‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris. 2. Sér.: Au largeChapitre 1 sur 46 · Sentiments et souvenirs de Firmin Paris. 2. Sér.: Au large · texte numérisé non relu

Sentiments et souvenirs de Firmin Paris. 2. Sér.: Au large

Notre âme est pareille au tissu Que forme l'immonde araignée De sa trame fine et soignée Sous l'angle sombre à notre insu Longtemps avec art allignée.

A qui mille insectes divers Heurtent cette aile inconsciente Oui dès lors y reste adhérente Et fend la gaze frissonnante En l'emplissant de cris amers.

D'un pur souffle Dieu Ta formée Et l'a mise dans notre sein En butte aux assauts du destin Dont la fureur acccxitumée Ne l'y touche jamais en vain :

A s'attacher vive et facile.

Chaque jour la pauvre âme sent Le bourreau cruel et puissant Atteindre et briser en passant .Sa trame ténue et fragile.

Oui saura que d'objets divers Chaque jour le destin barbare Approche de la pauvre ignare, Sans souci des regrets amers Que sa cruauté lui prépare, Que d'objets, sensibles ou morts, Il enfonce ainsi pêle-mêle En sa nature tendre et frêle.

Et que de chocs il amoncelle A ses trop débiles ressorts ?

C'est tour à tour, parfois ensemble, Un ange, un exilé divin Errant sur ce rivage humain.

Dont le cœur au notre ressemble.

Qui nous tend en passant la main, Ou qui répond par un sourire.

Une larme, un mot. un soupir, A nos maux qui, pour s'endormir Cherchent dans un autre martyr Une âme qui souffre et soupire ;

C'est un arbre qu'on a planté,

Dont on a vu l'épais feuillage

Répandre un noir et frais ombrage

Sur un roc c|u'on a fréciuenté

Ou sur quelque moelleux rivage ;

C'est une n^che sans décor.

Un bois, un ruisseau c|ui murmure

En déroulant scni onde ])ure,

L'n lac. une simple masure,

L'n brin ({"lierbe, et (|ue sais-je encor ?

Maintenant devenus ses frères., Ses choisis, les tendres aimés Dont ses jours d'exil sont charmés.

Ces objets se font ses viscères Dans son plus intime enfermés ; Et quand le sort inexorable En se jouant les désunit.

L'âme souffrante dépérit, Elle se fend, puis se flétrit, Car sa blessure est incurable.

L'A BSENCK KTER X ELLE (Romance)

Air : « Tis the last rose of snmmer. >

\]'hcn trtic hcarts lie ivithcr'd And fond oncs arc fiox<n.

Oh ' 7k.7/o 7coiild more inhabit This bicak uorld alone ?

AfooRf:.

Onand Tabsence étenielle.

Autre aff ense mc^rt.

De son ()ml)re cruelle

Noircit notre sort.

Le printemps qui s'allume

Au sommet des ci eux N'échauffe ])lus la brume

(Jui \ ( lile U( >s \ eux :

L)ans sa mante étoilée

La ])ensive nuit Clôt, noire et désolce.

l^'nmltrcux jour (|ui fuit ; Et. désormais sans charmes.

Son flambeau rêvein- .\<ius \erse avec des larmes

»^a nidlle splendeur ;

AU LARGi; II

Sans charmer la nature,

Les tièdes zéphyrs N'ont qu'un triste murmure

Et de froids soupirs ; Le soleil est sans flamme,

Le jour sans couleur ; Rien n'enchante plus l'âme

Rien ne plaît au cœur ;

Et la feuille jaunie

Qu'emporte l'hiver Excite notre envie

Dans son vol amer :

Déployez-moi votre aile.

Affreux aquilons.

Emportez-moi comme elle

De ces noirs vallons !

LE ^lAUSOLEE

// est un arbre aux branches fortes Comme le chêne: les frimas Le couvrent bien de feuilles mortes.

Mais ces feuilles ne tombent pas.

TuLEs DE Gères.

\^oyez au front de la colline Que l'astre du soir illumine Ce villageois aux cheveux blancs Agenouillé sur la verdure.

De sa voix cassée il murmure Des vœux aux plus nobles élans.

Ecoutez, sa voix amaigrie Par intervalles se marie A la molle voix du zéphyr :

Ce sont les vols de sa prière Au pied de la funèbre pierre.

Tombe chère à son souvenir.

Revêtant leur épais feuillage.

Les grands peupliers' du rivage

Ont compté cinquante printemps

Depuis que l'être aimé qu'il pleure

Quitta sa modeste demeure

Pour ce saule aux rameaux flottants.

Depuis, bien des larmes amères Ont à ses foyers solitaires Arrosé le repos du soir.

Bien des jours chargés de nuages Ont touché du doigt des orages Son âme où survit seul l'espoir.

Pourtant, le flot brumeux des âges, Semé d'écueils et de naufrages, N'a pas submergé dans son cœur Ces germes puissants de tendresse, Ces élans purs où f^a jeunesse A trouvé jadis le bonheur.

C'est en vain que les sots du monde Ont de leur raillerie immonde Poursuivi sa longue douleur :

Plein de sa première tendresse, Et sage au sein de la tristesse, Il s'est ri d'un monde railleur ;

Et quand la nuit avec mystère Répand son ombre sur la terre, Il épanche encor sa douleur Au silencieux mausolée Où près de sa chère exilée Repose la foi de son cœur.

C'est là qu'il a marqué sa place, Là, sous le même étroit espace, Loin des murmures importuns.

En attendant le jour suprême, L^ne fleur, amoureux emblème.

Y verse de légers parfums.

Page 1