‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris [microforme]Chapitre 2 sur 51 · LES ATTACHEMENTS · texte numérisé non relu

LES ATTACHEMENTS

So loath we part from all ave love From all the links that bind us

Moore.

Notre âme est pareille au tissu Que forme l'immorde araignée De sa trame fine et soignce

Sous l'angle sombre à notre insu Longtemps avec art allignée,

À qui mille insectes divers Heurtent cette aile inconsciente Qui dès lors y reste adhérente Et fend ln gaze frissonnante

En l’emplissant de cris amers.

D'un pur souffle Dieu l'a formée Et l'a mise dans notre sein

En butte aux assauts du destin Dont la fureur accoutumée

Ne l'y ‘ uche jamais en vain :

A s'attacher vive et facile, Chaque jour la pauvre âme sent Le bourreau cruel et puissant Atteindre et briser en passant Sa trame ténue et fragile.

RE

Qui saura que d'objets divers Chaque jour le destin barbare Approche de la pauvre ignare, Sans souci des regrets amers Que sa cruauté lui prépare,

Que d'objets, sensibles ou morts, 11 enfonce ainsi pêle-mêle

En sa nature tendre et frêle,

Et que de chocs il amoncelle

À ses trop débiles ressorts ?

C'est tour à tour, parfois ensemble, Un ange, un exilé divin

Errant sur ce rivage humain, Dont le cœur au notre ressemble, Qui nous tend en passant la main, Ou qui répond par un sourire, Une larme, un mot, un soupir,

À nos maux qui, pour s'endormir Cherchent dans un autre martyr Une âme qui souffre et soupire ;

C'est un arbre qu'on a planté, Dont on à vu l'épais feuillage Répandre un noir et frais ombrage Sur un roc qu'on a fréquenté

Ou sur quelque moëlleux rivage ; C'est une roche sans décor,

Un bois, un ruisseau qui murmure En déroulant son onde pure,

Un lac, une simple masure,

Un brin d'herbe, et que sais-je encor ?

AU LARGE

Maintenant devenus ses frères, Ses choisis, les tendres aimés

Dont ses jours d'exil sont charmés, Ces objets se font ses viscères Dans son plus intime enfermés :

Et quand le sort inexorable

En se jouant les désunit,

L'âme souffrante dépérit,

Elle se fend, puis se flétrit,

Car sa blessure est incurable,

L'ABSENCE ETERNELLE (Romance) Air : €Tis the last rose of summer. »

When truc hearts lie wither'd And fond ones are floun,

Oh! who would more inhabit This bleak world alone ?

MooRE.

Quand l'absence éternelle, Autre aff-euse mort,

De son ombre cruelle Noircit notre sort,

Le printemps qui s'allume Au sommet des cieux

N'échauffe plus la brume Qui voile nos veux :

Dans sa mante étoilée La pensive nuit Clôt, noire et désolée, L'ombreux jour qui fuit :

Et, désormais sans charmes, Son flambeau rêveur Nous verse avec des larmes Sa molle splendeur ;

AU LARGE

Sans charmer la nature, Les tièdes zéphyrs

N'ont qu'un triste murmure Et de froids soupirs ;

Le soleil est sans flamme, Le jour sans couleur ; Rien n’enchante plus l'âme Rien ne plait au cœur ;

Et la feuille jaunie Qu'emporte l'hiver Excite notre envie Dans son vol amer :

Déployez-moi votre aile, Affreux aquilons, Emportez-moi comme elle De ces noirs vallons !

LE MAUSOLEE

IL est un arbre aux branches fortes

Comme le chêne: les frimas |

Le couvrent bien de feuilles mortes, |

Mais ces feuilles ne tombent pas. | JuLEs DE GÈRES. Î

Voyez au front de la colline | Que l’astre du soir illumine Ce villageois aux cheveux blancs : |

Agenouillé sur la verdure, De sa voix cassée il murmure Des vœux aux plus nobles élans.

Ecoutez, sa voix amaigrie Par intervalles se marie

A la molle voix du zéphyr :

Ce sont les vols de sa prière Au pied de la funèbre pierre, Tombe chère à son souvenir.

Revêtant leur épais feuillage,

Les grands peupliers du rivage

Ont compté cinquante printemps Depuis que l'être aimé qu’il pleure Quitta sa modeste demeure

Pour ce saule aux rameaux flottants.

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| AU LARGE 13

Depuis, bien des larmes amères

Ont à ses foyers solitaires

Arrosé le repos du soir,

Bien des jours chargés de nuages | Ont touché du doigt des orages | Son âme où survit seul l'espoir.

| Pourtant, le flot brumeux des âges, j Semé d’écueils et de naufrages,

N'a pas submergé dans son cœur Ces germes puissants de tendresse, Ces élans purs où sa jeunesse

A trouvé jadis le bonheur.

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C'est en vain que les sots du monde Ont de leur raillerie immonde Poursuivi sa longue douleur :

Plein de sa première tendresse,

Et sage au sein de la tristesse,

Il s’est ri d'un monde railleur ;

Et quand la nuit avec mystère Répand son ombre sur la terre, Il épanche encor sa douleur Au silencieux mausolée

Où près de sa chère exilée Repose la foi de son cœur.

C’est là qu’il a marqué sa place, Là, sous le même étroit espace, Loin des murmures importuns.

En attendant le jour suprême, Une fleur, amoureux emblême, Y verse de légers parfums.

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