LE RENDEZ-VOUS
It clamor ad olta.
Virgile.
O sœur, que l'amertume a chez nous poursuivie, Tu vas sous d'autres cieux affronter de la vie
Les innombrables chocs amers !
Sais-tu combien de jours tu charmas à mon âme. En me les saturant de cet heureux dictame
Qui me les garde à jamais chers ?
Non, tu ne le sais pas, et qu'en saurais-tu dire.
Toi qui ne les as pas connus ?
Ah ! lu saurais plutôt décrire
La blanche étoile de Vénus.
Tu n'entrevis jamais ce que dans dix années Tu répandis de fleurs sur mes rudes journées.
Simple et tendre comme un zéphyr ! . . . . Oli ! pourtant les émois en ont gonflé mon âme. En ont jailli souvent en de grands jets de flamme.
Si parfois en un seul soupir.
Surtout à l'heure triste où le soir dans la brume
Etale ses voiles ténus.
Lorsque dans l'Occident s'allume
La blanche étoile de Vénus !
Mais moi qui les ai vus l'un après l'autre éclore Et fuir jusqu'au dernier qu'un dernier feu colore,
Toujours fidèle à les goûter ?
Nonchalant dans le calme ou fort dans la tourmente, T'ai regardé passer leur file séduisante
Sans me distraire à la compter :
Non, après mille efforts je ne saurais le dire,
Moi-même qui les ai connus,
Et je saurais plutôt décrire
La blanche étoile de Vénus.
Tu t'en vas, cependant, sans crainte, confiante. Et demain tu n'es plus ma seule confidente
Et l'unique appui de mon cœur ; Je serai désormais seul à bénir mes joies, Et seul à palpiter, la plus faible des proies,
Sous les griffes de la douleur.
Seul à me souvenir aux heures du mystère,
Quand, en dépit d'astres menus.
Flamboie et brillle solitaire
La blanche étoile de Vénus !
Ah ! ])uisses-tu trouver sur ces bords qu'on te loue Des amis à ton cœur, la fraîcheur à ta joue.
L'or pur à flots et la gaîté !
Qu'avec cks ans nombreux ta nouvelle patrie Parmi les affamés qui composent la vie
Te donne la satiété !
Mais quand ton monde cher aura cessé de bruire
De ses mille échos inconnus,
Là-haut regarde parfois luire
La l:)lanche étoile de \'énus.
La même heure du soir épandra sur nos plag-es. Ainsi que dans nos cœurs, ses étemels nuages,
L'ombre, le silence et l'ennui ; J'aurai déjà les yeux tendus vers l'empyrée. Cherchant dans l'occident de la voûte éthérée
Si déjà le bel astre a lui :
Nos yeux auront du moins un point qui les rassemble
Quand la terre n'y verra plus.
Car nous regarderons ensemble
La blanche étoile de Vénus.