‹ Sentences et maximes moralesChapitre 4 sur 56 · TÊT · texte numérisé non relu

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philosophes , dont Diogène de Lderce nous rapporte les sentences, étaient les hommes les plus corrompus de leur siècle ; il faudrait faire le procès à la mémoire de Caton, et croire que c’était le plus méchant homme de la République, parce qu’il censurait les vices de Rome. Si cela est, Monsieur, je ne pense pas que l’auteur des Réflexions, quel qu’il puisse être, trouve rien à redire au chagrin de ceux qui le condamneront, quand, à la religion près , on ne le croira pas plus homme de bien ni plus sage que Caton. Je dirai encore, pour ce qui regarde les termes que l’on trouve trop généraux, qu’il est difficile de les restreindre dans les sentences sans leur ôter tout le sel et toute la force ; il me semble, outre cela, que l’usage nous fait voir que sous des expressions générales, l’esprit ne laisse pas de sousentendre de lui-même des restrictions ; par exemple quand on dit : Tout Paris fut au-devant du Roi, toute la Cour est dans la joie, ces façons de parler ne signifient néanmoins que la plus grande partie. Si vous croye ^ que ces raisons ne suffisent pas pour fermer la bouche aux critiques, ajoutons-y que, quand on se scandalise si aisément des termes d’une censure générale, c’est à cause quelle nous pique trop vivement dans l’endroit le plus sensible du cœur.

Néanmoins il est certain que nous connaissons vous et moi bien des gens qui ne se scandalisent pas de celle des Réflexions, j’entends de ceux qui ont l’hypocrisie en aversion, et qui avouent de bonne foi ce qu’ils sentent en eux-mêmes et ce qu’ils remarquent dans les autres. Mais,

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peu de gens sont capables d’y penser ou s’en veulent donner la peine, et, si par hasard ils y pensent, ce n’est jamais sans se flatter. Souvenez-vous, s’il vous plaît, de la manière dont notre ami Guarini traite ces gens-là.

Huomo sono, e mi preggio d’esser humano;

E teco, che sei huomo,

E ch’ àltro esser non puoi,

Corne huomo parlo di cosa humana,

E se di cotai nome forse ti sdegni,

Guarda, garzon superbo,

Che, nel dishumanarti,

Non divenghi una fiera, anzi ch’un dio.

(Guarini, Past. Fid., acte 1, scène i). (9).

Voilà, Monsieur, comme il faut parler de l’orgueil de la nature humaine; et, au lieu de se fâcher contre le miroir qui nous fait voir nos défauts, au lieu de savoir mauvais gré à ceux qui nous les découvrent , ne vaudrait-il pas mieux nous servir des lumières qu’ils nous donnent pour connaître l’ amour-propre et l’orgueil, et pour nous garantir des surprises continuelles qu’ils font à notre raison ? Peut-on jamais donner assez d’aversion pour ces deux vices qui furent les causes funestes de la révolte de notre premier père, ni trop décrier ces sources malheureuses de toutes nos misères ?

Que les autres prennent donc comme ils voudront les Réflexions morales ; pour moi, je les considère comme peinture ingénieuse de toutes les singeries du faux sage ; il me semble que dans chaque trait l’amour de la vérité lui ôte le masque et le montre tel qu’il est. Je les

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