‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris. 2. Sér.: Au largeChapitre 13 sur 46 · LES MONTAGNES · texte numérisé non relu

LES MONTAGNES

D'un spectacle si doux n'éloignez pas mes yenx.

Racine.

Avez-voiis songé quelquefois Pourquoi Dieu plaça les montagnes Sans ordre à travers les campagnes Les rives, les flots et les lx)is ?

En arrétan.t votre pensée A ce poin.t facile à mûrir Votre cœur a dû s'attendrir Et votre âme s'est rehaussée.

Si pourtant \ous demeurez froids En face de ces hautes masses Qu'on \()it d'espaces en espaces d'arsemer les clianii)s et les bois, 7\u uKjins vos pieds les ont gravies Au souffle embaumé de l'été ; N'ous a\ez du moins arrêté, Du haut de ces cimes ravies Que vous veniez d'escalader, l'ii ve;^ar(l i)lein d'indifférence Sur la ])lainc à vos yeux immense Sans penser à la regarder.

Mais, environné tle silence. De solitude, de déserts

Et comme flottant dans les airs, A^ous avez aperçu l'immense ; Vous avez vu jx:)indre à vos pieds Des forêts, des prés et des mornes.

Puis, dans un iK^rizijn sans bornes.

Des bourgs de \erdure noyés.

Des champs que la moisson colore.

La mer. ou l'orage en couroux, L'éclair même au-dessous de vous.

Et bien d'autres choses encore ; Et vos regards ont malgré vous Scruté la lointaine distance.

Arrachés à l'insouciance Par cet aspect sublime et doux.

Alors, dans les plis de votre âme

Un transport, un charme inconnu.

Est insensiblement venu

Comme un subtil rayon de flamme.

C'est qu'elle voyait de plus haut

Les merveilles que sur la terre

De l'Aurore au Couchant (jpère

La main puissante du Très-Haut.

Et que d'ici-bas arrachée.

Plus loin du monde et de son tiel.

Votre âme se sentait du ciel

Dans ce moment plus rapprochée ;

C'est qu'éloigné d'objets amers

Comme tiré de l'abîme.

Votre œil contemplait de la cime

Des lieux lointains qui vous sont cliers ;

C'est que vous croyiez dans la bnuiie

Entrevoir au fond d'un hameau

Un vieux toit, peut-être un tombeau

Dont le seul penser ^•ous rallume,

Ou sentir dans l'air embaumé

Que vers vous exhalait la plaine

La chaude et caressante haleliie

Ou les soupirs d'un être aimé.

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