DAMES
Mme
Millct-Robinet,
Le rucher, le verger^ le potager, Vétable, la basse-cour, la serre n'ont plus de secrets pour A/'"° Colette Willij. Elle a refusé, diton, de livrer son secret pour la destruction des courtiliâres à un grand homme d'Etat qui la priait à genoux.
M^^ Colette Willy nest rien d'autre qui ne soit pas ce que je viens d'écrire. Je sais que, pour l'avoir rencontrée dans le monde, certains s'obstinèrent à la compliquer. Pour un peu, lui eussent-ils prêté les goûts des plus arriérés symbolistes. Et l'on sait combien déplaisantes furent ces robes de Muses, odieux ces bandeaux qui déversaient leur jaune sur des faces en coque d'œuf. Robes et bandeaux sont aujourd'hui relégués dans les tiroirs du Capitole de Toulouse, d'où l'on ne les tirera plus que pour hurler des alexandrins officiels en l'honneur de M. Gaston Deschamps, de Jaurès ou de Vercingétorix,
M^"^ Colette Willy se lève aujourd'hui sur
le monde des Lettres comme la poétesse — enfin! — qui, du bout de sa bottine, envoie rouler du haut en bas du Parnasse toutes les muses fardées, laurées, cothurnées et hjrées qui^ de Monselet à Renan, soulevèrent les désirs des classes de seconde et de rhétorique. Elle est gentille ainsi, nous présentant son bull bringé et son chat avec autant d'assurance que Diane son lévrier ou qu'une Bacchante son tigre.
Voyez sa joue en pomme, ses yeux en myosotis, sa lèvre en pétale de coquelicot et sa grâce de chèvrefeuille! Dites-moi si cette façon de s'appuyer à la verte barrière de son enclos, ou de s'étendre sous la tonnelle bourdonnante de grand Eté, ne vaut pas la manière compassée que ce vieux magistrat de Vigny, cravaté à triple tour et roidi par des sous-pieds, imposait à ses déesses ? M™® Co-
lette Willy est une femme vivante, une femme pour tout de bon, qui a osé être naturelle et qui ressemble beaucoup plus à une petite mariée villageoise qu'à une littératrice pèrverse.
Lisez son livre, et vous verrez combien ce que fai avancé peut être exact. Il a plu à y|/me Colette Willy de ramener à deux charmants petits animaux tout l'arôme des jardins, toute la fraîcheur des prairies, toute la chaleur de la route départementale, tous les émois de l'homme... Tous les émois... Car, à travers ce rire d'écoliêre qui sonne dans la forêt, je vous dis que f entends sangloter une source. On ne se penche point vers un caniche ou un matou sans qu'une sourde angoisse ne vous feutre le cœur. On ressent.
à se comparer à eux, fout ce qui vous en sépare et tout ce qui vous en rapproche.
Dans Pœil du chien règne la tristesse d avoir, dès les premiers jours de la Créa' iion, léché en vain le fouet de son irréducti' ble bourreau. Car rien n'a attendri V homme, ni la proie que lui rapporte un épagneul affamé, ni l'humble innocence dont un labrit veille sous les étoiles l'obscure douceur des troupeaux.
Dans le regard du chat luit un tragique effroi. « Que vas-tu me faire encore'^ » semble-t-il demander, couché sur le fumier oiï le ronge la gale et le creuse le besoin de manger. Et, fiévreux, il attend qu'un nouveau supplice ébranle son système nerveux.
...Mais n'ayez crainte... M^^ Colette Willy
l4 SEPT DIVLOGIES DE BÊTES
est très bonne. Elle a vite fait de dissiper les terreurs ataviques de Toby-Chien et de Kiki'la- Doucette. Elle améliore la race, tellement que chats et chiens finiront par comprendre qu'il est moins ennuyeux de fréquenter un poète qu'un candidat malheureux au Collège de France, ce candidat eût-il démontré plus copieusement encore que l'auteur des Mémoires d'Outre-Tombe a décrit sens dessus dessous la mâchoire des crocodiles.
Toby-Chien et Kiki-la-Doucette savent bien que leur maîtresse est une dame qui ne ferait de mal ni à un morceau de sucre ni à une souris; une dame qui saute, pour nous ravir, à une corde qu'elle a tressée avec des mots en fleurs qu'elle ne froisse jamais et dont elle nous parfume; une dame qui chante
avec la voix d'un pur ruisseau français la triste tendresse qui fait battre si vite le cœur des bêtes.