‹ Sentiment de Napoléon Ier sur le christianismeChapitre 4 sur 30 · AVERTISSEMENT. .VII · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. .VII

la plus importante de ces pièces, le Diseours sur la divinité de Jésus-Christ, dans ^^Éttides philosophiques y n'hésitait pas à dire : a Cité <r plusieurs fois et dans des circonstances so* « lennelles, ce jugement de Napoléon sur « Jésus-Christ passe généralement pour hisr « torique: Au reste, sa valeur n'est pas toute « dan§ son authenticité, elle est surtout dau^ « la force de vérité qui le distingue et dans « la touche originale dont il est empreint.

« Et cela même vient à Tappui de son au- « thenticité, on y voit V ongle du liçn. »

L'ouvrage de M. de Beauterne, épuisé depuis assez longtemps, manquait en librairie.

Nous avons pensé que ce serait faire ujae chose utile, au point de vue religieux, de le réimprimer, et des juges compétents nous y onït fort encouragé. Mais, après avoir pris leur avis également, nous avons jugé nécessaire que cette nouvelle édition parût dans des conditions, meilleures, et que l'ouvrage fût

VÎII AVERTISSEIŒNT.

modifié de feçon à pouvoir satisfaire plus complètement les lecteurs de toute classe.

Débarrassé de ces supcrfêtations qui fati* guaient les uns, choquaient les autres, en froissant d'honorables susceptibilités ou des opinions consciencieuses, nous avons pensé que le livre ne pouvait qu*y gagner : le métal, dégagé de ses scories, ne brille-i-il pas d'un éclat plus pur?

Mais (rauteur étant mort) c'était là une tâche à la fois laborieuse et délicate, et qui n'exigeait pas moins d'abnégation que de ïèle. Un écrivain de nos amis , que recom- •mandent , autant que son talent, l'indépendance de son caractère , l'impartialité de son jugement et son dévouement actif aux intérêts de la religion, a bien voulu, sur notre demande, et dans la pensée d'être utile, se charger de ce travail de refonte passablement ingrat. Il s'en est occupé avec ce soin et cette consdence qu'il apporte dans l'exécution de

ÂYBRTISS£MSNT. I|;

ses propres ouvrages, en s^efforçant le plus possible de ramener le livre à Tunité de la pensée religieuse, élaguant tout ce ^i uq semblait pas concourir assez directement à ça but principal. Il a dû retrancher beaucoup^ des pages nombreuses et même des chapitre^ entiers, sans toucher d'ailleurs à ce qui tenait au fond du sujet et à Tenchaînement du récit, laissant, bien entendu, à feu M* de Beau-* terne la responsabilité de ses appréciations et de ses affirmations. Il a compensé ces suppressions considérables par Taddition de documents et de chapitres nouveaux, notam** ment le dernier sur les Héro& chrétiens de t Empire, qui semble Tappendice tout naturel de Touvrage et le termine si heureusement, à notre avis.

Le livre de feu M. deBeauteme, qui devient ainsi un' livre entièrement nouveau, sans rien perdre de ses mérites anciens ( et ils sont grands), sera, nous Tespérons, favorablement

X AVERTISSEMENt.

accueilli du public. Court et substantiel, fait pour intéresser profondément par Tattrait du récit comme par les importantes questions qu'il soulève et résout d'une façon si décisive, il est de ceux qu'on peut mettre le plus utilement dans les mains de tout honlme qui cherche la vérité de bonne foi, qu'on peut offrir également aux amis et aux ennemis.

Comment ne deviendrait-il pas un livre populaire, grâce à la magie de ces noms glorieux, Thonneur de notre histoire militaire, Napoléon, Drouot, Cambronne, Macdonald, Bugeaud, etc.; et alors qu'à côté des leçons qui s'élèvent parfois aux mouvements de la plus haute éloquence il place l'éloquence, plus grande peu1>-étre, de si éclatants exemples?

SUR LE CHRtSTlANISVE. I

rilel Du moins il s*agit ici d'une chose neuve et grande^ plus grande que Napoléon lui-même.

On ne saurait contester non plus roriginalitë et l'importance de cette publication^ où Napoléon^ justifiant sa foi, du même coup justifie celle de Locke et de Leibnitz^ de Newton et de Clarke, comme celle de Pascal^ de Cassini et de Des»

cartes; en ënumérant ses motifs pour croire à la religion^ il semble énumërer les motifs de la foi de ces grands hommes. On dirait qu'il les de» vine ; comme il disait lui-même un jour^ que tout le secret de ses succès à la guerre^ c'était l'imitation de Gésar^ d'Annibal et d'Alexandre.

Quelques personnes s'inquiéteront de savoir quelle est la part du travail du metteur en œuvre ; et^ si l'on a fait des additions^ à quels si** gnes on reconnaîtra ce qui est de Napoléon ou du manœuvre. Ma réponse sera bien simple : on ne contrefait pas le génie. Le fond des pensées^ le nerf du raisonnement^ les arguments princi» paux sont et ne peuvent être que de Napoléon. Le style et des phrases entières lui appartiennent aussi, quelquefois littéralement, comme celle-ci, pai* exemple, qui est au début de l'opinion de TEmpereur sur JésuM]!hrist. « Je connais les hommes, et' je vous dis que Jésus

n'est pas un homme. » Et cette autre qui termine : m Si vous ne voyez pas que Jésus est Pieu^ dit Napoléon à son interlocuteur^ eh hien ! J'ai eu tort de vous faire général. »

Néanmoins on avouera ingénument que^ si Ton a respecté les pensées de Napoléon, ce respect n'a rien de servile. On a imité Touvrier qui monte un écrin; cet, ouvrier ne craint pas quelquefois de tailler les diamants; pour multiplier l'éclat et les effets de lumière, il ose multiplier les facettes. Heureux si l'on avait pu faire davantage ! Maintenant, pour ce qui est du style et de la foime littéraire, le geste et la voix sont la vie et le charme naturel du discours : mais quelque fidèle que soit la mémoire, qui ne sait combien la pensée s'altère et diminue dans le trajet d'une communication qui n'est pas directe? Pour y suppléer, on n*a pas craint de recourir à une inspiration propre et à une certaine parure qu'exige la parole écrite, et sans laquelle elle manque de grâce et ne saurait plaire.

Ceci posé, il me reste à indiquer par ordre et clairement les sources où j'ai puisé. Je dois citer en première ligne les compagnons d'exil de TEmpereur. Je les ai consultés ; je me suis assuré, autant par leur dire que par la lecture

des écrits officiels de Sainte-Hélène, qu*il y avait été question, beaucoup plus souvent qu'on ne le croit communément, de Dieu et de la religion. Ai-je eu lieu d'être satisfait également de mes démarches auprès de tous? Hélas! trop souvent on pense à soi plus qu'à la vérité. La crainte du qu*en dira-ir-on paralyse la langue.

J'ai reçu de M. Las-Cases une lettre singulière qui n'est pas propre à donner une grande idée de sa pénétration, si elle honore sa conscience. On trouve, au reste, dans le Mémorial, le pour et le contre; mais M. Las-Cases est resté si peu de temps à Sainte-Hélène, qu'il n'a pu connaître l'Empereur que superficiellement K Je dois à M. Marchant une lettre bien décisive, naïf renseignement dans le sens de la foi religieuse de l'Empereur. On trouvera une citation également décisive de M. Antommarchi dans le même sens. M. le baron Gourgaud m'a fait l'honneur de me recevoir et de causer avec moi; il m'a promis des documents précieux que je n'ai pas encore reçus. Il pense que Napoléon était croyant, mais qu'il avait des moments de doute.

^ M. de Las- Cases, comme on sait, a quitté S<^iiite- Hélène après un très-court séjour dans Tile. ^

Mais la personne qui a droit à mes i*emerciments les plus respectueux^ c'est M. le comte de Montholon. Je pourrais presque dire que ce re-> cueil tout entier est bien plus son ouvrage que le mien ; non pas que je prétende excuser ainsi mes fautes : non^ j'afGrme de nouveau que le style^ la forme littéraire est de moi ; j'ai^rme^ et je répète encore une fois^ que les pensées^ les raisonnements sont Tesprit^ la parole^ To^vre de Napoléon lui-^même.

Quant à la valeur de la parole de M. le comte de Montholon^ à qui Thistoire sera redevable de cet éclaircissement inattendu de la physionomie religieuse de FEmpereur^ je crois édifier le lecteur par un récit succinct de ce qui décida le général à s'exiler de France pour partager la prison de Napoléon» Il était de service à TËlysée- Bourbon le jour où Lafayette demanda et obtint le décret de la seconde déchéance. L'effet fut prompt comme celui de la foudre; aussitôt tout le monde s'évada d'un lieu frappé de disgrâce.*. Le général Montholon, lui seul d'officier général, demeura à son poste. Napoléon, avec Tinquiétude, l'agitation naturelle dans une position semblable, venait de temps à autre jeter un regard furtii dans le salon de service qui bientôt

SUR LE CHRISTlÂNISItE. 7

fat désert, a Général Monthôlon^ lui dit-H en « venant à lui, est-ce que vous ëuivuée ma matH €( vaise fortune comme tant d'autres ont suivi a la bonne»., t» Je cite les paroles (ettttelles du général : « le n*osai refuser... €ertes> je ne tne <r serais pas offert^ j'en étais bien étoigné; mais « c*éiait la demande de mon souverain dans le « malheur^ ce fût mon honneur de soldat qui « dicta ma réponse^ j'acceplâi. i> D'autres se sont offerts pour aller à Sainte-Hélène^ et en sont repartis avec de bons prétextes sans doute ^ puis-* que l'Empereur les a acceptés; Dieu juge leur conduite... Quant au général Montholon> qui ne s'est pas offert, il y est demeuré jusqu'à la fin, tt sans jamais donner aucun signe de chagrin. » Aussi l'impartiale équité de celui qui faisait consister à bon droit l'art de régner dans l'art d'apprécier les hommes, cette équité a écrit dans son testament le paragraphe suivant î

c< le lègue dmœ millions de francs au comte « Montholon, comme preuve de ma satisfaoHùti ce et des soins fllials qu'il m'a rendus depuis six « ans.

Il n'est pas un témoignage plus pur et plus désintéressé que celui de M. Marchant. Voici comment il s'exprime :

« Ne craignez rien ; il n*est personne qui soit « à même de démentir ce qui vous a été coin— <c muniqué par M. le comte Montholon, qui pos- « sédait la plus intime confiance de TEmpereur^ « et qui a été à même^ mieux que personne^ de « connaître tout ce qui s'est passé à Longwood.» / Je répète donc que mes documents sont authentiques^ émanés de personnages vivants et contemporains qui ftie Iss ont donnés comme les auteurs et ks témoins des faits que je ra/aonte. Tout mon Uvre est vrai quant au principal et à Vessentielj parce que les personnes qui auraient intérêt à nous dém^itir ne Font pas fait et ne pourront rjen démentir.

Ces témoignages^ si décisifs par eux-mêmes, sont confirmés par les déclarations non moins explicite» du cardinal Fesch, oncle de TEmpereur> déclarations consignées dans une lettre écrite de Rome au chevalier de Beau terne, par M. F. Olivier, qui avait eu avec le vénérable cardinal plusieurs longs entretiens. Citons les passages les plus importants de cette lettre, publiée

s OR LE CHRISTIANISME. 9

peu de temps après la visite faite à Tillustre prélat et de son vivant même :

a Les sentiments chrétiens de l'Empereur^

dit le cardinal Fesch^ qui peut les mécûnnaître? Ne sont-ils pas dans ses ouvrages ? La foi s'y retrouve tout entière comme dans la majeure partie de sa vie... J'ai vu ici^ continua-t-ii {dus tristement^ les deux {o^êtres qui ont été près de lui à Sainte-Hélène. L'un d'eux a été obligé de le quitter^ parce qu'il était devenu malade dans l'île; le second^ l'abbé Vignali, l'a assisté jusqu'au dernier moment... et j'ai plein espoir... j'ai la certitude qu'il est au ciel avec les saints et aussi glorieux que sur la terre, i»

Ici le Cardinal ne put maîtriser son émotion; il s'interrompit un instant^ deux grosses larmes roulaient sur ses joues.

« — Ah ! reprit-il ensuite^ il est bien filcheux que je n'aie pas ici les mémoires que j'ai écrits sur sa conduite privée et publique... Si j'avais seulement une lettre qu'il m'écrivit de l'école militaire! — Car^ monsieur^ je l'ai élevé dès l'enfance; je ne l'ai jamais quitté ; je l'ai suivi partout^ excepté. en Egypte où je n'ai point voulu aller par des motifs trop longs à vous faire connaître... Tout i^etit, je l'ai vu constamment chré-

10 SBNTIHXHT DB NAPOLÉON

tien et catholique^ autant qu'un enfant puisse rêtre... — A l'école^ c'était bien le meilleur élève; ses progrès étaient si rapides^ qu'il inventait les sciences au lieu de les apprendre. •• .Laplace me disait : « Il n'y a qu'avec lui que « j'aie plaisir à causer mathématiques et physi^ c que; il comprend tout^ il va au delà de tout. » •—Eh 1 bien> monsieur^ malgré ces beaux succès> la religion le préoccupait au point qu'il ne lui eût rien coûté de se consacrer entièrement à la vie sacerdotale. — • Pourquoi n'ai-je plus cette lettre dont je vous parlais tout à l'heure ! C'est là ce qui vous l'eût iait connaître. 11 venait de faire sa première communion^ il m'écrivait le 15 août...

•^ Le jour de la fête de la sainte Vierge^ in* terrompis-je; jour que Napoléon empereur choisit pour sa propre fôte. »

Le Cardinal sourit à ce rapprochement; puis^ reprenant le fil de ses souvenirs :

«Mon oncle^ m'écrivait^il^ rien n'est compa-^ Cl rable aux joies que j'éprouve; je voudrais « pouvoir consacrer à Dieu ma force tout en^ « tière et combattre pour lui^ au moins de la « parole. Les occupations de l'école ne me per«- « mettent pas de me livrer, comme il conviens

8(m LE OfiRlSTUNieitE. il

*«(-drait, à k vie ocmtemplative^ mais au moins « je sens avec tin bonheur réel, qu'à travers « mes travaux et la carrière d'ëpée où je n^'en^ « gage, je marche dans la foi de mon père. » •*- Mon Dieu ! cette lettre, pourquoi n*est^lle pas sous ma main 1 Elle avait plus de deux pages et toutes pleines de sentiments pareils... Quelque temps après même, il eut un projet. Ne voulait'^il pas m-entraîner auï Indes? — Il y avait alors un régiment d'artillerie à Pendichérî, àCarical, je ne sais plus où, et il voulait s'y faire nommer lieutenant « Teues, mon onele, me « disaiMl, nous irons là. Vous êtes prêtre, eh « bien ! vous ferez ce qui convient au prêtre : « vous baptiserez, vous prêcherez; moi, je leur et ferai un cours de physique, puis de philos<>- « phie, et nous lesamènerons^à la vérité.» Ainsi, ridée d*une sorte de mission l'occupait» -^Vous savez ce qui arriva depuis.

« A son retour d'Egypte, ses sentiments n*avaient point changé, continua son Éminenoe; je vins le rejeùidreici, en Italie, et tout d'abord il me dit : it Mon oncle, il faut que demain je « livre la bataille (car il calculait tout à l'avance^ « comme si les événements eussent été sous sa « conduite) ; si je la perds, le chemin des Alpes

« xn*e6t fermé; je prendu avec moi te reste de « mes braves et je reatre en France par FAllea magne ; mais si je gagne la première bataille, « le lendemain je traverse le Pô et je suis en état « d'en gagner une seconde. La route me reste a ouveHe^ ist i^ors^ mon oncie^ mon premier « soin sera de rétablir en France le culte catho- A lique. Quels sont les cardinaux qui se ren- « contreront devant moi? » Je lui en citai deux ou trois; aujourd'hui ma mémoire ne me four nitplus leurs noms. — «£h bien» me dit-il, vous « irez les trouver; vous leur direz mes inten* « tiens et vous leur ferez des propositions con- <( venables. S'ils ont rintelligence de leur temps a et de notre situation, ils consentiront sans a peine à un arrangement; alors la religion « rentre en France avec nous... mais dans telles u limites... il le faut... et les philosophes de « France n'auront rien à dire... d'ailleurs» pour « eux... j'ai mon épée. »

« Vous comprenez» monsieur» quel vif intérêt excitaient chez moi ces détails si précieux pour nous autres chrétiens. J'admirais et bénissais les desseins de Dieu sur cet homme qu'il a dressé comme une barrière devant la marche du dix-huitième siècle; j'admirais aussi la foule

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des souvenirs de ce vieillard plus qu'octogénaire^ et sa chaleur de cœur ; à chacun des traits qu'il m'avait citës^ il faisait une pause et semblait rendre grâce au ciel^ puis sa mémoire lui fournissait quelque nouveau trait propre à montrer la nature profondément catholique de TEmpereur.

« Eh ! reprenait-il^ tout prouve ce que je vous ai dit de lui... Quand il eut signé le Concordat (car ce que je vous dis là^ ce sont choses publiques^ historiques) j ne fit-il pas chanter une grand'messe à Notre-Dame? Il voulut que les généraux y assistassent en costume^ et tous étaient réunis à Tarchevêché... II allait entrer dans réglise^ lorsqu'on vint l'avertir de ne pas traverser la salle où se tenaient ces messieurs. L'un d'eux s'était emporté jusqu'à dire : <iVeut-on « donc nous obliger à jouer la comédie? Est-ce « à des militaires de venir s'agenouiller aux mo- « merles d'une église? Si l'on prétend nous ra- « mener aux capucins et aux prêtres, messieurs, « c'est à nous de savoir ce que nous avons a « faire; quant à moi, je me couvre et je sors. » A la suite de ces propos, il s'était élevé une violente émotion dans la salle, et l'on engageait le Premier Consul, au nom du ciel, à ne point se

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risquer p&rmi les ofActerd. Napoléon frappa sur son épée : «c Je fais ce que je dois foire; et^ si « Ton m'attaque, je me défendrai... » — Voilà ce quHl répondit, et il entra. Mais, depuis, il me Ta répété bien des fois : « Mon oncle, j*ai a couru un véritable danger le jour de ma pn^ « mière messe à Notre-Dame. »

Ici le Cardinal s'interrompit tout plein des sentiments que réveillaient en lui ces beaux souvenirs, et il allait murmurant tout bas t « Oui, certes, il était chrétien; oui, certes... n

« ... Vous pouvez en croire, monsieur, un homme qui n*a jamais quitté les conseils de TEmpereur; il aurait eu la paix avec les Anglais sans peine, sans grandes concessions politiques, s*il eût été moins catholique. Car ce n'était pas lui qui fkisait obstacle^ c'était sa foi; on lui en voulait à lui, homme nouveau sur le trône, et sans antécédents, de manquer la seule occasion qui se fût présentée en France, depuis Henri !V, de détruire la religion catholique.... Oui, je vous rafRrme, monsieur, les Anglais lui faisaient une paix magnifique s'il eût consenti à établir le protestantisme en France*.... Cela vous étonne!

1 H ne faut point passer légèrement sur ces éton-

Êcoutei;— voki un fait qui vaut toutes les sortes de preuves :

« Un jour le télégraphe* annonce qu*un émissaire de Pltt vient de descendre à Boulogne^ et qu'il sollicite Tautorisation de se rendre à Paris pour transmettre au gouvernement des corn-»

munications fort importantes : c'était un certain Marseria^ Corse de nation^ qui avait foit ses études pour être prêtre; puis il avait jeté le froc aux orties avant son ordination^ avant mtéme d'avoir reçu le diaconat,

V Admis à Taudience du Premier Consul^ il

commença par prendre caractère. «Je suis^ dit- « il^ porteur de lettres de Pitt. ^^ Mon cher Mar- « séria, interrompit aussitôt le Premier Consul, « gardez vos lettres, que je ne veux même pas « voir; je n'ai rien de particulier à démêler avec a cet Anglais. Je vous reçois avec plaisir, comme « compatriote, mais non à titre d'envoyé. » — Marseria reprit: «Vous vous faites une idée exa « gérée, injuste, des prétentions de l'Angleterre « à votre égard; l'Angleterre n'a rien contre vous « personnellement. Elle ne tient pas à la guerre « qui la fatigue et la ruine» Elle en achètera

nantes révélations da cardinal Fesch. Comme on sent que cela est vrai! {BévUian,)

« mêuie volontiers la fin au prix de œncessions « que sans doute vous n'espérez pas; mais^ pour « vous donner la paix^ elle vous impose une « condition^ une seule : c'est que vous Taidiez à « l'établir chez ellç. — ^Moi, répliqua l'Empereur, « ehl qu'ai-jeàfaire en Angleterre? Ce n'est pas « mon rôle^ je suppose^ d'y mettre la concorde; « d'ailleurs, je ne vois pas comment je le pource rais. — Plus aisément que vous ne pensez, am- « tinua Marseria en pesant ses paroles; l'An- « gleterre est déchirée de discordes intestines. <( Ses institutions se minent peu à peu, une « sourde lutte la menace, et jamais elle n'aura « de tranquillité durable, tant qu'elle sera di- « visée entre deux cultes. 11 faut que l'un des u deux périsse; il faut que ce soit le catholi- « cisme. Et, pour aider à le vaincre, il n'y a que « vous. Établissez le protestantisme en France, « et le catholicisme est détruit en Angleterre. <( Établissez le protestantisme en France , et , « à ce prix , vous avez une paix telle assuré- « ment que vous la pouvez souhaiter. — Marse- « ria, répliqua l'Empereur, rappelez-vous ce que « je vais vous dire, et que vous pouvez rapporter « comme ma réponse : Je suis catholique^ et je « maintiendrai le catlwlicisme m France, parce

« que c'est la vraie religion, parce que c'est la re- « ligion de f Église, parce que c'est la religion de « la France, parce que c'est celle de moii père, « parce que c'est la mienne enfin ; et loin d-e rien « faire pour la détruire ailleurs, je ferai tout pour u la raffermir ici. — Mais, remarquez donc, re- « prit vivement Marseria, qu'en agissant ainsi, a en restant dans cette ligne, vous vous donnez « des chaînei^ invincibles, vous vous créez mille « entraves. Tant que vous reconnaîtrez Rome , a Rome vous dominera; les préires domineront a au-dessus de vous; avec eux, vous n'aurez « jamais raison à votre guise; le cercle de votre « autorité ne s'élendra jamais jusqu'à sa limite « absolue, et subira au contraire de continuels «i empiétements. — Marseria, il y a ici deux au- « torités en présence : pour les choses du temps, « j'ai moin épée, et elle suffit à mon pouvoir;» « pour les choses du ciel, il y a Rome, et Rome « en décidera sans me consulter; elle aura rai- « son ! c'est son«droit. — Mais, reprit de nouveau « l'infatigable Marseria, vous «ne serez jamais « complètement souverain, même temporelle- «f ment, tant que vous ne serez pas chef d'église^ « et c'est là ce que je vous propose; c'est de créer « une réforme en France; c'e6t4iHlire une reli-

«gion à vous.— Créer une religion! répliqua éi FEmpereur en souriant; pour créer une reli- « gion. Il faut monter sur le Calvaire, et le Cal- «t vaire n'est pas dans mes desseins. Si une telle « fin convient à Pitt, qu'il la cherche Itii-même; « mais, pour moi, je n'en ai pas le goût. »

« Voilà, monsieur, comment l'Empereur était catholique, comment il défendait sa Religion, et la moitié de son règne s'est passée en luttes sem-^ blables; car ce n'est pas seulement de l'Angleterre que cette proposition est venue. Trois ou quatre fois elle lui a été faite avec instance, et il lui a fallu opposer le même refus.... Eh! mon Dieu 1 tout le monde sait cela.... Vous voud rappelez que, lorsque l'on conclut la paix de tilsitt, il y eut une conférence à moitié du fleuve, du Niémen, je crois, entre Napoléon et l'empereur ^e Russie. «.. Tout ne tenait qu'à lui en ce moment., lé

it Alexandre lui fit compliments eut complimente* «Et vous êtes un grand homme! et vous « êtes un héros! un homme providentiel pour « cette époque de révolution ! et il dépend de « vous de rassurer tous les rois sur leur trône* « mais, pour cela, il faut quô vous-même soyes « assis sur le vôtre avec toute la puissance né'-

« cessaire^ et <i*est où vous n'arriveree pas^ si « vous n*ète8 ce que Je suis mol-même, le chef « religieux de votre État.... CroyesB-moi, reprit « Alexatidre avec un air d*ëpanchetnent et de « confiance, adoptes le rit grec, établissez-le en « France, et vous pouvez faire fond sur moi, 4t comnte sur Fallié le plus fidèle. »

« Alexandre eut la même réponse que Marse* ria. »

«Et durant lés huit jours que l'Empereur passa avec le roi de Prusse, ce fut encore là le perpétuel sujet des discours et le plus ardent coimeil de celui-ci : se faire tout à la fois chef politique et religieux aux dépens du catholi-^ cisme.... Que vous dirai-je! — Peu de temps après (vous avez certainement entendu parler de cela), il s^agissait de faire épousera TËmpereur la sœur d'Alexandre; nous eûmes trois^ assemblées des grands dignitaires de France pour ce mariage, et Tempereur de Russie qui paraissait tenir beaucoup à notre alliance, pro> posa les conditions les plus favorables. Lorsque l'ambassadeur donna lecture du projet de contrat, devant rassemblée, l'Empereur ne fit aucune objection sur le fond des choses; mais il répéta plusieurs fois : Soit! mois cath^ique» —

L'ambassadeur se mit à sourire^ et murmura quelques mots qui voulaient dire : « Votre Ma « jesté est beaucoup trop éclairée pour attacher « tant d'importance à une question aussi se- « condaire; assurément Votre Majesté est bien « au-dessus de toutes les questions de secte et « d'église. » L'Empereur répéta de nouveau^ et avec autorité : «Soit! mais catholique. » Voyant cette insistance, l'ambassadeur crut ou fit semblant de croire qu'il ne s'agissait pour l'Empereur que d'une convenance politique , d'une opinion nationale à ménager, et il fit observer que son souverain ne réclamait pour sa sœur aucune démonstration publique. Il demandait seulement pour elle le bénéfice de la même to« lérance individuelle dont jouissaient en France les Juifs, les protestants, les philosophes et les Grecs eux-mêmes dans leur particulier; toute sa prétention se bornait donc à l'admission d'un pope, au service d'une chapelle selon le rit grec, aux Tuileries. — a Point de pope 1 point de chapelle grecque aux Tuileries !» — Ce fut là constamment la réponse de l'Empereur, la difficulté et l'unique cause qui rompit tout l'arrangement. »

... «Touchant les fautes réelles, les quelques

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grands torts dont TEmpereur a entaché sa vie, l'enlèvement du Pape, le divorce, et tant de guerres diverses, et les fossés de Vincennes, elc, lorsque j'en ai demandé Texplication au Cardinal, je n'ai point eu de réponse précise; cependant il m'a été facile de saisir, dans le peu qu'il me disait, le fond de ses sentiments à leur sujet. Il les regardait tous comme des actes commencés sans réflexion, poursuivis par obstination et vanité, mais où le cœur demeurait étranger jusqu'au bout. Il les envisageait tantôt comme des suggestions de ceux qui l'entouraient et agissaient avec lui, et d'autres fois comme des mouvements de colère soulevés par l'hostilité même des faits. Enfin et pour mieux peindre sa pensée , il les trouva semblables aux coups d'estoc et de taille, que donne au hasard et sans considérer où ni comment il frappe, un homme serrié de près dans une mêlée incessante et acharnée.

« Oh ! que ces tristes souvenirs étaient amers au cœur du Cardinal, si tendre pour son neveu ; il les murmurait tout bas quand ma curiosité ou le fil des événements l'y conduisait , sans presque les articuler, sans les excuser non plus. «Oui, disait-il doucement, nous étions

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