‹ Sentiments et souvenirs de Firmin Paris [microforme]Chapitre 48 sur 51 · L'ORMEAU · texte numérisé non relu

L'ORMEAU

au penchant de riants coteaux Il était une forêt sombre Où sans nombre Venaient gazouiller les oiseaux.

Parfois dans sa vaste ramure Les vents épanchaient leurs bruits sourds, Froids et lourds, Mais pour elle sans noir augure ; Et dans une vague au flot lent, Sans murmure, Fraîche et pure, Elle mirait sen front mouvant.

Elle n'est plus, la forêt sombre :

Des coteaux le sein découvert Et désert N'est plus rafraîchi par son ombre ; La douce haleine des zéphyrs, Le souffle des noires tempêtes Sur ses faites N'ont plus de voix ni de soupirs, Et son fleuve pur roule une onde Sans saphirs Ni plaisirs, Sans image verte et profonde.

Vœ soli.

Seul, un mélancolique ormeau

Y penche encor son front austère, Sans s'y plaire,

Sur le sein tranquille de l'eau.

C'est que sa ramure flottante,

Son feuillage riche, ample et clair, Son port fier,

Ont du colon fixé l'attente ;

Et la hache au bord du ruisseau —Imprudente Ou méchante—

N'a pas coupé l'orme si beau.

Ah ! dans sa naïve ignorance, Il a cru, le vieux bächeron, Ce fleuron Insensible à son deuil immense.

Mais, hélas ! il verra bientôt De l'arbre s'enlaidir la face, Et sa grâce Prendre un aspect sombre et lourdaud :

Puis il le verra choir, au terme D'un sanglot Dans le flot Qui coule à sa base peu ferme.

Car les arbres sont comme nous :

Lorsque leurs aimés disparaissent Et les laissent, Poussés par le sort en courroux, Leur front pälit et se chagrine, Leur feuillage, aux souffles brülants Des autans, Va joncher au loin la ravine ; Leur tige souffre, s'assombrit, Se ruine ; i Leur racine ‘* Elle-même sèche et périt.

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