CHAPITRE DEUXIÈME
L'Empereur et Tobbé Vign^U. -^ L'I^mpereur Yeut la messe dans sa chambre tous les jours^ depuis le 21 avril, jusqu'à sa mort le 5 mai. — Mot naïf et subUme de l'Empereur. -< Visite de l'avteur à M. le comte de Me&tbolon. -^ L'Empereur religieui et chrétien, — Lettre officielle du général Bertrand pour avoir un prêtre à Sainte-Hélène. — L'Empereur écrit Ini-même au cardinal Peech. — Document inédit de Uudflon Lowe sur ce si^et,
En commençant le récit de la mari de tenfant àiifTteS pour préciser la date de Tévénement trop réel de ma tragique histoire^ j'ayais désigné Tannée où la France vit tomber du trône reso» pereur Napoléon. Ce grand nom une fois prononcé^ par une idée d'allusion au dessein qui me préoccupait, je crus deyolr, opposant à un
> Autre ouvrage de M. de Beauteme.
enfant impie un grand homme religieux^ parler brièvement de la mort chrétienne de Napoléon : je me vis obligé à relater dans une note tout le passage suivant^ extrait des mémoires du docteur Antommarchi.
« Le 2< avril, à une heure et demie, l'Empereur demande Tabbé Vignali. — « Savez-vous, abbé, ce que c'est qu'une chapelle ardente ? — Oui, sire. — En avez-vous desservi? — Aucune. — Eh bien ! vous desservirez la mienne. » Il entre à cet égard dans les plus grands détails^ et donne au prêtre de longues instructions. Sa figure était animée, convulsive, je suivais avec inquiétude les contractions qu'elle éprouvait, lorsqu'il surprit sur la mienne je ne sais quel mouvement qui lui déplut : — « Je ne suis ni philosophe ni médecin ; je crois en Dieu, Je suis chrétien ! catholique romain. » Et se tournant vers le prêtre : « Je suis né dans la re- « ligion catholique,, je veux remplir les devoirs « qu'elle impose, recevoir les secours qu'elle « administre. Vous direz tous les jours la messe « dans la chambre voisine, et vous exposerez le « SainlnSacrement pendant les quarante heures* « Quand je serai mort, vous placerez votre autel « à ma tête, dans la chambre ardente, vous con-
SCB LE CBRISTIÂNISME. 25
« tinuerexà célébrer la messe ; tous ferez toutes « les eérémoaies d^usage ; vous ne cesserez que « lorsque je serai en terre. » L'abbé se retira^ je demeurai seul. Napoléon me reprit sur ma prétendue incrédulité. — « Pouvez-vous la pousser « à ce points pouvest-yous ne pas croire à Dieu^ « car enfin tout proclame son existence^ et puis « les plus grands esprits y ont cru? — Mais^ Sire^ « je ne la révoquai jamais en doute ; je suivais « les pulsations de la fièvre : Votre Majesté a cru « trouver daps mes traits une expression qu'ils « n'avaient pas. — Vous êtes médecin^ répondit- « il; ces gens-là^ a|outa-t-il à demi-voix^ ne « brassent que de la matière, ils ne croiront a jamais rien. » (Mémoires du docteur Antom-
Rien de plus précis, comme on voit, que le texte d'Antommarcbi. Plus loin le docteur ajoute les lignes suivantes :
« Le 3 mai, deux heures après midi, la fièvre diminue. Tout le monde se retire ; l'abbé Vignali reste seul avec le malade. Il nous rejoint quelques instants après dans la pièce voisine, et nous annonce qu'il a administré le Viatique à l'Empereur. »
Cependant voici ce qu'on lit dans M. de Nor-
26 SEMTIHSNT DB NAPOLÉON
vins ^ qui contredit M. le docteur Antomaiardii : « Napoléon était trop pénétré du sentimentde sa propre grandeur pour ne pas croire à TimBiortalité de Tâme. Le 21 (xml, il voulut rendre rhommage du chrétien à ce dogme oonsolaleur.
La veillej à l'insu des généraux Bertrand eiMon«tholon^ ]*autel se trouva dressé dans la chambre voisine de celle de l'Empereur. Il avait tout prescrit lui-mtoie au chapelain qui reçut sa con* fession. L'état du malade ne permit pas qv^on lui administrât le saint Viatique. Seul avec Tabbé Vignali^ qui ne Tavait connu qu'à Salnte4IélèBe, il ne donna à aucun témoin de sa puissance passée le spectacle de cette dernière abdication. » Que signifie cette dernière phrase? Venant de M. de Norvins^ Fauteur d'un traité de Tim* mortalité de Tàme^ je n'y puis reconnaître la gentillesse superbe d'un philosophe. Je ne vois pas bien le sens du mot abdication. Que veut donc dire M. de Norvins? je n*en aurais tenu compte^ si les historiens^ en adoptant le récit d'un auteur véridique d'ailleurs^ ne couraient le risque de s'égarer^ comme a fait déjà notamment M. Lau-»
* A répoquc où Tauteur écrivait (1840}^ Touvrage de M. de Norvins faisait encore quelque figure ; 11 a^ je crois^ depuis un peu perdu de son crédit. (H^i^'on.)
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rent 46 TArdèche. Il est vmi^ qne M. de Norvinii impute uniquement à la maladie d^avoir empêché l'Empereur de recevoir le saint Viatique. La modération impartiale de ce langage^ tout en justifiant la volonté de Tillustre malade^ n'en laisse pas moins de Tinoertitude sur un fait qu'il me parut intéressant d'éelairdr.
En outre> et par un motif qu'on appréciera plus tard^ je prie le lecteur de bien remarquei^ces paroles de l'Empereur» dtées par Aniommarchî : « Vous dires tous les jours la medse dans la « chambre voisine^ et vous exposeres le Saint- « Saoremeat pendant les quarante heures. »
M. de Norvins> d'accord sur ce fiftit essentiel avec Antommarchi» i^oute :
« Qu'un autel avait été dressé la veille du 2i amè par ordre de l'Empereur^ qui avait tout prescrit luinoitoe au chapelainé n
Pendant quinze jours» l'Empereur» selon sa volonté et selon le texte formel de M. Antommarchi et de M. de Norvins» a donc eu tous les jours la messe dans sa chambre.
Certes» M. de Norvins ne peut être suspect de partialité en faveur de l'Église» et le témoignage de M. Antommarchi est une autorité irrécusable» alors qu'il rapporte des paroles qui l'accusent
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lui-même d'incrédulité ; sa fidélité est d'autant plus louable^ qu'il a eu besdn de se faire Tiolei]ce> pour enregistrer des paroles précieuses à l'bis* toire et chères à la religion.
Je reviens à M. de Norrins. Gomment a^-t-il pu omimettre une erreur aussi grave au sujet du saint Viatique ? Il le dit lui-même : la maladie seule s'est opposée à la réalisation des sentiments et de la volonté de l'Empereur.
« La nature delà maladie^ dit M. de Norvins^ a empêché Napolécm de recevoir le Viatique. »>
Il est vrai que des vomissements fréquents étaient une des souffrances et un des caractères de la maladie, mais dans une si longue agonie^ qui a duré près de trois mois^ certainement il y a eu des jours de calme^ et cela suffit. Cependant j'avoue qu'en lisant le journal d'Antommarchi^ je ne devinais pas le jour de la cérémonie religieuse ; c'est ce qui m'a engagé à faire de nouvelles recherches. Je m'y suis livré avec toute la conscience possible^ et je n'ai pas lieu de m'en repentir^ puisque dans l'intérêt de la vérité j'ai trowvé au delà de mes espér<mces^,
^ Eu effet, l'auteur dut à ces premières démarches les communications qui font surtout l'intérêt de son livre.
SUR LE CIBISTIANISMC. 29
Parmi les personnes qui ont accompagné l'Empereur à Saint&-Hélèiie et qui sont demeurées avec lui jusqu'à la fin^ il en est deux dont le déTouement aurait adouci^ s'il eût été possible^ l'âpreté de l'exil^ les horreurs du délaiss^nent et les tortures d*une captivité si cruelle^ ce sont MM. les généraux Bertrand et Montholon.
L'Europe^ dont le jugement sera celui de la postérité^ les a distingués^ et leur nom brillera dans les fastes de l'histoire d'un «éclat d'autan^ plus yif^ que nul ne pourra suspecter ni ternir la pureté du mobile qui inspira leur résolution. C'était à eux que je devais m adresser d'abord^ comme aux plus illustres témoignages de tout ce qui avait dû se passer à Sainte-Hélène.
Néanmoins^ la première personne que j'allai consulter^ ce fut M. Marchant, il me sembla qu*en sa qualité de premier valet de chambre^ il devait être au courant aussi bien que personne d'une scène d'intérieur. Ce fut de lui que j'appris, « que c'était la nuit, que l'Empereur avait accompli ses devoirs religieux ; le général Mon* tholon était seul de garde cette nuit-4à, et lui seul pouvait en donner les détails. » M. Marchant ajouta : « Pour moi, j'ai vu sortir l'abbé Vignali le matin, ayant accompli, je n'en doute pas, les
âO ÔfiNtlIlKNt D« NAPOLÉON
foUM^tiont ûê mû minlstèfe ; mais jd li*en fus informé atec toute la ibaisOB . qu'au jour» ot quand tout était fini. Do roste^ je me rapj^le fort bien plusieu/ré à psntU de Napoléon atéc Tabbé Vignali : ce qui n'a pas lieu d'étonner de la part de VEmpereur^ qui atait Vâme naturdle*ment religieuse^jusqu'à prononcer mômeavec Vémotion d*un ami de ladirinitë o»t ordre si simple :
« Ouvre la fenêtre^ Marchant^ ouvre-la bien « grande^ que je respire Tair, cet air si bon que «r le bon Dieu a fait. »
Souvenir touchant^ exclamation naïye> ou se réfléchit Textr^me bonté d'âme et Textrème mi<sère du conquëraat du monde^ réduit & humer avec délices quelques gorgées de Fair insalubre d'un sol marâtre et d*un roc inhospitalier III
M. Marchîtiat m'apprit auinsi qti'il était présent à l'en'hretien avec l'abbé Yignali» rapp(M:té plus haut par le docteur Àntommeurchi, et que ce dernier avait omis une chose bien essentielle pour l'éclaircissement.
M J'éiais \ki me dit M. Marchant, avec Antom-^ marchi et l'abbé Vignali. L'Empereur parlait de choses bien graves^ lorsque le docteur se permit d'éclater de rire^ ce qui était bien indécent de tohte manière. Aussi ne fut-il pas repris dans
SUR LK CBlISTIÂKlfiltl. 31
des tenues modéréS; comme eaux qu'il relstto. Ayant ftttëaoë sa ftiute^ il a de môme «doQci 1« reproches qu'il s*attira ; rirritation dé TEmperettirtet au comble> et je conçois bien que le docteur n'en ait rien rapporté^ puisque moiméme> je me refuse à le répéter^ par respeet pour la mémoire de TÉmpereur, qui a par^ donné au docteur, et qui^ Taifant chargé de plUÉieuiB commissions honorables^ Ta de plus nommé avec estime dans son testament, i»
Malgré de vives instances auprès de M« Mar«chant^ povr savoir les termes dont B*était servi rfimpereur^ il n'y voulut pas consentir^ mais 11 j^utar i( Ne craigneu pas de dire sous ma re»ponaabtlité que l'Empereur l'a taiwé ctwipùr^ iance, pour un rire û déplacé, dans une eir^ €ODStanoe si solennelle. »
Singularité bien digne d'être remarquée > M. Marchent ne me répondit qu'en hésitant^ sur le fait des messes qui^ d'après l'ordre de l'Ëmpe^ reur^ devaient se dire tous les jours^ depuis le 21 avril jusqu'à sa mort> de l'aVèu de MM. de rtorvins et Âutommarchi.
« Ge que je puis affirmer^ mé dit M. Mar^ chant» c'est qu'un autel fut construit à cette intention et s^uç^itQt démoli ^ et autant que je puis
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me le rappeler^ oa interpréta le désir de TEbipereur^ on crut que Tofûce devait avoir lieu seulement après sa mort. D^ailleurs (contiaua M. Marchdiit ), c'est Saint-Denis qui a construit Fautel^ c'est aussi lui qui Ta démoli ; interrogez-le> adressez-vous à lui pour ce détail^ si M» le général Montbolon ne juge pas à propos de vous satisfaire lui-même. » .
J'écrivis à M. le général Montholon pour avoir un rendez-^vous, il me fit Thouneur de me recevoir.
Dès notre première entrevue, il jxte confirma la vérité de l'objet spécial de ma visite, au sujet de l'Ëxtrême-Oaction , du saint Viatique; eu fixant les dates, rectifiant les erreurs, remplissant les omissions, citant Napoléon, et complétant les détails, de manière à ne i^us laisser au* cun doute sur l'essentiel.
« Il était heureux, me dit-il, de saisir une occasion, qui ne s'était pas encore présentée, de témoigner des sentiments religieux de l'Empereur, sentiments si favorables au christianisme. »
Le général me lut d'abord ce début solennel du testament, qui est une profession de foi : Je meurs dans la religion apostoliquef romaine. Ensuite il ajouta :
SOa LE CHIUSTIANiSHE. 33
« L*Ëmpereur était chrétien d'instinct et de oonviction^ par suite de son éducation italienne, autant que par la nature de son génie particulier. Une fols débarqué sur le rivage aifreux de sa captivité^ il devait avec son caractère élevée s'apercevoir, et il s'aperçut aussitôt de Timpardoanable, du grossier oubli qu'on avait fait d'un prêtre, dans la précipitation à l'écarter de l'Europe pour aller le jeter sur un rocher, au fond de Fimmensité des mers, et dans une île où il n'y avait ni prêtre, ni église catholique. Il en souffrit visiblement, et c'est à cette souffrance qu'il faut rapporter des paroles qu'on trouve éparses dans le MémoricU de Sainie-UéUm, et qui ont dû retentir dans toutes les âmes religieuses :
tf Quelle bonne fortune, messieurs, si nous « pouvions nous résigner, et offrir à Dieu nos « malheurs et notre captivité 1 »
« Tombés de si haut dans une si extrême in- « fortune» supportée en vue de Dieu, ce serait le « sujet d'un grand mérite, et peut-être notre « plus sûre consolation. »
Ces paroles sont de Napoléon, continuait le comte de Montholon ; il est certain que son malaise par suite de la privation d'un prêtre, se ma-
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nifestait plus parlieulièrement le dimanehe. On remarquait ce jour-là^ dans «es traits^ un n^ doublement de mélancolie et d*amertume. fin fin c*est un dimanche, que je me souTlenB éb ravoir entendu s*écrier :
<t VoyeE^ messieurs^ examinez ce que c^est que la piété du roi Trè8--Ghrétien ; jugez d'après leuris acte»> ces prince» légitimes, ces monarques de di^ôit diyin? jugez la Saitite^Allianoe. Que petisent-ils de moi, ou que flaut^l penser d*eux? leur conduite à mon égard, est-ce de la religion ou de la haine ? Que prétendent^ils, en taé pth- Tant des consolations religieuses? me pren^ nent-iis, ou reulent-ils me faire passer pour une bête brute? et tous les habitaots de cette plage protestante, qui ont les yeux fixés sur nous, ces soldats, ces officiers qui célèbrent le jour du Seigneur > que doivent^ils croire de moi?»
« Gè jour-là même» autant que je me le rappelle, ajouta le général, l*£nlpereur écrivit une lettre confidentielle au cardinal, pour demander un prêtre en qui il pourrait placer sa confiance. Voici la raismi qui le fit écrire directement luimême. Sa demande d'un prêtre, plusieurs fois réitérée» depuis son arrivée à Sainte«^Hclèae,
é(aît' dameiirée aana réponse de la part du ea-» btnot anglftifl ; c'était le général Bertrand qui, par la nature de son titre de grand'^naaréchal, et dans Tordre de ses fonctions^ avait dû transmettre au gouvernement anglais le vœu du captif. Ce* lui-ci finit par concevoir quelque soupçon »ur le mode de trcmsmission et douter que le général eût insisté sur la demande avec toute la viva* cité et le «èle néoeasaires. »
Cependant le général Bertrand avait écrit la lettre suivante au cardinal Fesch^ quelques jours qirès la mort dune persoQne du service de VËm^ pereur :
t Nous sentons tous les jours le besoin d'u BÔBifttre de notre rdigion ; vous êtes notre év$que^ nous désirons que vous nops envoyiez un Français ou Italien ; veuille» dans ce cas faire choix d*un homtne instruit, ayant moins do quarante ans et qui ne soit pas entêté des prin-* dpes antigidlicans. Le sieur Cipriani, maîtred*hôtel de TEmpereur, est décédé, le 27 février dernier, à Longwood, h quatre heures de laprès^ midi* Il a été enterré dans le cimetière prêtes^ tant, mais on a eu soin de faire mettre dans Texti'ait mortuaire, qu'il était mort dans le sein deTÉglise catholique, apostolique, romaine. Le
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ministre anglican aurait volontiers assisté le mort ; mais celui-ci aurait désiré un prêtre catholique ; comme nous n*en avons pas^ il a paru ne pas se soucier d'un ministre d*une autre religion... »
Le général Montholon ajoute :
« Oui^ TEmpereur était chrétien ; chez lui la foi était un principe naturel^ fondamental ; le sentiment religieux arrivait à la surface^ aussitôt qu*il y était le moindrement appelé par la circonstance d'une sensation extérieure^ d'un raisonnement fortuit. Quand quelque chose d'inhumain^ d'irréligieux^ osait se produire devant lui> il semble qu'on attentait à son organisation intime ; il était mal à son aise, il ne pou<vait se contenir ; alors il protestait^ il s'opposait^ il s'indignait ; son esprit faisait éniption^ il ne ménageait plus personne. Tel était son caractère, son naturel. Je l'ai vu, oui, j'ai vu cela, et moi, l'homme des camps, qui avais oublié ma religion, je l'avoue, qui ne la pratiquais point, j^ m'en étonnai d'abord; mais ensuite j'en pris des pensées, des émotions, qui me demeurent à présent, qui sont souvent pour moi des sujets de réflexion profonde. J'ai vu l'Empereur religieux, et je me dis à moi-même : Il est mort
Sm LS CHAISTIANISHE. 37
dans la religion, avec la crainte de Dieu. Je ne puis me dissimuler que Tâge me talonne^ que la mort arrive aussi pour moi, et je voudrais mourir comme TEmpereur. Je ne doute pas que le général Bertrand ne soit préoccupé comme moi du souvenir des conversations religieuses et de la mort de TEmpereur; le général, voyei-vous, finira comme son maitre et son omiK »
Le général Montholon eut la bonté de me donner ces détails de vive voix, à peu près dans les termes qu'on vient de lire; il en ajouta d'autres qu'on lira tout àFheure, sur TExtrême- Onction et sur le saint Viatique, avec des confidences^que je vais mettre également sous les yeux du lecteur. Souvent le général faisait parler Napoléon, et le citait de mémoire. Tout le monde est en quelque sorte à même de reconnaître la verve inspirée et Féloquence naturelle de ce parler si bref, profondément marqué du signe de la puissance. Jamais la pensée ne se faisait attendre, et les mots coulaient sans ef-
> On verra dans V Appendice la mort toute clirétienne du général Bertrand (1841). M. de Montholon est mort seulement en 1853, et dans des sentiments, nous n'en pouvons douter, conformes à ce noble langage. (Révision.)
fort de I9. bouchfi du géMvsX^ et 9^ ^vaient dç même dans m^ mémoire,
Nëanmoins je crus devoir demander au gépéral $*il ue lui répugnerait pa# de m'écrirp une lettre^ qui serait un témoignage authentique des sentiments et de la piété de TEmpereur. Il eut la bonté d*a£cé4er k cq vœu si naturel de ma part^
La demaude d'un prêtre fut donc uniquement Iç résultat des réflexions^ un acte de la conscience de FËmpereur^ et une détermination de sa vcdonté.
Si Ton en croit M. de Las-Case$> le cabinet anglais fit des résistances j, et le Saint-Père eut besoin d'exiger cette condescendance; il mer naça d'en appeler d'un refus et d'un délai inexpUc^le à FEurope çntièrct Enfin Londres n*asa pas refuser son acquiescement^ çt permit au cardinal Fesch dénommer un ecclésiastique.
Les instances de TEmpereur avaient vaincu la mauvaise volonté qui depuis deu^ ans lui refusait même les^consolations religieuses dans son
«ûl; il ea re^t ia nouvelbi le 4 oov^mbr» ièiB,
^ Oo trouvera cette lettre et plqsienrs autres i la fin du volume.
SUB 1.9 CHUISriANISIfS* M
par la pièce officielle ^uivatite^ qui est un document inédit^ émané d'Hudson Lonre lui*môme.
TRADiJCTIOK DU IM)CI7MBMT OFFICIEL IZCÉDIT D'HUDSON UyWB.
« Le gouverneur^ suivant les instructions qu'il a reçues du comte Eathurst^ un des pre» miers secrétaires d'Ëtat de Sa Majesté, a Thon^ peur de communiquer ce qui suit:
« Que le cardinal Fesch> ayant représenté au Pape que le général Bonaparte désirait avoir un prêtre, résidant à Longwood, en qni û puisse placer sa confiance, et s'étant adressé au prince régent, pour obtenir la permission d'envoyor au général Bonaparte un prêtre de la religion catholique, Son Altesse Royale, qui n'avait prànt ti'ouvé de motif pour rejeter la dnnanda faite par le général Bonaparte, avait consenti h ce que le cardinal Fesch , suivant les désirs du général Bonaparte, choisit un prêtre, et que ce prêtre eût la permission de demeurer à Longwood, assujetti aux conditions auxquelles il pourrait être nécessaire de le faire souscrire.
« De plus, le gouverneur a Vhonneur de faire savoir que le comte Batburst, ayaint remarqué
dans les dernières dépêches du gouverneur que le général Bonaparte avait exprimé le désir d'avoir un chirurgien français ^ d'une réputation connue^ établi à Longwood^ et d'avoir un cuisinier à qui il pût se fier^ Sa Seigneurie avait profité de cette occasion pour faire savoir au cardinal Fesch les désirs du général Bonaparte à ce sujets lui permettant de choisir les personnes qui devront remplir ces deux places, et qui seront assujetties aux mêmes conditions, concernant leurs rapports avec les habitants de rîle, et à partir pour Sainte-Hélène avec le prêtre catholique.
ce Le comte Bathurst a ajouté qu'il ne manquerait pas de fadre part au gouverneur^ le plus tôt possible, des noms des individus choisis pour ces emplois, et du temps de leur départ de l'Angleterre.
(t 4 Bovembre 1818.
« Certifié conforme à l'original,
«F. MONTROLON.))
« Paris, 4 avril 1840.
^ Le titre de général est répété presque à chaque ligne. Le motif en est simple. Tout le sort funeste de
SUR I«£ CHRISTIANISME. 4i
L'Empereur ayant reçu cette nouvelle, attendait avec impatience l'arrivée des prêtres annoncés par la missive d'Hudson Lowe; il en parlait avec une joie anticipée. C'était le premier adoucissement à Texil^ et une consolation réelle ; qu'il allait recevoir par leur présence. «Enfin, disait- il ^ nous aurons la messe le « dimanche ! Revoir la Religion , c'est revoir a la patrie. Privés de nos familles, du moins « nous en aurons les mœurs, nous aurons un « lien, une communication avec l'Europe, Fua nion des souvenirs. Si nous fondons un autel a catholique dans cette ile, nous avons le droit c d'en être fiers, car nous y arborons l'étendard « de la France et d'une victoire perpétuelle con- « tre notre ennemi. Oui, la Religion va élever « une nouvelle barrière entre Plantation House « et Longwood, entre ces hérétiques et moi. Ces
Napoléon est résumé dans ce seul mot^ Hudson Lowc et Napoléon ont la même opinion au sujet de cette répétition, où tout le fiel britannique se retrouve. Nous ferons remarquer cette phrase de la lettre d'Hudson Lowe : Le général Bonaparte désire avoir un prêtre en qui il puisse mettre sa confiance. Peut- on indiquer plus clairement que la fin principale du désir d'un prêtre était celle de la Religion, j'entends le besoin pressant de la conscience ?
12 SENtttttflT DE nkPOhtôit, ETC.
« prètréi i[Ui «rrivent^ ce sont des e<H^ligiôn c naires^ des compatriotes ^ des frèfés^ uti reti- « fort contre rAngleterra. «
Le mot hérétique était souvent dans la bou-< che de rEmpereur. Il ne le prononçait Jamais qu'avec Faocent de Tin jure absolue^ et de la condamnation définitive qu'Implique ce mot»
Hudson Lowe était un hérétique, c était le cri de TËmpereur prisonnier de TAngleterre^ mais aussi le cri de Fltalien^ du Corse catholique.
Mais une raison plus grave lui faisait désirer les prêtres. Sa santé délabrée; il avait le près» sentiment de sa fin prochaine* Frappé de cette idée, il en parlait souvent: « l'Angleterre réclame mon cadavre, disait-^il, je ne la ferai point attendre.» 11 prévoyait Theure de la mort avec le même calme qu'il prévoyait autrefois l'heure de la victoire. Les âmes vaines se repaissent d'illusions; il faut la vérité à l'âme de Napoléon, même celle de la mort. Mais, avant de raconter sa sublime agonie, il est convenable de réunir^ de citer ici quelques paroles religieuses de l'Ëmpereur éparses dans les Mémoires de Las-Cases, O'Meara, etc. Ces voix difTérentes sont plusieurs chemins vers un même but, et une transition à des confidences plus explicites et plus étendues*