‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris [microforme]Chapitre 24 sur 51 · LE LE · texte numérisé non relu

LE LE

Je sais une claire fontaine

Qui va, sur un sable argenté, Serpenter au loin dans la plaine.

Les ennuis n’ont jamais hanté

Sa petite urne toujours pleine Ni son rivage velouté.

Son onde pure et cristalline Surgit en un mince filet

Sous l’herbe tendre qui s'incline ; La fléole et le serpolet

Lui font, au pied de la colline

Un gazon épais et mollet.

Une brillante cascatelle

A l’un de ses coudes bondit Comme jaillit une étincelle ; Au bas l'onde s’approfondit Comme un vase dont la margelle Sous la verdure s’arrondit.

AU LARGE

Elle frémit et se tourmente

En son adorable prison,

Puis s’en échappe bouillonnante, Fait encore un léger frisson

Et reprend sa course indolente A travers l’humide gazon.

Sa course enfantine soupire Un son limpide et gracieux Comme un naïf accord de lyre, Un bruit suave, harmonieux Comme un vol léger de zéphire Au déclin d’un jour radieux.

Auprès de sa claire cascade

Cent fois heureux qui peut s'asseoir,

Quand brille l’aurore en parade, Qui peut entendre chaque soir Gazouiller sa douce boutade Sous le gazon tendu de noir !

Ah! si, m’arrachant de la sphère Où je suis content d’être né, Dieu me faisait roi de la terre, Et que, par ma main gouverné, Tout ce que le soleil éclaire M'obéit le front prosterné,

Je fuirais les plus beaux rivages Les théâtres les plus vantés

Et leurs splendides étalages :

Peu m'importeraient les cités, Les forteresses des vieux âges Et toutes leurs célébrités ;

J'irais en première mesure Transporter mon trône et ma cour A côté de son onde pure,

Et, comme autrefois, nuit et jour Prêtant l'oreille à son murmure, J'y saurais borner mon amour.

Pour désaltérer mon altesse

Je boirais son flot glacial

En narguant la triste vieillesse :

Et parfois dans son pur cristal

Comme aux beaux jours de ma jeunesse Je baignerais mon pied royal.

Pour ce fleuron de ma couronne

Je pourrais oublier surtout

Paris, Berlin, Londre et Lisbonne,

Et puis de l’un à l’autre bout L'Europe au front putride et jaune...

Que dis-je ? Je donnerais tout.

Pourtant, en ce doux coin de terre Où chacun des miens me suivrait Je vivrais encor solitaire :

Je n’y serais pas sans regret,

Et ma joie y serait amère :

Ma pauvre mère y manquerait.

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