CEUX QU'ON A AIMES
Le soir est près de l'aurore :
L'astre à peine vient d'éclore
Qu'il va terminer son cours.
LAMARTINE
J'ai vu l'astre du jour comme un disque de flamme Descendre dans les flots,
Et j'ai senti monter du p’ofond de mon âme D'ineffables sanglots.
Je me disais : Combien d'astres chers et propices Se lèvent sur nos jours
Pour arriver aussi pleins de pures délices Au terme de leur cours |
Les uns ont devant nous répandu la lumière Dans le sombre chemin
Et retiré nos pas de la bourbeuse ornière Où nous mit le destin.
D'autres. de leur regard, de leur approche chère, Ont réchauffé nos cœurs ;
Ils nous ont, quelques jours, de l'existence amère Endormi les douleurs.
Nous les avons aïmés comme en hiver on aime Un soleil radieux ;
Leur présence nous fut, dans la détresse même, Un avant-goût des cieux.
AU LARGE
La tombe inexorable ou l'absence éternelle Nous les ont enlevés
Avant les jours remplis d'espérance si belle Que nous avions rêvés.
Brillants adolescents, vieillards chargés d'années Ou blonds anges jouffus,
Frères, amis d'enfance ou débris d'hyménées, Nous ne les verrons plus.
Nous ne les verrons plus ! Ce rivage incolore Reverra bien des jours :
Son soleil s'est couché pour se lever encore ; Mais eux, c'est pour toujours.