SÉVIGNÉ
Ne laissez pas tomber aux creux des immondieea Un miroir qu'à vos murs, avec haine ou délices,
Vos yeux ont vu longtemps vieillir, Son âge de cent ans surpassât-il votre âge Et fût-i! un débris qui brise votre image
En cent morceaux près de jaillir.
Quand a sonné pour lui l'heure de la retraite Ou que le sort cruel soudainement l'émiette
D'un coup d'aile franc et fatal.
Que, dès lors et toujours, votre zèle intrépide S'allume pour l'infirme et lui serve d'égide
Contre un mépris si déloyal.
Pour tout crime et défaut il n'a que la vieillesse Ou (|u"une infirmité dont votre maladresse
Fut elle-même Vab ovo ; Incertain (|u'à ces maux votre avenir surnage. Sachez f|ue la droiture honore le vieil âge
Et qu'un vieux reste est toujours beau.
C'est lui qui. par vos yeux, de chacun de vos âges Aux feuillets de votre âme a gravé les images
Et sans fard écrit les appas :
Aux jours froids et ridés de la vieilesse amère. Vous savez que jadis vos traits ont su mieux plaire ;
Sans lui vous ne le sauriez pas.
Et peut-être qu'aussi la glace fracassée A réfléchi des yeux chers à votre pensée.
Qui ravirent jadis vos yeux ; Par la tombe ou l'absence enlevés dès l'aurore, Vous semblez quelcjuefois les y chercher encore
Sous la neige de vos cheveux.
Puis, à ce vieil ami de votre confiance. Et sans lui mendier l'obole du silence.
Et sans craindre sa trahison.
Vous avez quelque jour dévoilé des mystères Que vous n'cvseriez pas dévoiler à vos mères
Xi même aux herbes du gazon ;
De vos grâces il fut le conseiller, le maître.
Il vous gonfla d'orgueil cent fois le jour, peut-être,
Et pleura parfois avec vous :
Et. loin de les trahir, vos tristesses amères. Vos coups d'œil satisfaits et vos jaloux mystères,
Lui-même il les oublia touSw
Ah ! quand nulle autre foi ne console la terre, Quand par l'amitié même au tombeau qui libère
Tous arrivent déshonorés, Une telle amitié doit rester éternelle, Et les restes noircis de qui fut si fidèle
Sont toujours chers, toujours sacrés.