‹ Sept générations d'exécuteurs 1688-1847 (volume 5)Chapitre 13 sur 27 · LES QUATRE SERGENTS DE LA ROCHELLE · texte numérisé non relu

LES QUATRE SERGENTS DE LA ROCHELLE

d'y mourir pour la plus sainte des causes. Pai'donnez-moi de vous avoir entraînés à cette mort tragique ; mais notre sang ne sera point une semence stérile. Vive la liberté I

Les trois sergents pressent Boriés dans leurs bras et répètent avec un enthousiasme indicible le cri qu'il vient de proférer. Aussitôt la toilette funèbre commence; tous en subissent avec une noble résignation les tristes apprêts ; Raoulx, le plus jeune, avec une pointe de gaieté qui n'était pas exempte de malice :

— Pauvre Raoulx, disait-il faisant allusion à sa petite taille. Quand on lui aura coupé la tète, que va-t-il rester?

Goubin souriait des plaisanteries de son jeune camarade et y mêlait de temps à autre im mot piquant. Pommier seul restait sombre, inaii^ calme et ferme. Quant à Bories, îl avait le stoïcispae d'un Romain.

On devait partir deïa Conciergerie à quatre heures; à cinq heures nous y étions encore. Pendant cette longue heure d'angoisses et de mortelle attente, le conseil des ministres délibérait sur la question de savoir si on ne ferait

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point aux condamnés grâce de la vie. Le roi Louis XVIII, dit-on, inclinait à donner cette marque de clémence ; le pavillon Marsan , Monsieur et ses amis étaient de Tavis contraire. Cet avis fut soutenu dans le sein du conseil par M. le comte de Peyronnet, alors garde des sceaux, et il finit par prévaloir. Pendant ce temps4à, on avait fiait de nouvelles tentatives près de ces malheureux jeunes gens pour leur arracher des révélations qui eussent eu pour résultat infaillible de vider la question en leur faveur et de sauver leurs tètes; ils avaient été Tun après Tautre devant un magistrat qui avait dit à chacun d'eux , qu'il dépendait de la sincérité de celui qui ferait des aveux complets et révélerait les ramifications du complot, de se soustraire au supplice de ses camarades. On espérait par là les amollir. Vain calcul, ils furent inébranlables.

A cinq heures, il fallut bien se décider à partir, les condamnés étaient restés muets ; le conseil des ministres avait décidé Texécution de la sentence. Le convoi funèbre s'achemina rapidement et sans obstacle, par le pont au

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Change et le quai jusqu'à la place de Grève. L'affluence était bien des plus considérables , mais on avait déployé un appareil militaire si imposant, que la liberté du passage put être facilement maintenue. On assure même que c*est par suite de ce luxe de précautions , que les coreligionnaires politiques des malheureux sergents, durent renoncer à l'espoir de les délivrer pendant le trajet, comme ils en avaient conçu le dessein.

Arrivés au pied de l'échafaud, ils persistèrent dans leur refus de prêter l'oreille aux exhortations de l'ecclésiastique qui les avait accompagnés. Bories appartenait, du reste, au culte protestant. Ils se réunirent encore tous les quatre dans un dernier et suprême embrassemement; puis Raoulx se détacha le premier de ce groupe qui allait être la proie de la mort,, en disant :

— Allons, pauvre Raoulx , c'est à toi, quoique tu sois le plus jeune, à donner l'exemple.

n monta, d'im pas ferme, l'escalier qui conduisait sur la plate-forme. Deux aides s'emparèrent de lui, et comme on le liait sur la

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planche, il jeta pour adieu à ses amis et à la foule, les mots par lesquels Bories les avait accueillis lorsqu'ils s'étaient retrouvés à la Conciergerie.

— Vive la liberté !

Après, ce fut le tour de Goubin, qui ne montra pas moins de courage ; il gravit aussi résolument les marches fatales et, comme celui qui venait de le précéder, il cria d'une voix vibrante et assurée :

— Vive la liberté 1

Pommier fut exécuté le troisième, il rompit le silence, qu'il avait gardé jusque-là, pour pousser le môme cri que ses camarades. Enfin, ce fut à Bories; on avait infligé à celui qui avait offert si généreusement sa vie pour sauver ses amis, la douleur de les voir périr tous. La vue de ce triple supplice avait fini par ébranler l'âme stoïque du jeune sergent ; ses yeux étaient pleins de larmes ; mais lorsqu'il fut arrivé sur l'échafaud , il reprit toute son assurance et fixant sur la foule un regard profond , il prononça d'une voix forte les paroles suivantes :

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