‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris [microforme]Chapitre 43 sur 51 · ET · texte numérisé non relu

ET

Octobre à son tour règne au cercle de l'année

Et couronne son front de feuillage jauni ;

De la cime des cieux la jeune matinée, L'aspect terne, embruni,

Regarde sans amour l'aurore embruinée

Disperser en avare aux abris des bosquets De livides reflets.

Teinté par les rayons d'indécise lumière

Dont s'éclaire en pleurant l'espace froidureux,

Un brouillard épais flotte et forme tout entière La tenture des cieux,

Et le flot glacial qu'en liquide poussière

Laisse pleuvoir sans bruit son flanc gros de hideur Met le trépas au cœur.

Voyez-vous, néanmoins, la fille tendre et frêle Qui parcourt à pas lents les humides gazons En portant ses regards haut et loin d'elle Vers les gris horrizons, Ou parfois tout auprès sur l'he’be qui ruisselle, Et sur tous les objets dispersés à l’entour, Laids ou faits pour l'amour ?

Ne lui demandez pas, à la vierge naïve, Ce que cherche son œil dans ces noirs horizons, Ni ce qui la conduit, débile et maladive, Sur ces moîtes gazons, Ni pourquoi seule ainsi, la pâle sensitive, Dans l'ombre et le brouillard l'aube la voit errer : Vous la feriez pleurer.

Pleurer ! Elle en est près : regardez sa poitrine

S'arquer en frissonnant sous l'effort des soupirs,

Comme s'arque et f-émit la voile qui chemine Au souffle des zéphyrs ;

Regardez son front morne et sa lèvre chagrine,

Et son œil embrumé qui se mouille en clignant. Ah! son cœur est saignant.

C'est qu'elle va partir. Dans son vol ardent l'heure

* Ne doit plus résonner au lambris du manoir

Que l'enfant n'ait quitté sa champêtre demeure Pour ne plus la revoir :

Avant que sur l'émail le doigt du temps n’effleure

Le prochain noir degré qu'on lui mit pour témoin La fille se:a loin.

Elle part, et son cœur veut une fois encore

Palpiter à l’aspect de ces lieux tant connus,

Que ses pas ont, dès l'heure où le jour vient d’éclore, Tant de fois parcourus ;

Où, quand de feux mourants l'occident se colore,

Elle vint tant de fois baigner un peu ses maux D'air pur et de repos.

AU LARGE

Elle quitte à jamais ses champs, son grand bois sombre Qui frange l'horizon de ses faîtes altiers, Ses parterres en fleurs, son lac plein de pénombre, Ses agrestes sentiers.

Et vers ces chers objets, et d'autres en grand nombre, Elle donne à son cœur cet ineffable essor, Et veut les voir encor.

Ah ! pleure pourtant, vierge aux élans magnanimes, Fille aux nobles regrets, au cœur sensible et grand ! Car la douleur qui bout sous tes efforts sublimes,

O fille, on la comprend.

Oui, quand on va partir les pleurs sont légitimes, Laissät-on un séjour où règnent les ennuis,

Plus sombre que les nuits.

Ton cher coin sous ce toit, tes rieuses compagnes,

Ton parterre et ton lac, tes coteaux, tes bosquets,

Et ces riens’à tes yeux devenus des montagnes, Méritent tes regrets,

Et puis, ce dernier pleur jeté sur ces campagnes

Qui virent tant de fois tes ris et ta douleur Soulagerait ton cœur.

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