‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris [microforme]Chapitre 30 sur 51 · LS ILE · texte numérisé non relu

LS ILE

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LE

Et quand le trépas nous endort

L’adieu cruel ne peut se dire.

Aussi, quoique fasse le sort,

Je veux qu'avec moi, ma colombe,

Tu sois jusqu’au lit de la mort, Et dans la tombe.

LES SEPARATIONS

Nous séparer ! Qui? Moi?

Titus de Bérénice.

RACINE

La vie a des heures de larmes, De barbares déchirements Qui mélent d'affreuses alarmes Ses rares doux enchantements, Des heures noires Près de qui les autres déboires Semblent d'heureux enchantements.

C'est quand il faut à ce qu’on aime, Même à ce qui fut odieux, Que dans un brisement suprême On dise d'éternels adieux ; C'est quand on quitte Avec son palais ou son gîte, Des objets qu'ont tant vus nos yeux :

Un toit sombre, noirci par l’âge Et ployant sous la vétusté, Où contre l’hiver et l'orage On fut bien où mal abrité,

Où parfois l’âme Pleine d'amertume et sans flamme Vit luire un rayon de gaité ;

Où parfois nous laissons des êtres

A qui se sont liés nos cœurs,

Qui furent nos soutiens, nos maitres

Au sein de la joie et des pleurs, Des biens suprèêmes,

Parts les plus chères de nous-mêmes

Qui furent et sont nos bonheurs.

Ces humains, gracieux ou sombres, Malfaisants ou pleins de bienfaits Dont nous voyions comme des ombres Sourdre en passant les traits,

Visages d’anges, Indifférents ou fronts étranges, Que nous pleurerons désormais ;

Ces coteaux, ces champs de verdure Que nos pas ont tant parcourus, Ce flot limpide qui murmure ‘A travers les yazons touffus, Ces fraiches rives Aux voix légères ou plaintives Où nous nous sommes tant complus ;

Ces biens, et mille autres encore,

Qui se sont faits notre univers,

Dans ce jour dont pleure l'aurore

Nous deviennent cent fois plus chers :

L'âme à leur vue

Dans son plus intime est émue

Et rousse des soupirs amers.

Et quand enfin le départ sonne,

Prise d’indicibles douleurs,

L'âme se transit ou f-issonne,

Et le front est plein de pâleurs, Le sang s’agite,

Le cœur se resserre et palpite,

Et les yeux sont noyés de pleurs.

Et ce jour triste en la mémoire

Est ineffaçable entre tous ;

Longtemps son amertume noire,

Telle qu'un titan en courroux, Nous tyrannise,

Nous torture, nous martyrise,

Nous étouffe en régnant sur nous.

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