LE CERCLE FRATERNEL A MM. M. ET B
Hélas ! partout où tu repasses C'est le deuil, le vide et la mort.
Lamartine.
Immortels compagnons, amis dont la mémoire Fut toujours fortement liée à mon histoire. Le savez-vous ? Orner vient de mourir aussi, Le cercle fraternel s'est encor rétréci !
Demain vous ne serez que tous deux à le faire.
Si parmi vous la mort persiste à se complaire.
Mais que dis-je demain ? Ah ! c'est bien aujourd'hui
Que sur votre liorizon cet astre en pleurs a lui.
Que vous sont-ils, ces trois qui vous vivent encore,
Loin de vous dispersés d'il Couchant à l'Aurore ?
\tteint par un malheur dont le joug- est de fer, Un voit couler ses jours dans un exil amer. Et jamais jusqu'à vous il ne vient de sa plume Un mot où du passé le flambeau se rallume Ou qui vous dise un peu que l'ami se souvient. Que du moins votre image en songe lui revient. Ivoin que vous puissiez sourdre à sa présence aimée, Qu'il vous écrive au moins, jamais la Renommée A son pays natal ne rappelle son nom.
L'humble frère, après tout, vit-il encore ou non ?
kS sentiments et souvenirs
Sur un rivage humide où la froidure abonde Entraîné par le zèle au bout de votre monde, Un autre s'est pour vous à jamais enfoui Dans un oubli cruel encor plus qu'inoui.
Ses membres sont perclus par un mal incurable,
Et l'état de son âme est indéfinissable :
Il voit fuir le présent et narre le passé,
Il parle avec les siens comme un homme sensé
Et jusque dans l'obscur son sens discerne juste ;
Mais il n'a pas gardé le souvenir auguste
Du sein qui l'a nourri, de ceux qui l'ont aimé.
De ces maîtres si chers dont le cœur l'a primé !
Si jamais jusqu'à lui la fortune vous même. Il niera vous connaître, en vous tuant de gêne ; Xommez-vous ses amis, l'homme affreux vous dira Que jamais de ses jours il n'a vu ces gens-là !
Le troisième, (|iu' fut le vrai tiers de votre âme. — Et le serait encor si la sui>erl)e infâme Ne l'avait imprégné d'un funeste poison — N'est plus qu'un souvenir qui bat votre horizon.
Quand vous luusiez tous trois assis au même siège, (^u que vous rebattiez vos traces sur la neige Ou vos sentiers durcis sous les ombrages verts. En narguant l'avenir avec ses jours amers, vSans mystère à vos yeux il s'ouvrait de lui-même Et ne voilait. croyiez-Nous, aucun sombre problême.
Toutefois vous sentiez quelque part en son cœur Brijler secrètement l'amour de la grandeur. De fait, en \ous quittant, il sut avec adresse Prendre pour marchepied une grasse largesse, Et vous savez comment cette aide l'a grandi Et comme depuis lors son cœur s'est refroidi.
Une lettre de vous lui cuirait comme un chancre,
Vous serait trouble vain et gaspillage d'encre :
Le grand homme à coup sûr ne vous répondrait pas,
Même en affaire urgente il n'en ferait point cas.
Et vous n'êtes point là tous deux dans l'ignorance :
L'un de vous en a fait la rude expérience.
Il rougit sous le dais et les sacrés bijoux
D'avoir eu pour amis des rustres comme vous.
Vous lire ! quand il meurt du mal de vous connaître ?
Ah ! si vous l'alliez voir il en fondrait peut-être.
Ainsi, vous le voyez, le cercle fraternel N'a bien plus que vous deux pour servir son autel, A s'aimer, à s'aider, à s'appuyer l'un l'autre Dans l'amour si constant et si vieux qu'est le vôtre. Ah ! ne cessez jamais de vous tendre la main Et, quoi qu'il vous arrive, allez votre chemin Le sourire au visage et la force dans l'âme.
6o SEXTIMEXTS ET SOUVENIRS
Si jwrfois malgré tout la tristesse nous pâme,
Revenez en esprit jusqu'aux jours fortunés
Où vous étiez si pleins rie ris enlutinés.
Sous vos arbres géants et \os ciels de feuillages.
Dans vos gais jardinets et vos routes sauvages.
Oue \()s absents, vos nii>rts. s'y trouvent avec vous.
Car le charme puissant n'en serait que plus doux.