‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris [microforme]Chapitre 33 sur 51 · LE LYS · texte numérisé non relu

LE LYS

Rendez-moi ma cabane

Ou laissez-moi mourir.

LELE

Enfin donc, il est mort, ton lys, pauvre Fleurange, Ton lys blanc et pur comme toi,

Odorant, parfumé comme ton âme d'ange,

Quand, là-bas au milieu de son parterre étrange, Son calice brillait en roi !

Tes mains l'ont retiré du milieu des épines Resplendissant, l’air noble et fier, Les rameaux pleins de sève en ses pâles ravines Puis au flanc attiédi de fécondes collines Tu l’a mis au sources de l’air.

Là, tu vins chaque jour, et durant deux années, Abreuver d’un gras arrosoir Ses bulbes sans vigueur, presque à demi fanées, Etayer doucement ses tiges chagrinées Et sarcler son riche terroir.

Prête à lui prodiguer mille autres soins encore Pour voir sa corolle s'ouvrir

Et sourire un seul jour aux grâces de l'aurore, En dépit de tout zèle, aimable sœur de Flore, Aujourd'hui tu le vois mourir !

AU LARGE

Ah ! sa mort a brisé ton âme qui pétille Et mis à ton regard serein Cette larme naïve où tant de charme brille.

Sèche-la nous, pourtant, N'en pleure pas, ma fille, Car, retiens-le, c'est le destin.

Oui, lorsque sur ton chef aux ondes satinées Qu'on dirait de vastes flots d’or

Le temps aura doublé le nombre des années ;

Lorsque ton cœur rempli d’espérances fanées Aura vu douze étés encor :

Tu l’auras éprouvé, naïve enfant, peut-être, Pour qu’un lys soit ‘rempli d’appas,

Pour qu'à nos sens charmés l’été fasse renaître

Sa corolle à l'éclat plus royal que champêtre, Tant de soins ne suffisent pas.

Il lui faut l'air natal, l'haleine si connue Qu'il a respiré en naissant,

Son ciel, noyé d'azur ou noirci par la nue,

L’humble motte où naquit sa racine menue, Ou son roc au pied du passant.

Si le destin cruel t’arrachait les campagnes, Les prés au languissant gazon

Où tu suis en riant tes rieuses compagnes,

Les rochers, les grands bois, les sauvages montagnes Qui bornent ton noir horizon,

Ton bel œil azuré se noirait dans les larmes Et ton cœur se fendrait d’émoi,

Tu t'en irais mourant de secrètes alarmes,

Et nous, nous n’aurions plus, la douce enfant, les charmes Que tu répands autour de toi (*).

(*) Voir la pièce intitulée Æ/eurange.

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