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Sept dialogues de bêtes. [Par] Colette Willy. Préf. de Francis Jammes

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M a dame j

Il semble parfois que l'on naisse. On regarde. On distingue alors une chose dont le dessous des pieds a l'air d'un as dépique. La chose dit : oua-oua. Et c'est un chien. On regarde à nouveau. L'as de pique devient un as de trèfle. La chose dit : pffffffff. Et c'est un chat.

C'est là toute l'histoire du monde visible et, en particulier, de Toby-Chien et de Kikila-Doucette, mes filleuls. Ils sont si naturels — f emploie « naturels » dans le sens applicable aux sauvages de l'Océanie — que toutes

leurs attitudes concourent à une proposition très simple de Vexistence. Ce sont des animaux dans toute la force du terme, des animos, si J'ose employer la vraie orthographe, capables de s'écrier, comme ceux de Faust :

II ne connaît pas le pot, Le pot à faire la soupe !

Vit-on jamais pareil sot?

Donc, Madame, vous les avez situés où il fallait qu' ils fussent : dans le paradis terrestre qu'est l'appartement de M. Willy. Le caoutchouc et le palmier probables de votre salon donnent, toutes proportions gardées, V impression de la violente flore édénique, et expliquent par quel transformisme leurs feuilles vont permettre à M. Gaston Deschamps — critique d'un « Temps » plus que-passé —

d'annoncer aux savanes (où il tutoya Chateaubriand), et au Collège de France, combien il peut aimer et comprendre un vrai poète.

Car vous êtes un vrai poète, et je veux affirmer cela volontiers sans m' inquiéter davantage de la légende dont les Parisiens ont coutume d'entourer chaque célébrité. Ils n^admirent point tant Gauguin et Verlaine pour ce quils ont fait de génial que pour ce qu'ils eurent d'excentricité. De telle manière que certains qui ne connaissent point le sentimentalisme sans nom, l'ordre, la pureté, les mille vertus intérieures qui vous guident, s'obstinent à répéter que vous portez les cheveux courts et que Willij est chauve.

// faut donc que moi, qui vis à OrtheZy f apprenne au Tout-Paris qui vous êtes, et que je vous présente à tous ceux qui vous connaissent, moi qui ne vous ai jamais vue?

Je dis donc que M^^ Colette Willij n^eut jamais les cheveux courts; qu^elle ne s'habille point en homme; que son chat ne V accompagne pas au concert; que la chienne de son amie ne boit pas que dans un verre-àpied. Il est inexact que M^^ Colette Willy travaille dans une cage à écureuil, et qu'elle fasse du trapèze et des anneaux de telle sorte qu'elle touche, du pied, sa nuque.

M""" Colette Wilhj n'a jamais cessé d'être

la femme bourgeoise par excellence qui, levée à l'aube, donne de l'avoine au cheval, du maïs aux poules, des choux aux lapins, du séneçon au serin, des escargots aux canards, de l'eau de son aux porcs. A huit heures, été comme hiver, elle prépare le café au lait de sa bonne, et le sien. Il ne se passe guère de journée où elle ne médite sur ce livre admirable :

LA

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