à être sage contre tous (2).

» Laissons subsister la crainte de la mort, crainte salutaire au plus grand nombre; mais n'oublions pas que la mort est de notre condition même et marque seule la différence entre Dieu et nous, qu'il serait insensé de lutter contre la nature, et que ne point accepter un mal nécessaire, c'est un double mal; enfin que nous ne serons après la vie que ce que nous étions auparavant, et

(1) Voy. Séries xxxviii, xxxix, %u,

(2) Voy. Séries ii, xik» luivi, x^xv.

que nous n'avons pas plus à craindre la mort qui la suivra que nous n'avons souffert de celle qui la précéda (1).

» La pauvreté n'est point chose réelle, mais une comparaison de notre sort à celui d'autrui; elle réside en notre imagination , elle n'est que vaine opinion (2). De même la fortune que le vulgaire reçoit avec tant de joie et qu'il ne sait perdre sans pleurer, ne tient son prix que de notre erreur même. Le sage comprend qu'il n'a rien à en attendre et rien à en craindre, qu'elle n'est pas le bonheur puisqu'un homme malheureux peut la posséder, que ce qui est à tous n'appartient à personne, que ce qui est hors de nous n'est pas à nous : il fait dès-lors même visage à la fortune qui vient et à la fortune qui s'en va; il apprend à commander à la fortune, il apprend à la mépriser et il devient par-là plus puissant que les rms euxmêmes (3).

» Sa royauté , c'est la philosophie qui lui donne la parfaite Uberté et la jouissance de tous les biens. Ces biens il les possède en son âme à l'abri de toute atteinte, et il les porte avec

(1) Foi/. Sériai et §100.

(2) Voy, Série xxxm.

(3) Voy. Séries v, x, xxxi, xuu.

lui , comme en tous lieux il porte avec lui sa patrie (1).

» Il ne se permet ni faible condescendance, ni admiration complaisante, ni louange pour soimême : il fait peu de cas des éloges du vulgaire, moins encore de Tadulation qui n'est à ses yeux qu'un intérêt mal dissimulé ; mais sans rechercher les éloges, il ne peut manquer de les obtenir, et la gloire ne fait jamais défaut à qui sait la mériter (2).

» Il sait accorder ses bienfaits sans les faire acheter par des instances qui leur ôteraient leur prix et avec cette libéralité parfaite qui ne s'attend pas à être payée de retour et ne place pas à usure (3).

» Enfin son amitié , née de la raison et fondée sur l'estime, résiste à toutes les épreuves , même à celle du malheur; elle est aussi désintéressée que stable, et il se persuade qu'il ne pourrait cesser d'aimer ses amis sans se haïr lui-même (4).

Je ne veux considérer ici que l'ensemble de ces

(1) Voy. Sentences 36, 152.

(2) Voy, Séries xxxvi, xli, xuv, li.

(3) Voy. Série iv.

(h) Voy. Séries vi, ix, xl.

sentences pour rendre plus visiljle à nos yeux Tunité de la doctrine philosophique qui domine leur variété. Qu'elles se rapportent à Tintelligence et à la direction de Tesprit, ou cpi'elles aient trait à la conduite et à Tordre moral, toutes elles rappellent récole stoïcienne ; s'il en est qui sont de tous les temps, il en est aussi un grand nombre qui expriment des idées particulières à cette école : il en est enfin qu'un stoïcien seul peut avoir écrites.

Varron disait, il est vrai , qu'il était pour l'ancienne académie (1), etCicéron lui rappelait qu'ils avaient même doctrine, comme ils avaient eu même maître (2). Mais cet Antîochus d'Ascalon qu'ils ont entendu l'un et l'autre , dans son désir d'allier l'ancienne académie et le stoïcisme, confondait avec peu de critique ces écoles si différentes et ne parvenait point à tromper ses contemporains qui reconnaissaient en lui le stoïcien au milieu de l'académie (3). Tandis que Cicéron, tout en faisant voir un certain goût pour le stoïcisme, se rappelle Philon de Larisse, et conserve une

(1) Saint Augustin, de Civ. Dei, XIX, 1 , d'après le de Philosôphia de Varron.

(2) Voy. ma thèse sur Antiochus, p. 15.

(3) Voy. ib., p. 37.

prédilection pour l-académie; Varron^ paruHé illusion généreuse , se plait à proclamer qu'il est d^ récole de Platon; mais disciple d'iSlius , il a laissé le stoïdsme pénétrer jusqu'au fond de son esprit.

Ainsi il partage les opinions des stoïciens sur ta source et la valeur de nos eonnoissances (1), sur la nature et les rapports de la dialectique et de la rhétorique (2), et c'est à eux qu'il emprunte ses théories grammaticales (3).

Qu'il écrive le de Ungtia latina, ou qu'il traite de la physique, il invoque sans cesse l'autorité de ^énon, de Gléanthe, de Chrysippe, d'Antipater, d'iSlius (4). Avec eux, il a appris à appliquer à toutes ses recherches une analyse exacte et fé* oonde , considérant successivement pour chaque chose la substance, le lieu, le temps et le mode (5), à distinguer en chaque être le principe passif et

(1) Voy. Cicéron, Acad.<t lib. L

(2) Varronis fragm. in éd. Bipont. p. 202.

(5) Voy, Schmidt, Stoicorum grammaiica, Halid, 1859.

{k) Voy. sur sa Physique saint Augustin qui , dans la Cité de DieUy analyse les Antiquités divines,

(») Voy. de Ling. lat., V, 11, 12. VU, 5. VUI, 11. — La division du 1«' livre de Re riwttca.— -Saint Augustin, * Civ. Dei, Vï, 5. — Aulu-Gelle, XIV, 7.

le principe actif, à identifier l'un avec le corps, l'autre avec Tâme et celle-ci avec le feu (1).

Il pense, comme eux, que Tâme exprime sa puissance dans la nature à trois degrés et sous trois formes différentes, principe de la vie dans la plante, du sentiment dans Tanimal , de Tintelligence dans Thomme (2) ; qu'en nous elle a huit facultés (3) , dont la principale est Tintelligence même , la raison faite pour commander (4) ; que le principe actif répandu dans Tunivers, Tâme du monde , c'est Dieu (5) ; que Dieu n'est point distinct du monde et que toute nature est Dieu (6); que les différentes manifestations de ce principe unique, représentées chacune par un nom particulier, sont comme des divinités différentes (7).

Avec les stoïciens, avec le pontife Scévola, il distingue trois espèces de théologie (8) : cette théologie physique et naturelle qui, comme le

(0 De Ling. lat., V, 57, suiv.— De Civ. Dei, VU, 6, suiv. — Fragm. in éd. Bip., p. 375.

(2) De Civ. Dei, VII, 33.

{^)DeLing.lat.,lX,^0.

(4)Ib. etdcCit?. Det, VH,23.

(5)DeCtt?. D«, IV, 31; VII,5.

(6)Ib.VI,8.

(7)Ib. VI,6, suiv.

(8) Ib. IV, 27; VI, 5, suiv.

remarque saint Augustin (1) , ne s'élève point au-» dessus de la nature et ne reconnaît aucun principe supérieur à Tâme du monde; la théologie poétique, ensemble de vaines fictions, et la théologie civile , établie par les législateurs comme un secojirs et comme une discipline pour les âmes vulgaires. Il est bon , dit-il , que le peuple ignore la théologie poétique; quant à la théologie naturelle, elle dépasse la portée de son intelligence (2) et demeure réservée au philosophe, qui, par elle, interprète et critique la religion des poètes et celle des législateurs (3).

Enfin le rang qu'il assigne à la morale, but suprême de la philosophie, ses idées sur la vertu, sur les autres biens qui ne sauraient lui être comparés, mais concourent avec elle à former la vie la plus heureuse (4) , tout rappelle encore le stoïcisme, mais tempéré et tel que Tout enseigné Panétiu&nPosidonius, Autiochus. Delà une certaine analogie entre les pensées que nous publions et celles de Sénèque , parfois même des rapports si

(l)Ib. notamment Vm, 1. (2)Ib.III,a;IV,27, 51;YI,b, 6.

(3) De Civ. Dei, VII, 7 à 28, 30, 33; Vlll, 3. (ft) Yoy, de Civ. Dei y XIX, 1 à 3, où saint Augustin analysQ le de Philosophia de Varron.

fhippants qu'ils peuvent étonner, si Ton ne se rappelle que ces deux philosophes ont accepté les opinions et les formules consacrées d'une école.

Ainsi cet esprit tout stoïcien qui dominait dans les traités de Varron, tient aussi la plus grande place dans le recueil de ses sentences. Sont-elles parfois obscures? il suffira pour les comprendre d'étudier sa doctrine et les fragments de ses ouvrages ; alors on rencontrera dans les Antiquités et dans le de Philosophia les idées et les expressions mêmes qu'elles présentent , et cette comparaison établira leur authenticité de la manière la plus certaine (1).

Ces sentences ont été extraites des ouvrages de Varron.

Mais ce recueil a-t-il été composé par Varron luimême, ou bien nos sentences ont-elles étéfdus tard extraites de ses ouvrages?

Remarquons d'abord que les anciens n'ont Jamais attribué à Varron un livre de sentences , et qu'il serait difficile de s'expliquer leur silence sur ce point.

(1) Voyez dans les notes la confirmation de ce qao j'indique ici.

D'autre part, un pareil livre n'exige pas, il est vrai, uiie composition méthodique; mais le désordre de celui-ci, des sentences presque identiques séparées les unes des autres , une même série d'idées plusieurs fois reprise et quittée, tout semble attester que nous avons sous les yeux des pensées extraites à la lecture des ouvrages de Varron.

Aussi trouvons-nous dans ce recueil toute Tobscurité que présentent des phrases détachées, et souvent, dans rembarras de donner à tel fragment un sens précis , on regrette de n'avoir plus pour l'expliquer les pensées qui le précédaient.

Du reste, il suffit de lire avec attention ces sentences pour y surprendre en quelque façon le travail du compilateur : ainsi Ton sera frappé de la répétition de formules banales qui ont facilité son œuvre (1) ; on rencontrera des réflexions inutiles par lesquelles il a cru compléter ou expliquer la pens^4^; mais on sera frappé surtout de finéga-

(1) Laudabile est (§ hh, 128, 1^8) ; tam laudabile quam diflicilUnmm {% 106) ; non minus laudabile quam honestum (§ 73) ; turpissimum, pulcherrimum wt (| 16, 72) ; spèctaeulum pulcherrimum^ pulcherrimum miraculum (8 80, 152, m).

(2) Ainsi le ms. de Padoue donne au § 17 vel parvnm, au S 99 anfodstt sapprimés dans les autres mss. ; nu $ 10

lité d'un style où, à côté d'expressions et de pensées entières qui rappellent la manière et Tépoque de Varron, il se trouve des phrases tout abstraites dont les formes scolastiques trahissent les habitudes d'une pensée plus moderne (1), des mots enfin qui n ont jamais été employés par les bons auteurs, et qu'on chercherait vainement à prendre pour des archaïsmes (2).

on lit et averso dans le ms. de Padoue, et e contra dans ceux d'Arras et de Saint-Victor, et non ^apere dans le Sophologium ; au § 129 non sunt ergofelices divitiœ édius le ms. de Padoue, non ergo felicem faciunt divitiœ dans celui d'Arras et dans le ms. 85^3 de Paris. Mais comme exemples de ces réflexions oiseuses qui manquent dans Tun des mss. ou ne s'y trouvent que corrompues, il faut citer : § 152, qua nil jucundius ; § 1^7, imperitis improhahile, sedverum; % 152, quodœqve incertum inexperienti quam et certumexperto, En^n au § 93, cette phrase d'un latin barbare : Félicitas et infelicitas ex comparatione, nonsecundum se sunt, n'est pas seulement inutile, elle rompt le sens, et il faut la supprimer pour rendre à la pensée son unité.

(1) Je citerai notamment : Facilitas intelligentiœ {% 50); dicendi qualitas (% 52); vice inquirendorum (§65); principia inquirendorum, principia negotiandi (§ 61) ; contrarie plurihus (| 59) ; ex meditato {% 102); ex illabo^ rata (§ 117, 149) ; esse ex comparatione , esse secundum se (1 93) ; venir e ad emendatio7iem {% 31) ; impedire ad profectum scientiœ (§26).

(2) Ainsi nous y trouvons : Subditio (§ 46) ; alienilO'

Frappés de ces obscurités et de ces incorrections du style, dirons-nous, avec Orelli <1), que ces sentences ne sont point de Varron , mais de quelque auteur du cinquième ou du sixième siècle? Ce critique n'avait sous les yeux que le texte imparfait publié par Barth et quelques sentences du SpecU' lum doctrinale.

Pour nous , nous pensons avec Barth , avec Schneider, avec Schœll (2), avec M. Devit, avec M. Quicherat,. avec M. OEhler (3), qu'elles ont été extraites des ouvrages de Varron, et nous ajoutons avec Barth et M. OEhler que ce recueil fut composé dans un siècle éloigné déjà de celui où avait vécu notre philosophe (4),

Les manuscrits ne nous fournissent-ils aucun renseignement sur ce sujet?

^utttm (S 51) ; metiixarvm (§61); canoXe (§91); (Varron dit canalx» au féminin , àe Re rustica (III , 5) ; incontingens (§ 89) ; cohabitare ( § 33); corrixari (§ 47); magis ducere (§ 68).

(l)Dans ses Poet, vet ht. carmîna sent,, il leur a donné pour titre : Sententiœ quœdam M. Ter. Varroni falso attrihutœ,

(â) Hist, abr. de la litt, romaine, Paris, 1815, tome 2,

(3) M. Ter. Varronis Saturarummeni^p. rel., p 8 et9. (h) Il fut composé, suivant Sarth, au sein des écoles

Le manuscrit n« 8542 de la bibliothèque impériale porte Proverbia Varronis, comme on lit ordinairement Proverbia Ckeronis , Proverbia Senecce, en tête des pensée extraites des ouvrages de Gicêron et de^ Sénèque.

Mais dans le manuscrit de Padoue, les sentences ont comme titre : Proverbia Varronis ad Paxianum, dans ceux d'Arras et de Saint-Victor : Sententiœ Varronis ad Papirianum Athenis atidientem. Ainsi le manuscrit de Saint-Victor reproduit le titre du manuscrit d*Arras, comme il en rappelle les leçons, et tous les deux, par ce titre, diffèrent du manusmt de Padoue , comme ils en diffèrent par leur texte.

Ces titres prouvent-ils que Varron ait composé un recueil de sentences, et qu'il Tait adressé à un certain Paxianus ou Papirianus? Non ; ils conviendront tout aussi bien à un choix de pensées tirées d'un ouvrage de Varron dédié à Paxianus ou Papirianus, ou encore à un recueil de sentences varroniennes fait plus tard pour une personne de ce nom. Voilà donc plusieurs sens possibles, plusieurs

chrétiennes dans un temps oU les idées fliorales des anciens étaient en honneur; suivant M. Œhler au quatrième ou au cinquième siècle » avant la iwmeture dQ réooled'Àfchènte.

interprétations aussi plausibles les unes que les autres; et ce IJaxianus ou Papirianus, c'est un contemporain^ un ami de Varron qui a reçu renvoi de ses sentences mêmes ou de tel autre de ses ouvrages, ou bien c'est le personnage auquel plusieurs siècles après un compilateur dédie le recueil des sentences extraites par lui des oeuvres de Varron.

Cet ami auquel Varron a dédié l'ouvrage d'où les sentences sont tirées, c'est Paxamus suivant D. Pitra (4); selon M. Devit, c'est un P. Axianus> ou un Axius, ou encore un Actiu&(2) ; enfin, si nous en croyons Schneider, il s'agit d'Atticus lui-même, qu'une singulière méprise des copistes a transformé en atheniensis miditor (3). D'autre part, M. (Ehler demande si ce recueil n'aurait pas été dédié à Pacianus, c'est-à-dire à saint Pacien, évêque de Barcelone, mort à la fin du quatrième siècle (4). Pourquoi ne nommerions-nous pas aussi Papiria-

(1) V(y^, Spicil, Solesm.y tome III, notes des pages 513, Si8, 520.

(â)Foy.p.îl.

(5) « Quod inscriplio Atheniensem audtlorem nominal , istud suspicor errore librarii exscribentis factum esse i qui sententias plures ex libris forlasse pluribus a Yarrone ad AttiCum amicissîmum scripUs excerpserat. »

(4) M. Ter. Varr. Saiur. mmipp., p. g.

nus ou Papyrianus, auteur d'un traité de Orthographia, cité par Priscien et Gassiodore ? Les conjectures ne feront pas défaut; mais s'il est facile de les multiplier, il est impossible d'arriver par cette voie à quelque chose de certain.

Dans les ouvrages de Vincent de Beauvais , il n'est plus question de Paxianus ou Papirianus, et ce jeune homme qui étudie à Athènes devient un étudiant athénien, pour qui le recueil des sentences a été composé par Varron lui-même. Exstant Sententiœ Varronis ad atheniensem auditorem morales atque notabiles , dit-il dans le Specidum historiale; et au début du Spéculum doctrinale : Varro ad atheniensem auditorem. Nous trouvons ici tout à la fois une omission et une inexactitude dans la reproduction du titre , et d'autre part une interprétation arbitraire.

Tous les auteurs qui ont suivi le texte de Vincent de Beauvais (1) attribuent comme lui ce recueil de sentences à Varron et disent qu'il les a adressées à un étudiant athénien dont ils n'ont pas conservé le nom. Ainsi Antonin de Forciglioni et l'auteur du Compendium chronicarum repro-

(1) Je ne parle pas du petit ms. de Padoue et de celui de Barth qui donnent simplement : M, Yoiffo dixU.

duisent les expressions mêmes de Vincent de Beauvais ; Schédel emprunte ses sentences au lÂber Moralis de Varron; Arnold de Hollande, dans la première partie du Liber Vaticani , Fauteur du traité de Vita et moribics philosophorum, Ck)lonna et Foresti dans leurs Chroniques citent ce lÀbrum morcdem quem Varro scripsit ad atheniensem auditorem. Vincent de Beauvais , aux livres V et VI du Spéculum doctrinale , dit simplement Varro in Sententiis ; de même Jacques le Grand et Jacques de Cessoles, Varro in SententiiSy ou in suis Sententiis.

Les résultats de notre discussion sur la valeur relative de nos différentes sources sont confirmés en quelque façon par la diversité même des titres sous lesquels s'offrent à nous les sentences de Varron. Il est toute une classe d'ouvrages qui ne font que reproduire en Taltérant le titre donné par Vincent de Beauvais. Quand ils présentent ce recueil de sentences comme une œuvre spéciale de Varron, ils n'ont aucune autorité à nos yeux, et nous n'y voyons sous diverses formes qu'une erreur de Vincent d,e Beauvais.

Du reste nous pouvons établir directement que ces sentences sont extraites de divers ouvrages de Varron , cela grâce au témoignage inconnu

jusqu^ici du IM>er Vaticani et des Chroniques. Arnold de Hollande reproduit, il est vrai, le texte de Vincent de Beauyais; mais, comme il nous rapprend lui-même (1) , il avait résidé en Kalie, à Bologne et à Padoue, et pendant le cours de ses études , il y avait consulté grand nombre d'érudits, cwnpulsé grand nombre de livres. Sans doute, alors, il eut sous les yeux quelque copie ancienne où tes ouvrages de Varron étaient désignés à la marge (2). 11 nous a conservé pour quatorze sentences ces indications précieuses et cite huit fois Varro in Moralibus , deux fois in libro Moralium, quatre fois in libro (ou in lib. Antiqtdtatimi),

(1) « Personaliter copulavi ex diversis libris et ex diversis bistoriographis , quos vidi et audivi in Italie , tam Bononiae quam Paduae y dum eram ibi studens. » — S'il consulte Vincent de Beauvais, il connaît aussi des sources mjBillaures. Ainsi quand cet auteur et d'après lui Jacques fe Grand attribuent à Varron une sentence de Gaton, Arnold de Hollande la transcrit , il est vrai , mais ajoute : c Istud dictum secundam alios est Gatonis. » Yoyj. cette sentence dans Aulu-Gelle, XIIl, 17.

(2) Il dit simplement dans sa 1'^ partie : « Scripsit etiam ad auditorem Atheniensem librum moralem in quo multa utilia et notabilia continentur de quibus ponam aliqua in sécanda parie îsiras operis.

BiBif^pétom <fa^motd<le H<d]ande âans la première partie de son ouvrage et plusieurs autres auteursjont nommé le Uber JUoralis de Varron. Mais Schédel et Foresti font plus; ils le citent et la sentaice qu'ils lui empruntent est précisément de celles qu'Arnold de Hollande met sous la rubrique : Vurro in Moralibus. On doit donc penser que ces différents titres: Moralia, Liber Moralium, Liber Moralis, se rapportent à un seul et même ouvrage de Varron.

Ne seraitoe point quelque livre adressé par Varron ^ un Paxianus ou Papirianus qui étudiait alors à Athènes^ un livre des Logistorici, le de JHoriàiis par exemple? ou plutôt ne faut-il pas Tentendre de Fensemble même de ces Logistorid dont les sujets avaient trait à la morale y et dont les titres se rapportent si bien aux diverses séries de nos sentences: Catus, de Liberis educandis ; Marins, de Fortuna; Messala, de Valetudine; Tiibero, de Origine humana ; Curio , de Ctdtu Deorum; Gallus, vel Fundanius , de Admirendis ; Pius, de P ace; Or estes, de Insania; de Ptidicitia; de Moribm (1) ?

(i) Vùy. sur les Logisiorm M. RitschI, p. 501, suiv. et M. CEbler , p. 58» suiv.

Quant aux paawgeg oft mm l i sM i s àtia»» cm m

lib, Antiqtdtattan, il est à remarquer d'abord que les auteurs anciens se sont contentés plus d'une fois de cette désignation vague : in libro ArUiqui* tatum (i). Si Arnokl de HoHande ne cite pas fsçbcialement le livre des Antiquitates rertmt Humaiiaruïïi, ou des AniiqidUjUes rerum divinarum, on peut regretter que son témoignage ne sc»t pas plus précis, mais ce n'est point une raison 'de le reje*~ ter; et quand il cite un frs^ment ccmnu de là satire de Offlcîo maritU c^est sous cette seule dé»* gnation également vague et générale : in sedyra quœ Menippea înscribîtur (2). Enfin, si Ton demande comment on a pu emprunter des sentences morales au traité des Antiquités, nous rappellerons que saint Augustin (3) parle de livres d'introduc-

(i) Voy. notamment Pomp, Festus, p. 85.

(S) Voy. Œhler, p. 1P8. Ce passage est cité par Aulu- Gelle et par Jean de Salisbury ; le texte d'Arnold de Hollande (art. uxor) semble emprunté à ce dernier auteur : « Yitium conjugis , ait , lollendum est aut ferendum : qui toUit vitium , commodiorem conjugem praestat, quifert se ipsum efïicit meliorem. »

(3) De Civ. Dei, VI, 3 , à propos des Antiquités Attmaines, « Unum singularem qui communiter prius de * omnibus loqueretur , in capite posuit ; » et tle même pour les Antiquités divines ; « et istorum exordio unum singu*^

tion placés en tête de chacune des parties de Touvrage, pour exposer d'une manière générale Tobjet At% Antiquités humaines et des Antiquités dicines, et que ces Uttcs ne sont sans doute autre chose que les Proœmia antiquitatum , où , d'après le témoignage de Gicéron (1), l'auteur avait cherché à mettre les questions philosophiques à la portée de tous, et à frapper l'esprit par une manière plus agréable et plus piquante.

Nous^ sonunes d'autant plus porté à accepter l'autorité d'Arnold de Hollande, qu'elle confirme l'opinion des meilleurs critiques, celle à laquelle nous avons été conduit aussi par un examen attentif des sentences et de leur style.

La place même que ce recueil occupe dans nos grands manuscrits indique assez quelle est sa nature ; n'avons-nous pas remarqué que le manuscrit d'Arras, celui de Padoue, celui qui porte le n« 8542 de la bibliothèque impériale , celui de

larem, qui prius de omnibus loqueretur apposuit. » Il ^jfe^ parle , t&. VII , î) , 6 de la '^rcRlocMXxo pro^posita où est n exposée la théologie naturelle.

(I) Acad, lib. I, | 8 : « Quae quo facilius minus docti in-

' i telligerent , jucunditate quadam ad legendum invitati , in

^^ laudationibus , in iis ipsis Antiquitatum proœmiis , philo-

sophiae scribere voluimus , si modo consecuti suraus. »

Saint-Vi(^ar^ loin de nous le présenter «u milieu . d'oBuvres originales^ le rangent parmi les extraits^ parmi les choix de pensées ?

Un âge vint où Fon se plut à rassembler les belles pensées qui se rencontraient dans les ouvrages des anciens; comment n'aurait-on pas fait pour Varron ce que Ton fit tant de fois pour Gicéron, pour Sénèque? Les parties de ses écrits qui sont parvenues jusqu'à nous et ks témoignages des anciens (1) ^ tout nous montre qu'il était aisé d'emprunter des sentences à l'auteur des Logistorici et des Satires ménippées. Peut-être même le recueil que Von en fit se composait-il de plusieurs livres; c'est du moins ce que semble indiquer le témoignage de Matthias Farinator (2).

(i) QuintiUen, Inêtit. orat.,I, k, h : m, Yarronemel Lucretium in Latinis , qui praeçepla sapientiae versibus tradiderunt. » — Saint Augustin, de Civ. Dei, VI, 2 : « Tainetsi minus est suavis eloqùio , doctrina tamen et sententiis ita refertus est , ut in omni eruditione , quam nos sœcularem , il!i autem liberalem vocant, stadiosum rerum tantum iste doceat, quantum studiosum verborum Giçero *i^^ . delectaL » ^^

(2) Il cite Varro in sententiis lihro sexto , Ubro sep- ^ ' \ timo. Peut-être est-ce une désignation inexacte , et s'a- *A git-il de pensées tirées du sixième et du septième livre w ; de quelque ouvrage de Yarron.

Malheureusement celles qui nous restent et que nous publions aujourd'hui laissent trop sentir le travail d'une main plus récente; Tobscurité et l'incorrection du style, c'est la marque dont les a frappées le compilateur; mais souvent aussi elles conservent , comme un souvenir de leur origine, la vérité qui saisit notre esprit et un tour heureux qui le charme.

SENTENTIiE VARRONIS.

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