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Ce n’est pas tout. Ce roc, c'était mon oratoire. Quand la nuit descendait avec sa mante noire
Et voilait à demi les cimes d'alentour,
Ou quand la blonde aurore au char brillant du jour Ouvrait du firmament les routes azurées,
Tenant mon vieux rosaire aux perles délustrées, Sur la pierre à genoux, c'est 1à que je priais.
Et sœur, qu'ils étaient grands, les biens que j'enviais En conjurant le ciel d'en combler votre vie !
Ces biens qui pour vous tous enflammait mon envie, Mon cœur encor naïf ne savait pas alors
Qu'ils ne viennent jamais sur nos terrestres bords.
Quel autre cher objet, quelle autre pierre aimée, Qu'à tant chérir tu fus toi-même accoutumée, À ton œil attentif désignerais-je encor ?
Si pour toi chacun d'eux est un riche trésor,
Ces objets si connus de ta plus tendre enfance,
Ces modestes amis dont tu pleures l'absence, Moi-même, chère Emma, je les adore tous :
Est-il un de ces rocs, de ces rudes cailloux,
Qui n'ait un souvenir encor cher à mon âme,
Un regret qui ne soit plein de vie et de flamme ?..… Ah ! revois-le moi tout, ce rocher regretté,
Puis... viens-t'en me rouvrir ton fleuve de gaîté.
FLEURANGE (*) Elle avait dix-sept ans, C'est bien tôt pour mourir, LAMARTINE.
Ainsi que son blanc lys Fleurange s'est flétrie :
Elle n’est déjà plus qu'un inerte débris, Ainsi que son blanc lys !
C'est en vain que l'amour l'a bercée et nourrie Des espoirs les plus doux, des plus tendres souris, Ainsi que son blanc lys Fleurange s'est flétrie !
Seize fois le printemps A reverdi pour elle, Elle a vu luire à peine au départ des autans Seize fois le printemps !
Le bonheur lui gardait à l'ombre de son aile D'innombrables douceurs avec de nombreux ans re Seize fois le printemps A reverdi pour elle.
Elle a langui deux ans Loin de ses grands bois sombres ; u des splendeurs, d” l’aisance et des grands, Elle a langui ueux ans.
On l'a comblée en vain de tendresses sans nombres Pour lui faire oublier l'âpreté de ses champs, Elle a langui deux ans Loin de ses grands bois sombres.
Au milie
(*) Voir la pièce intitulée Le Lys.
AU LARGE
Elle riait pourtant De cœur et de visage ;
À l'ombre de ses bois au grand dôme flottant Elle riait pourtant.
La sève de la vie à son œil sans nuage
Affluait tout le jour comme un fleuve montant : Elle ;iait pourtant De cœur et de visage.
Pourquoi l'arracha-t-on
Aux lieux de sa naissance ?
Au rustique rameau, l'adorable bouton,
Pourquoi l’arracha-t-on ?
Que pouvaient sur son cœur la splendeur et l'aisance Au prix de son naïf et modeste canton ?
Pourquoi l’arracha-t-on
Aux lieux de sa naissance ?
N'arrachez pas un lys Du sol qui l'a fait naître :
Quand sa tige déjà s'élance du semis, N'arrachez pas un lys.
Laissez-lui sa garigue, ou son rocher peut-être, Vos soins ne vaudraient pas ces chers premiers amis : N'arrachez pas un lys Du sol qui l'a fait naître.
ACTIONS DE GRACES (Psaume 125)
Facti sumus sicut consolati.
Quand pour Sion, la sainte et si chère patrie, Dieu nous brisa le joug de la captivité,
Nos larmes ont séché dans leur source tarie
Et des plus doux transports nos cœurs ont palpité.
Aux bosquets de la route, aux champs et sous l’ormoie, Notre bouche a chanté le retour solennel :
Notre langue a rempli de cantiques de joie
Les rives du Jourdain et les monts d'Israël.
Autour de nos confins les peuples de la terre Se sont levés émus et se sont dit entre eux : Le Seigneur a calmé les flots de sa colère
Et fait pour Israël les jours les plus heureux.
Le Seigneur a calmé les flots de sa colère
Et pour son peuple a fait les jours les plus heureux ; Nos cœurs remplis de joie aux tribus de la terre Diront ce que sa droite a préparé pour eux.
A la sainte patrie, à Sion qui les pleure
Rendez bientôt, Seigneur, tous ses autres captifs, Comme au fond du désert où le feu seul demeure Vous rendez les torrents qui se sont faits tardifs.
AU LARGE
Quiconque en fournissant la course de la vie
Boit à flots l'amertume et sème dans les pleurs Recueille une moisson d'abondance remplie, L'allégresse dans l'âme et le front ceint de fleurs :
Il parcourt en pleurant la cruelle carrière Où tombe sa semence aux vents des noirs ennuis ; Mais il revient après inondé de lumière,
+ L'âme pleine de joie et les bras pleins de fruits.