S. BERNARD
O Marie, on m'a dit au sortir du berceau
Que ton pouvoir géant de l'enfance au tombeau Aux humains fut toujours propice,
Et que ton nom lui-même, ici-bas comme au ciel,
Fait, en passant, couler sur les lèvres un miel Qui remplit l'âme de délice.
Et, comme tont mortel, d’ineffables désirs, D'une soif effrénée et sans fin des plaisirs En naissant devenu l’esclave, Pour enivrer mon cœur de plus divins émois, Je commençai dès lors d’accoutumer ma voix A prononcer ton nom suave.
Et les sons imparfaits que ma langue arpégea Dans ces débuts naïfs me remplirent déjà D'une aimable et touchante ivresse ; Et longtemps en mon cœur mes novices efforts Prolongèrent ainsi les célestes transports Ou la vague et chère tristesse.
Ainsi mes jours d'enfance, ainsi mes jeunes ans Ont passé tour à tour sans découragements Au souffle amer de l’indigence, Et mon âge a mûri glacé comme l'hiver, Ballotté par les chocs du même souffle amer, Mais sans céder à leur puissance.
Puis un jour--6 jour grand. parmi mes plus grands jours
Pour charmer mes ennuis en chantant mes amours Dieu m'offrit de toucher la lyre.
Je lui fis rendre un hymne où se méla ton nom,
Et sous le charme pur du mélodieux son Je sentis mon âme en délire.
Dès lors je te choisis pour reine de mes chants : En dépit des jaloux, en dépit des méchants, Je me consacrai ton poète.
Et, ne voulant que to3 pour muse et pour amours, Je vouai sans délai la somme de mes jours
Comme toi-même à Ja retraite.
Je n’y rencontre pas ces plaisirs des mondains À qui sont réservés les tristes lendemains, Dont la jouissance consume ; Mais mes chastes plaisirs, avec l'aspect moins doux, M'enivrent cependant sans honte, sans dégoûts, Et sans attente d’amertume.
Et les hymnes d'amour au vol large et pieux, Et les soupirs ailés, et les chants gracieux, De ma lyre naissent sans nombre ; Et, tels qu'au fond des cieux le jour brise la nuit, Ces cantiques divers dans mon âme ont pour fruit De briser l'empire de l'ombre.
Ah! vainement deux fois l'incendie effréné
À dans ses tourbillons au vol désordonné Englouti mes strophes aimées,
Je veux chanter encor, tet que chante l'oiseau
Dont le vautour a mis les petits au tombeau
Du sein de leurs douces ramées.
AU LARGE
rands jours!
amours
"Mn,
Et si toujours le ciel au vent de la douieur M'abandonne et secoue ainsi que le cribleur Qui vanne sa récolte impure,
Je chanterai du moins en parant de ton nom Ma plaintive élégie ou ma vive chanson
Pour trouver douce la torture.