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Epouvanté de la responsabilité qu'il encourrait, mon grand-père confia ses angoisses à quelques^-uns de ceux qui Tentouraient , en les suppliant de courir à la Commune expliquer la situation et demander que l'exécution fut ajournée.
Cette communication fut accueillie par des huées, et à mesure que de proche en proche la nouvelle gagnait les rangs les plus éloignés, les clameurs devenaient plus générales et plus intenses.
Alors un jeune homme à la figure imberbe, et coiffé du bonnet rouge, fendit la foule et s^avança.
— Ah, dit-il, tu veux sauver les ennemis de la nation, tu es im traître, et nous allons te faite montrer ton nez par la lucarne de la guillotine.
Charles-Henry Sanson lui répéta avec une certaine impatience, ce qu'il avait dit à ses camarades.
— Tes aides sont saouls? s'écria le jeune homme. Des aides tu en trouveras dans tous ceux qui t'entourent. Le sang des aristocrates
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doit dire le ciment du bonheur de la nation, et il n'est pas un patriote qui ne soit fier de le faire couler, n'est-ce pas vous autres ?
On lui répondit oui ; mais cependant le c^^ oie allait en s'élargissant très-rapidement à cette mise en demeure. Les plus rapprochés s'écartaient avec un empressement qui indiquait que leurs sentiments n'étaient pas à la hauteur de ceux que ce chaud patriote venait d'exprimer.
Mon grand-père comprit que cette défaillance générale pourrait bien gagner son interlocuteur lui-même, et il se h&ta de le mettre dans l'impossibilité de reculer en le prenant au mot et en acceptant son oflre.
Le patient, descendu de la charrette, se refusait à monter les marches qui conduisaient sur la plate-forme. Il fallut le porter, et, bien que de nouvelles cordes eussent été ajoutées à ses liens, ses soubresauts étaient si violents, que mon grand-père, qui l'avait pris à bras-le-corps, feillit tomber à la renverse.
Lorsqu'il aperçut la machine dont la sil-^ houette se dessinait sur la noire feçade du
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palais, une nouvelle révolution s'opéra dans la pauvre créature. Sa fureur devint du désespoir, ' de grosses larmes avaient jailli de ses yeux hagards et fixés sur le couteau triangulaire dont l'acier scintillait à la clarté des torches, et avec un accent lamentable, H demandait grftce; il criait : Je ne veux pas mourir I
La foule était devenue silencieuse; aux frémissements qui couraient dans les rangs, on voyait que la pitié avait gagné les cœurs les plus durs.
L'exécuteur ûnprovisé faisait bonne contenance ; cependant sa pâleur, son front baigné de sueur indiquaient qu'il avait un terrible combat à soutenir contre lui-même.
Enfin, après une nouvelle lutte, le patient fut bouclé sur la bascule, mais ses contorsions étaient encore si puissantes, qu'un des aides dut se coucher sur lui pour le maintenir.
Il continuait de crier et de demander grâce.
CharleB-Henry Sanson avait dit au jeune homme qu'il ne pouvait mieux honorer le patriotisme dont il venait de fournir un si écls^ tant témoignage qu'en lui cédant le premier
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rdle, et il lui avait mis dans les mains la corde qui correspondait au couperet.
Au signal qu'il lui donna, le jeune homme fit jouer cette corde, le couteau s'abattit, les cris cessèrent, la tète roula dans le panier.
Depuis que le peuple devenait Mand dé supplices, il exigeait qu'on lui montrât les tètes que la guillotine venait d'abattre.
Le mouvement de pitié qui, pendant un instant, avait attendri la multitude s'était en allé avec la vie du patient, et mille voix récla^ maient le complément du spectacle.
M(Hi grand-père expliqua au jeune homme ce qu'il avait à faire, en lui proposant toutefois d'ordonner & un aide de le remplacer si ses répugnances étaient trop vives.
Il refusa avec dédain, presque avec colère ; il souleva le couvercle du panier de cuir, prit la tète par les cheveux, s'avança sur le devant de la plate-forme et, au moment où il élevait le bras pour montrer ce sanglant trophée, il tomba lui-même à la renveree.
On courut à lui. On croyait à un évanouissement, conséquence d'une émotion trop vio-
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lemment eomprimée. — Cette lutte intérieure avait fait plus : elle avait provoqué une apoplexie foudroyante qui l'avait tué.
Telle fut la première exécution du Carrousel, qui devint pendant plusieurs mois le théâtre des exécutions.
La Commune le voulait ainsi, peut-être pour infliger ce suprême alfront au palais du dernier roi; peulrêtre pour associer constamment le peuple, dont cette place était devenue le rendez-vous, aux excès que méditaient déjà les chefs des Jacobins; peut-être aussi, pour tenir Tinstrument de mort en permanence dans le voisinage de TAssemblée, et pour faire ainsi pressentir aux législateurs présents et futurs que leurs opinions seraient pour eux une meilleure sauvegarde que l'inviolabilité qu'ils s'étaient décrétée.
Dans ces temps d'orage, la défense n'était pas moins ftpre et moins violente que l'attaque. Les écrivains royalistes luttaient de verve et quelquefois d'insolence avec leurs adversaires du parti patriote. Deux journalistes, Suleau et Durosoy avaient acquis, par la véhémence de
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leurs publications, le périlleux honneur d'assumer sur leurs tètes, les haines populaires les plus ardentes.
Homme de tète et d'action, batailleur de plume et d'épée, le premier avait, lo 10 août, défendu le trône les armes à la main. Reconnu par Théroigne de Méricourt, que le hardi pamphlétaire avait poursuivie de ses sarcasmes, et à laquelle, jouant sur l'équivoque, il donnait le député Populvs pour amant, le rédacteur des Actes des Apôtres avait été massacré dans la cour des Feuillants, à l'instigation de la sanglante amazone.
Moins heureux que son confrère, Durosoy, rédacteur de la Gazette de Pa/rîs et du Royor- Uste, subit les angoisses du supplice jusqu'alors réservé aux criminels. Condamné le 26, il fut exécuté le lendemain, et mourut avec une grande fermeté. Un ancien officier, nommé Collinot-d' Angremont, accusé d'embauchage et de participation à ce qu'on appelait la conjurar^ tion du 10 août, lui succéda sur Téchafaud.
Le 29 août, Laporte, intendant de la liste civile, portait la peine des prodigalités dont il