‹ Sept générations d'exécuteurs 1688-1847 (volume 2)Chapitre 21 sur 43 · LB MARQUIS DR PAVRAS SU · texte numérisé non relu

LB MARQUIS DR PAVRAS SU

Un dédaigneux sourire passa sur les lèvres de Taccusé.

— Je croyais être jugé, dit-il, par le Ch&telet de PariSi je me suis trompé; j'aurai été jugé par rinquisition d'Espagne.

M. de Favras avait raison. Il est hors de doute que, comme tant d'autres, il s'était occupé de favoriser ce que les royalistes aj^pelaient l'évasion du roi. Mais, soit que sous sa frivolité apparente, Taccusé eût eu assez d'habileté pour ne laisser aucime trace du projet qu'il avait formé, soit, ce qui est également possible, que le danger de compromettre des personnages importants eût fait reculer devant la production de papiers qui eussent jeté quelque jour sur cette ténébreuse afEedre, les preuves faisaient absolument défaut, et la condamnation, déjà prononcée dans l'esprit des magistrats, allait manquer de ses bases les plus essentielles.

Les gens sensés le comprenaient si bien, que les adversaires politiques de M. de Favras, les journaux du temps en font foi, élevèrent la voix en sa faveur, et s'étonnèrent à bon droit

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de Taveugle sévérité qui succédait tout à coup, chez les juges, à tant d^indulgence.

Le marquis de Favras vit clairement qu'il allait être la victime expiatoire que Messieurs du Châtelet, dans leur ardeur à reconquérir leur popularité compromise, allaient offrir au ressentiment que les deux acquittements précédents avaient soulevé dans la multitude ; il pressentit que la Cour, terrifiée, se garderait bien de hasarder en sa faveur une démarche compromettante, et il se résigna à son sort avec une fermeté héroïque.

Le 29 février , le Châtelet rendit son arrêt;

Le marquis de Favras était condamné à être "pendu, après avoir fait amende honorable devant Notre-Dame.

Son visage ne manifesta pas la moindre émotion, et le rapporteur lui ayant dit, après la lecture de Tarrêt :

— Il ne vous reste plus, monsieur, d'autres consolations que celles que vous puiserez dans la religion.

— Pardon, monsieur, répondit-il avec le plus

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grand calme, il me reste encore celles que je puiserai dans ma conscience.

Depuis que les débats étaient commencés, une foule immense s'entassait aux abords du Ch&telet, vodférant et demandant & grands cris la mort de Favras. Les appétits sanguinaires, deux fois trompés, voulaient leur proie^ et les juges étaient décidés à ne pas même faire languir cette impatience.

Au moment môme où commençait la lecde Tarrèt, on portait à l'exécuteur Tordre de dresser la potence sur la place de Grève.

Il sortit du tribunal pour aller tout droit à Téchafaud, et personne ne prit garde au terrible précédent que le Obfttelet venait d'établir.

La précipitation apportée dans les préparatifs était si grande, qu'au moment de monter dans le tombereau, mon grand-père s'aperçut qu'il avait négligé d'accomplir les prescriptions de l'arrêt, en dépouillant M. de Favras de ses vêtements.

— Monsieur, lui dit-il, il faudrait ôter vos habits.

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M. de Favras ne répondit pas ; mais, lorsqu'on lui eut délié les mains, il aida les aides qui le déshabillaient, et resta en chemise, tète et pieds nus. '

Alors de grands cris s'élevèrent de la foule, qui suivait avec avidité tous ces apprêts.

— La corde au cou I la corde au cou ! disait-on.

Le patient fit signe à Charles-Henry Sanson d'obéir, et au contact du chanvre qui allait lui ôter la vie, il ne tressaillit pas. il tenait dans la main un cierge de cire jaune.

Le cortège se mit en route.

L'afduence était si considérable, que, sur le pont Notre-Dame, la force armée qui précédait la charrette fut quelque temps à pouvoir s'ouvrir un passage. Pendant cette halte, les clameurs redoublèrent d'intensité; le condamné les écoutait avec ime indifférence qui n'était point jouée, et sans témoigner ni mépris, ni colère.

Devant le parvis de l'église , le patient devait descendre de la charrette, s'agenouiller, et prononcer la formule de l'amende honorable,

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