‹ Sept générations d'exécuteurs 1688-1847 (volume 2)Chapitre 28 sur 43 · A L'ASSEMBLÉE NATIONALE · texte numérisé non relu

A L'ASSEMBLÉE NATIONALE

manité (1), nous a donné Texemple que nous suivons; il a écrit avec autant de chaleur que de succès en foyeur des exécuteurs de Rouen (François-Thomas et Charles Ferey frères) contre les persécutions qu'ils éprouvaient de la part de leurs concitoyens. M* Thouret, aussi avocat au Parlement, plus tard membre de F Assemblée nationale; feu M* Gerbier, ce savant jurisconsulte que son siècle et la France s'honorent d'avoir produit, cet orateur étonnant, qui, pendant une longue suite d'années, a fait revivre au barreau de cette capitale Tèloquence des Démosthènes, des Gicéron et des Hortensius. MM*" Rimbert, Benoit et Gautier, aussi avocats au Parlement de Paris, ont défendu comme nous les infortunés en faveur desquels nous réclamons la justice bienfaisante de l'Assemblée nationale. Serait-ce donc un crime à nous d'imiter ces estimables jurisconsultes?

Les préjugés, dit Bacon, sont autant de spectres et de fantômes qui tourmentent les âmes faibles ; nous ajoutons que le préjugé, cet enfant odieux de la féodalité qui distingue l'homme de l'homme, est un monstre qui désole la

(1) Pierre Noël Le Cauchois, avocat au Parlement de Normandie, naquit à Rouen en 1740. Après avoir sacrifié toute sa fortune, et s'être fait des magistrats souverains de Rouen autant d'ennemis, pour arracher au dernier supplice les sieurs Savary, en 1762; le Cannu, en 1764; la dame Blanchard, en 1778; les Tirât et le sieur Leroux, en 1779; le àeur de Bichen et la fille Salmon, en 1786; il mourut à Paris, en 1788 dans la plus grande pauvreté, et fut inhumé le lendemain à Saint-Sulpice, aux dépens d'un généreux citoyen nommé Cailleau, imprimeur-lihraire , qui donna 121 livres 10 sols pour le convoi de cet homme sensihle, dont la capitale pleure encore la perte. {Noie du Mémoirt)

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société, et los gens de bien doiyent se disputer rhonneur de le combattre.

Peutr-étre éveillerons-nous la haine de quelques folliculaires fiBUQdéliques, ennemis du bon ordre, en défendant des hommes de bien qu'ils calomnient : peut-être chercherontils à nous couvrir de ridicule dans leurs pamphlets périodiques; un silence de mépris sera notre réponse, tant qu'Us ne porteront aucune atteinte à notre honneur, et nous poursuivrons toujours Terreur quand nous pourrons la découvrir.

iSed nos eirorem, quo esse canque receplet Insequlmur.

Voilà notre profession de foi : c'est mériter de ses concitoyens, c'est rapporter à leur bonheur les connaissances qu'on a acquises que d'éclairer leurs opinions.

Signé : g.-h. aiNsoN et l.-g.-g. sansom , Fondés des pouvoirs de tons nos confrères du royaume. Me MATON DE LA VARBNNB. avocat.

Chose étrange 1 ce Mémoire trouva des apologistes dans la presse. Le Fidèle Observateur, dans ses numéros 8, 9, 10, 11, 14 et 15; le Journal général de la Police et des Tribunaux, dans son numéro 70, en rendirent avantageusement compte ; et enfin VAmi du Peuple, de Marat, lui consacra ces quelques lignes :

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Quoiqu'il H'antre ftA dans le plan de Botre journal d*aBBOiiear les ouvrages nouyeaux, ooun ne pouYona rèsiater à Ten vie de faire connaître à nos lecteurs un chefni'œuYre de sensibilité , de goût et d'érudition : c'est le Mémoire de M. Maton db la Yabbnnb, jurisconsulte aussi estimable qfue libérateur distingué ^ qui a plaidé ayec tant de chaleur, d'énergie et de suocès contre les calomniateurs du sieur Sanson. Le préji^gé, qui voue les «piécuteurs à Tinfamie, se trouve absolument détruit dans ce Mémoire qu'on ne peut lire sans attendrissement; et T Assemblée nationale, à laquelle il est adressé, ne peut qu'accueillir des réclamations qui ont pour base les droits imprescriptiUes de l'homme, de la raison et de la philosophie.

L attendrissement de Marat sur le sort des exécuteurs n'a rien qui doive surprendre ; toutefois, il ne parut point partagé par T Assemblée nationale. Comme pour les conclusions de 1766, les pièces restèrent sur le bureau et il n'y eut point de décision. C'est un moyen à l'usage de tous les temps d'éluder les questions difficiles.

Charles-Henry Sanson dut donc se contenter de la formule du décret, qui était d'ailleurs de nature à satisfaire des susceptibilités moins exigeantes que les siennes. Robespierre avait trèsjudicieusement dit; dans la séance du 24 déni 25

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ee^^^ ' . gontp^ exclus sont iadmis. » ^* ^^ le t^P^ approchait où cette réha- ^ . Jp j cherchée tournerait en apothéose Wilmisseiai* I»«tt cruellement la modeste hition de mon grand-père. Il allait recevoir /îflfi félicitations officielles, des ovations popu- Isires. devenir un des personuages essentiels (le J'Btat. Jamais il n'aurait eu autant de be- €^s:M et c'est à Tœuvi'e qu'on couronne l'ouvrier.

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LA GUILLOTINE

Le docteur Guillotin avait poursuivi avec une rare persévérance la tâche qu'il avait embrassée. Après avoir fait consacrer en décret , comme on le sait , dans la séance du 1^' décembre 1789 , sa motion du 28 novembre réclamant l'égalité des peines pour crimes ou délits semblables, quel que soit le rang des cou-

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pables ; c'est encore lui qui , le 21 janYier suivant, avait pris de nouveau la parole pour soutenir ses autres propositions dont la discussion avait été ajournée. On se rappelle qu'il s'agissait de décréter que le crime étant personnel, la honte du supplice et des condamnations infamantes ne pouvaient imprimer aucune flétrissure à la famille des condamnés ; que la confiscation des biens était à Jamais abolie; que les corps des suppliciés seraient délivrés à leurs parents toutes les fois qu'ils les réclameraient, et, dans le cas contraire, admis à la sépulture habituelle, sans aucune mention sur le registre du genre de mort.

Toutes ces dispositions étaient dans l'esprit de l'Assemblée et dans le sentiment de la nation. On vient de voir comment elles se traduisirent en faits à l'occasion des frères Agasse. Mais il s'agissait surtout pour Guillotin de faire triompher autre chose qui lui tenait bien plus à cœur. Révolté de la barbarie des anciens supplices, saisi d'un profond dégoût à l'aspect de la potence qui , en défigurant les cadavres et en les laissant exposés dans cet état aux regards

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avides de la populace , semblait flétrir jtmqu'ii la laort ; U avait juré de renverser tout cela, en imaguant un supplice humain, s'il est perm» d'accoupler ces deux mots, qui supprim&t la aoufirance , qui ne s'accomplit pas directemisent par la xiain de l'homme, et qui , une fois l'exécation consommée , cacli&t aux yeux de la foK&le, si encline d'ordinaire à se repaître de ces sortes de spectacles, les tristes restes de la victime immolée.

Telle était la pensée de GuiUotin ; ses longues méditations sur ce sujet ne lui avaient fait entrevoir que la décapitation comme acheminement vers son idéal. C'était le genre de supplice le plus digne ; il frappait l'homme dans le plus noble et le plus puissant de ses organes, le siège présumé de l'inteUigence et de la pensée. Réservé jusqu'alors à une claese privilégiée , il devenait, gr&ce au principe de l'égalité dans le crime, le supplice du droit commun. Mais que d'exemples ne citait-on pas où le glaive inexpérimenté des exéeuieurs avait fait de la décapitation une horrible boucherie? Il laUait trour ver on moyen plui parompt., plus aftr,

LA aUILLOTINR

infaillible que la main humaine , et le nisme seul pouvait l'offrir. Dès lors la solution du problème ne consista plus, pour Guillotin, que dans la découverte de la meilleure machine à décapiter. Cette recherchedemandait du temps et des connaissances étrangères à celles du pauvre docteur, qui s'était jusque-là plutôt occupé de sauver ou de prolonger la vie que de donner la mort.

Aussi, pour gagner le temps nécessaire à ses investigations et à ses études , se boma-t-il à poser tout d'abord le principe en proposant seulement aux délibérations de l'Assemblée un article ainsi conçu :

Dans tous les cas où la loi prononcera la peine de mort contre un accusé, le supplice sera le mAme, quelle que soit a nature du crime dont il se sera rendu coupaMe. Le criminel sera décapité; il le sera par Teilet d'un simple mécanisme.

Cette proposition se formulait, je l'ai déjà fait remarquer, trois ans, jour pour jour, avant celui où le mécanisme recevrait sur la place de la Révolution le baptême d'un sang royal : triste consé(5ration qui ne fiit certainement

pM étrangère au rôle qu'il a joué dans no« discordes civiles.

Les articles proposés par Guillotin forent renvoyés au comité des sept, cliargé du travail sur la jurisprudence criminelle. Us n'en sortirent qu'en 1791, où le Code pénal porta enfin définitivement que tout condamné à mort aurait la tète tranchée, mais sans fixer encore le système de décapitation. Mon grandpèf e s'alarma vivement de cette décision qui, n l'on n'adoptait pas un moyen mécanique, menaçait de faire à l'habileté de l'exécuteur, dans les supplices, une part dont la responsabilité l'effrayait à bon droit. Il adressa au ministre de la justice un Mémoire dans lequel il lui représentait toutes les difficultés de la décollation par l'épée : la nécessité d'une fermeté et d'un courage qu'on ne rencontre point chez tous les patients ; l'impossibilité des exécutions mxQtiples, à cause de la fatigue àm épées sigettes à s'ébrécher ou à perdre leur fil.

nest oeitain, 8Qoatait-il dans ce Mémoire, que lonqu*il y aura plofiieurs condamnés à exécuter iuccessire- «lent,- la letrear <i«0 prodnm-eétte esécntion^ par, Taspoei

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dy Moig, véfftndut porlera Teffiroi et la IkiUuM d«A»râxa« des derniers à exécuter. Cette faiblesse, en ne leur permettant plus de se soutenir, mettra un obstacle invincible à Teiécution, ^i, si foù voUbit |$a(s8éfôtitre, detieïidrait on Téritable inaâiOtM^

BnfiDt une chose emoose eageatielfe k remaïquert c^ett que lorsque les condamnés auront des révélations à faire, et monteront à FHôtel-de-Yille, ce qui souvent conduit jusqu^à la nuit, Texéeution ne poum plus avoir lieu pour ]é Jeuî iodi^; cfeir iï stitai ittiposflitde de la fâke tox llamlMAux, kt lumière ne daBaant qu'une clarté douteuse^ mobile et susceptible de tromper le coup d'œil. Il faudra donc ajourner, c'est-à-dire prolonger Pagonie de ces malheureui, moui^nt de la pire de toutes les morts, la mort videiite et eontre le r&tnt d« la nature.

De toutes ces obs^rations, GharleB-Heary Saofon conciliait à Tindispeiisabilité d'adopter l'usage d'une maûhine qui fixât le paÉtent dans la position bodzontale, pour q^u'il n'e&t plus à soutenir le poids de son corps, et qui pecmlt d'opérer avec pli» de préoision et de iritteté que la main de l'hcoome n'en peut a^ir.

C'était bien aussi ce que cherchait Guillotin, et pour cela U n'avait point reculé à venir ptesieurs Mi ehfa muol ^praadr-père lui

LA aaïu/ymm 8(»

péiience spéciale de VhaoùOB qm Lbb doimait. attachait oartainement xuob givandç ajatorité. IIb avaifiDi m esusemble de longa entrelieEUB , maig dont il la'étaii sorti jnsqui^Ui que des coixLlxuiaieaiis défectueuses^ En vain on avait passé en revue tout ce qui dans le pa^sé et dans d'autres pays se rapprocb«it du type que rima^nation ne faisait que concevoir, sans pouvoir eneoife en arrêter la forme. Trois gravures aUemandes de Pentz, d'Aldegreder et de Lucas de Oanach, une gravure italienne de 1555, due à Achille Bocchi, ofEraient bien, quelques modèles, mais tous laissaient à désirer. La dermère de ces gravures repréaentait un instrument de supplice appelé la Mammia^ et dont on fr'était servi quelquefois en Italie, notamment à Gèsnes, 1ms de Texécution du fiiineux Miuq^trateur 6iuetiniani. L!appaseil était dressé sur u» échalaud, la haohe placés au haut de deu coulisses, le condamné 4 geiioux, la tète pesée sur un bUlet et l'exéeuteur contre va des siontaaia de la coulisse , lurèt è lAcber la owde qvi tenait la. bnoki^

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sociëtiëy et les gens de bien doiveiLt se dilater rhoimeur de le eombattre.

Peutr-étre éveillerons-nous la haine de quelques folliculaires fiBUQdéliques, ennemis du bon ordre* en défendant des hommes de bien qu'ils calomnient : peut-être chercherontils à nous couvrir de ridicule dans leurs pamphlets périodiques; un silence de mépris sera notre réponse, tant qu'ils ne porteront aucune atteinte à notre honneur, et nous poursuivrons toujours Terreur quand nous pourrons la découvrir.

Sed nos errorem, quo esse cunque receptet Insequimur.

Voilà notre profession de foi : c'est mériter de ses concitoyens, c'est rapporter à leur bonheur les connaissances qu'on a acquises que d'éclairer leurs opinions.

Signé : g.-h. bàmson et l.-q.-g. samson. Fondés des pouvoirs de tous nos confrères du royaume. Me MATON DE LA VARBNNB. avocat.

Chose étrange I ce Mémoire trouva des apologistes dans la presse. Le Fidèle Observateur, dans ses numéros 8, 9, 10, 11, 14 et 15; le Journal général de la Police et des Tribunaux, dans son numéro 70, en rendirent avantageusement compte ; et enfin VÂmi du Peuple, de Marat, lui consacra ces quelques lignes :

A L'ABSBMBLftB MATIONALE 915

Quoiqu'il n'entre pas dans le plan de notre journal d'eananew le» ouvrages nouveaux, ooun ne pouvons résister à Tan vie de faire connattre à nos lecteurs un chef-d'œuvre de sensibilité , de goût et d'érudition : c'est le Mémoire de M. Maton db la YAasNNB, jurisconsulte aussi estimable que liuérataur distingué , qui a plaidé avec tant de chaleur, d*éne^e et de suocès contre ks calomniateurs du sieur Sanson. Le préji^gé, qui voue les ep^écuteurs à Tinfamie, se trouve absolument détruit dans ce Mémoire qu'on ne peut lire sans attendrissement; et T Assemblée nationale, à laquelle il est adressé, ne peut qu'accueillir des réclamations qui ont pour base les droits imprescriptiUes de l'homme, de la raison et de la philosophie.

L attendrissement de Marat sur le sort des exécuteurs n'a rien qui doive surprendre ; toutefois, il ne parut point partagé par T Assemblée nationale. Comme pour les conclusions de 1766, les pièces restèrent sur le bureau et il n'y eut point de décision. C'est un moyen à l'usage de tous les temps d'éluder les questions difficiles.

Charles-Henry Sanson dut donc se contenter de la formule du décret, qui était d'ailleurs de nature à satisfaire des susceptibilités moins exigeantes que les siennes. Robespierre avait trèsjudicieusement dit; dans la séance du 24 déni 25

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société, et les geas de biea doiveni m disputer rhonneur de le e(Hnbattre.

Peut-être éveillerons-iious la haiae de quelques folliculaires faméliques, ennemis du bon ordre, en défendant des hommes de bien qu^ils calomnient : peut-être chercherontils à nous couvrir de ridicule dans leurs pamphlets périodiques; un silence de mépris sera notre réponse, tant qu'ils ne porteront aucune atteinte à notre honneur, et nous poursuivrons toujours Terreur quand nous pourrons la découvrir.

Sed nos errorem, quo esse cunque receptet Insequimur.

Voilà notre profession de foi : c^est mériter de ses concitoyens, c'est rapporter à leur bonheur les connaissances qu'on a acquises que d'éclairer leurs opinions.

Signé : g.-h. bih son et l.-g.-o. flAireoif , Fondée des pouvoirs de tous nos confrères du royaume. Me MATON DB LA VARENNB. avocat.

Chose étrange 1 ce Mémoire trouva des apologistes dans la presse. Le Fidèle Observateur, dans ses numéros 8, 9, 10, 11, 14 et 15; le Jownal général de la Police et des Tribunaux ^ dans son numéro 70, en rendirent avantageusement compte ; et enfin VAmi du Peuple^ de Marat, lui consacra ces quelques lignes :

A L'ASSBMBLÉB MATIONALE 805

Quoiqu'il n'entre fas dans le plan de notre journal d^aaaôEow len ouvrages nouYeaux, noua ne pouYons résister à Tenvie de faire connaître à nos lecteurs un chef-d'œuyre de sensibiîUé , de goût et d*érudition : c'est le Mémoire de M. Maton db la Yarbnnb, jurisconsulte aussi estimable que libérateur distingué , qui a plaidé avec tant de elialeur, d^énergie et de suocès contre les calomniateurs du sieur Sanson. Le préjugé, qui voue les «(scécuteurs à Tinfamie, se trouve absolument détruit dans ce Mémoire qu'on ne peut lire sans attendrissement; et T Assemblée nationale, à laquelle il est adressé, ne peut qu'accueiUir des réclamations qui ont pour base les droits imprescriptibles de Thomme, de la raison et de la philosophie.

L attend/nssement de Marat sur le sort des exécuteurs n'a rien qui doive surprendre ; toutefois, il ne parut point partagé par l'Assemblée nationale. Comme pour les conclusions de 1766, les pièces restèrent sur le bureau et il n'y eut point de décision. C'est un moyen à l'usage de tous les temps d'éluder les questions difficiles.

Charles-Henry Sanson dut donc se contenter de la formule du décret, qui était d'ailleurs de nature à satisfaire des susceptibilités moins exigeantes que les siennes. Robespierre avait trèsjudicieusement dit, dans la séance du 24 déni 25

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société, et les geas de biea doivent m disputer rhonneur de le e(Hnl>attre.

Peutr^tre éveillerons-iious la haiae de quelques folliculaires iaméliques, eanemis du bon ordre, en défendant des hommes de bien qu'ils calomnient : peut-être chercherontils à nous couvrir de ridicule dans leurs pamphlets périodiques; un silence de mépris sera notre réponse, tant qu'ils ne porteront aucune atteinte à notre honneur, et nous poursuivrons toujours Terreur quand nous pourrons la découvrir.

Sed nos errorem, quo esse cunque receptet Insequlmur.

Voilà notre profession de foi : c'est mériter de ses concitoyens, c'est rapporter à leur bonheur les connaissances qu'on a acquises que d'éclairer leurs opinions.

Signé : g.-h. sanson et l.-g.-o. SAirsoN , Fondée des pouvoirs de tous nos confrères du royaume. M« MATON DB LA VARENNB. avocat.

Chose étrange 1 ce Mémoire trouva des apologistes dans la presse. Le Fidèle Observateur, dans ses numéros 8, 9, 10, 11, 14 et 15; le Journal général de la Police et des Tribunaîuv^ dans son numéro 70, en rendirent avantageusement compte ; et enfin VAmi du Peuple^ de Marat, lui consacra ces quelques lignes :

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Quoiqu'il n'entre pas daiia le plan de notre journal d*aaaanear len ouvrages nouYeaux, noua ne pouYons résister à Tenyie de faire connaître à nos lecteurs un chef-d*œuYre de sensibilUé , de goût et d^érudition : c^est le Mémoire de M. Maton db la Yakbnnb, jurisconsulte aussi estimable que libérateur diatingné , qui a plaidé avec tant de chaleur, d^éneigie et de succès contre les calomniateucs du sieur Sanson. Le préjugé, qui Youe les «(scécuteurs à Tinfamie, se trouve absolument détruit dans ce Mémoire qu'on ne peut lire sans attendrissement; et T Assemblée nationale, à laquelle il est adressé, ne peut qu'accueillir des réclamations qui ont pour base les droits imprescriptibles de Thomme, de la raison et de la philosophie.

L'attendrissement de Marat sur le sort des exécuteurs n'a rien qui doive surprendre ; toutefois, il ne parut point partagé par l'Assemblée nationale. Comme pour les conclusions de 1766, les pièces restèrent sur le bureau et il n'y eut point de décision. C'est un moyen à l'usage de tous les temps d'éluder les questions difficiles.

Charles-Henry Sanson dut donc se contenter de la formule du décret, qui était d'ailleurs de nature à satisfaire des susceptibilités moins exigeantes que les siennes. Robespierre avait trèsjudicieusement dit; dans la séance du 24 déni 25

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Louis était médecin du roi, et son royal patron apprit la mission dont il renaît d'Mre investi. On connaît la passion de ce prince pour la serrurerie et son habileté à. traraiiler le fer. Il voulut donner des conseils à Louis dans ce travail et se faire rendre compte d'une question à laquelle il était, disait-il, intéressé comme souverain, puisqu'il s'agissait de la jurisprudence criminelle de son peuple. Le roi et son médecin furent curieux d'examiner le plan de la machine proposée par Guillotin. En conséquence, celui-ci fut mandé aux Tuileries par le docteur Louis , qui Tavertit sous main de se faire accompagner de mon grandpère, qu'une tierce personne présente à l'entrôtien voulait pouvoir consulter au besoin.

Cette conférence eut lieu le 2 mars 1792. Le palais des Tuileries n'était plus déjà que la tombe anticipée d'une monarchie expirante. En traversant avec Guillotin ces vestibules, ces longs corridors naguère remplis de la foule dorée des courtisans et aujourd'hui presque déserts, ou ne montrant çà et là que quelques visages pâles et soucieux, Charles-Henry Sanson se

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sentit mordre le coear d'une étreinte bien plus douloureuse encore que sous les somptueux lambris de Versailles où Téclat d'une cour brillante avait pu au moins étouffer la voix de ses pressentiments.

Us parvinrent ainsi jusqu'au cabinet du docr teur Louis, qu'ils trouvèrent assis sur une chaise devant une table recouverte d'un tapis de velours vert avec une frange d'or. Après quelques paroles gracieusement confraternelles échangées entre les deux médecins, Antoine Louis demanda à voir le plan de la machine. Guillotin lui donna le dessin de Schmidt, auquel mon grand-père avait ajouté une légende explicative en indiquant par des lettres alphabétiques remploi de chaque pièce. Tandis qu'il était en train de l'examiner, une portière en tapisserie fut soulevée et un nouveau venu parut dans le cabinet.

Le docteur Louis, jusqu'alors assis, se leva. L'arrivant jeta un regard froid sur Guillotin, qui s'inclinait profondément, et s'adressant brusquement à Antoine Louis, lui dit :

— Eh bien! docteur, qu'en pensez-vous?

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402 LA GUILLOTINE

— Cela me parait parfait, répondit le docteur et justifie pleinement tout ce que M. Guil^ lotin m'en avait dit. Du reste, jugez vouemême.

Et il passa le dessin à celui qui Tavait interrogé. Celui-ci le considéra un instant en silence, puis il finit par secouer la tôte en signe de doute.

— Ce fer en forme de croissant est-il bien là ce qu'il faut? Croyez-vous qu'un fer ainsi découpé puisse s'adapter exactement à tous les cous? 11 en est qu'il ne ferait qu'entamer, et d'autres qu'il n'embrasserait môme pas.

Depuis l'entrée de ce personnage, Charles- Henry Sanson n'avait perdu ni un coup d'œil ni une parole. Le son de cette voix vint lui prouver que sa première impression ne l'avait point trompé : c'était bien encore le roi qu'il avait devant lui ; le roi en habit sombre, sans ordres sur la poitrine, et qui, à l'attitude qu'il avait prise et imposait à ceux qui devaient le reconnaître, montrait qu'il voulait cette fois garder l'incognito.

Charles-Henry Sanson fut frappé de la jus-

LA GUILLOTINE

tesse de son obsenration, et, portant machinalement les yeux sur le cou du roi, que de nûnces cravates de dentelles laissaient toujours découvert, il remarqua que ce prince, du reste très-vigoureusement constitué , avait un cou musculeux dont les proportions dépassaient de beaucoup le croissant indiqué par le crayon de Schmidt. Un frémissement involontaire s'empara de lui ; et, comme il restait plongé dans une sorte de rêverie, il entendit encore la voix du roi qui disait bas au docteur Louis, en le désignant du regard :

— Est-ce V homme?

Le docteur fit un signe affirmatif.

— Demandez-lui son opinion , reprit alors Louis XVI.

— Vous avez entendu l'observation de monsieur, fit le médecin du roi ; quelle est votre manière de voir sur la forme du couperet?

— Monsieur a parfaitement raison, répondit mon grand-père en appuyant avec une certaine affectation sur le mot monsieur ; la forme du couperet pourrait amener quelques difficultés.

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Le roi sourit d'un air satisfait; puis, prenant une plume sur la table du docteur Louis, il corrigea le dessin en substituant au croissant une ligne oblique.

— Du reste, je puis me tromper, ajouta-t-il, et lorsqu'on fera des expériences, U faudra essayer les deux manières.

Puis il se leva et se retira en saluant de la main. Ce n'était plus déjà le jeune roi que mon grand-père avait vu quelques années auparavant à Versailles, et dont la physionomie respirait alors une douce sérénité ; c'était un monarque vieilli avant l'âge, dont les traits altérés portaient l'empreinte de la fatigue et de cruels soucis. Par moments de sombres éclairs passaient dans son regard; une irritation mal contenue plissait son front, et ce n'est qu'à la longue que la débonnaireté de sa nature reprenait le dessus. Louis XVI, captif de son peuple, de l'Assemblée, depuis son retour de Varennes, avait dû penser plus d'une fois au sort de Charles I", et qui sait quelles amères réflexions traversèrent peut-être son esprit lorsqu'il retoucha le dessin de Schmidt.

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Telle fut sa seconde entrevue avec mon grand-père; mais cette fois le roi, aigri et devenu défiant, ne se faisait plus un devoir ni un plaisir de se laisser approcher de tous ses sujets. Aussi Monsieur et Vhomme, le roi et le bourreau, durent-ils observer un strict incognito. Ils ne devaient se retrouver que trop officiellement le 21 janvier suivant.

Cinq jours après cette conférence des Tuileries, c'est-à-dire le 7 mars, Antoine Louis présentait à l'Assemblée son rapport, dans lequel il proposait purement et simplement le mécan nisme dessiné par Scbmidt, avec Taltemative, après essai, de Tune ou l'autre forme de couperet. Le 20 mars, l'Assemblée adopta les conclusions de ce rapport, et le docteur Louis fut chargé de faire établir la première machine à décapiter. Il s'adressa à un nommé Guidon, midtre charpentier, qui demanda cinq mille cinq cents francs pour ce travail.

Quand la machine fut achevée, mon grandpère et deux de ses frères furent appelés à la prison de Bicètre pour en faire l'essai sur trois cadavres. Cette expérience eut lieu le 17 avril

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1792, dans la cour de Bicètre, en piésence des docteurs Antoine Louis, Philippe Pinel et Cabanis. Les prisonniers, qu'on avait Mt rentrer, contemplaient avidement de leurs fenêtres ce sinistre spectacle.

On décapita successivement trois cadavres, qui avaient été fournis par la direction des hospices. Les deux premières exécutions avec la lame en ligne oblique, comme l'avait indiquée le roi, réussirent; la troisième, avec le fer taillé en croissant, conformément au dessin de Schmidt, manqua. En conséquence, la cause de la lame oblique était gagnée.

Huit jours après , mon grand-père avait à faire la première application de. ce nouveau système sur un condamné vivant, le nommé Jacques-Nicolas Pelletier, condamné le 24 janvier précédent pour vol avec violences sur la voie publique. On n'était pas sans inquiétude sur l'attitude du peuple à l'aspect de ce nouvel instrument de mort, ainsi que le prouve la lettre suivante, adressée par Rœderer, procureur général syndic, à Lafayette, commandant général de la garde nationale :

LA QUILLOTINB iffl

Paris, 25 avrU 1792.

Le nouveau mode d*exécation, Monsieur, du supolioe de la tète tranchée, attirera certainement une foule considérable à la Grève, et il est intéressant de prendre des mesures pour qu'il ne se commette aucune dégradation à la machine.

. Je crois, en conséquence, nécessaire que vous ordonniez aux gendarmes qui seront présents à Texécution, de rester, après qu'elle aura eu lieu, en nombre suffisant sur la place et dans les issues, pour faciliter Tenlèvement de la machine 0t de réchafaud.

R(SDBRBR.

On se souvenait peut^re du dernier chapitre de rhistoire de la roue, et on oraignait que Tef* fervescence populaire ne lui fit un digne pendant par un premier chapitre à. sa façon de l'histoirede la machine à décapiter, que les uns appelaient déjà louison ou louiseUey du nom du docteur Louis, et les autres guiUoUne, du nom du docteur Guillotin. On sait que c'est cette dernière appellation qui a prévalu. Il n'en fiit rien. Si le ch&timent infligé à Pelletier était trop sévère, le criminel n'en était pas moins un de ces scélérats vulgaires dont le sort ne saurait

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exciter ni une généreuse pitié ni une véritable sympathie. Malgré une affluence prodigieuse, tout se passa donc dans le plus grand ordre et avec un calme parfait.

Cette exécution confirma pleinement les judicieuses observations de mon grand-père. Pelletier, tombé dans un affaissement complet, fat porté plutôt qu'il ne marcha au supplice. S'il eût dû être exécuté à Tépée, il aurait fallu le hacher à terre pendant qu'il se serait débattu, mu par l'instinct de la conservation.

Ce serait peut^re ici le lieu d'examiner si la guillotine est en effet le genre de supplice le moins douloureux, et si elle a, par conséquent, rempli les vues d'humanité de ses inventeurs , ou si, comme quelques anatomistes on peu paradoxaux ont essayé de le prétendre, elle engendre au èbntraire des souffrances horribles, et en quelque sorte posthumes, parce que le sentiment, la personnalité, le moi, subsistent encore^ un certain temps après que la tète a été séparée du corps, et font éprouver au patient ramère-douleur de la section du cou; mais je préfère lû^^uner l'étude de cette im-

LA OUILLOTlNft m

portante question à l'époque où, racontant mes propres souvenirs, je pourrai mettre dans la balance le faible contingent de mes observations et de mes impressions personnelles.

Le temps marche, d'ailleurs, et nous approchons d'événements si considérables, qu'il serait inexcusable d'en retarder ou d'en inte^ rompre le rédt.

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