SES ÉTATS DE SERVICE DANS L'ARTILLERIE
norable qu'il reçut à son tour en ces temps do bouleversement :
MANUSCRIT DE MON PÈRE
« Un dimanche du mois d'octobre 1793, on venait de battre le rappel pour que le3 citoyens de notre section s'assemblassent au lieu de leur réunion ; je m'étais donc rendu à l'église Saint-Laurent. Après la séance, comme je redescendais avec quelques amis, je fus accosté par un groupe assez nombreux, composé pour la plupart d'ouvriers, et parmi lesquels il me semblait reconnaître quelques figures qui ne m'étaient point étrangères. Un de ces individus, portant la parole pour tous, me dit :
— Citoyen Henry Sanson, nous sommes le noyau des hommes qui doivent former la nouvelle compagnie des canonniers de la section. L'ancienne étant partie ces jours derniers pour l'armée, nous avons été autorisés à en reformer une autre, et voici la décision qui nous
invite a. nous assembler aujourd'hui pour nomv n
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mer nos officiers. Nous vous connaissons depuis longtemps, et nous serions très-flattés do vous avoir dans notre compagnie, ainsi que les personnes qui vous accompagnent.
o Si cet individu ne m'avait appelé par mon nom et prétendu, ainsi que ses camarades, me connaître depuis longtemps, j'aurais cru qu'il y avait méprise, et pour ne point m'exposer à Atre reconnu plus tard, je me serais empressé de refuser de la manière la plus positive; mais je me sentis touché, je ne le cache point, par cette prévenance et je voulus au moins m'excuser avec politesse. Je leur fis donc observer que je faisais déjà partie de la garde nationale, où j'occupais le grade de sergent, parce que je connaissais un peu le service de l'infanterie, mais que je n'avais aucune teinture de celui de l'artillerie.
» — Qu'est-ce que cela fait? dit en riant un jeune homme d'une physionomie ouverte. Nous avons un bon instructeur, et dans un mois vous en saurez autant que nous. Vous savez monter à cheval et faire des armes, c'est l'essentiel pour être militaire. Quant au grade, vous ne
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savez pas nos intentions, ajouta-t-il en insistant sur ce mot; acceptez nos offres et vous verrez que vous n'en serez pas fâché.
» Je hasardai quelques objections, niais on les combattit si vivement, on me sollicita avec tant de bonne grâce, qu'il fallut céder. D'ailleurs, en pareil temps, il n'était guères prudent de résister aux manifestations populaires; car, de favorables, elles pouvaient aisément devenir hostiles et se retourner contre celui qui n'aurait pas su en profiter. Le moindre prétexte suffisait pour vous taire accuser d'inci- \isme et considérer comme suspect.
» Me voilà donc parti avec mes nouveaux compagnons d'armes pour le local où les élections des officiers de cette compagnie d'artillerie devaient avoir lieu. Quelle ne fut pas ma surprise de me voir, à peine arrivé, nommé par acclamation président de l'assemblée électorale et un de mes amis secrétaire? On nous adjoignit quatre scrutateurs qui complétèrent le bureau, et aussitôt le vote commença par la nomination du capitaine. Je marchais d'étonnement en étonnement, car je ne tardai pns à
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m'aperce voir que les suffrages se portaient sur moi pour ce grade. J étais aussi ému que flatté; mais, pénétré de mon insuffisance a. remplir un poste dont je n'avais pas la moindre notion, je m'efforçai d'en décliner l'honneur. Toutes représentations furent inutiles ; on m'accusa de feinte modestie, et je fus nommé bon gré mal gré. Mon oncle, qui était avec nous lorsque je lis cette singulière rencontre, fut nommé souslieutenant, et celui de mes amis qui avait fait partie du bureau en qualité de secrétaire, sergent-major. Ce dernier, qui était tout jeune, ne pouvait contenir sa joie. C'était un nommé Masson, garçon plein d'esprit et doué d'une certaine instruction. Il travaillait ordinairement pour les procureurs, et c'est chez celui chargé des affaires de notre famillo que j'en avais fait connaissance. Nos âges et nos caractères sympathisaient; nous n'avions point tardé à. nous lier étroitement. Il venait presque tous les dimanches diner chez mon père, qui recevait ce jour-là les rares amis qu'on peut avoir dans notre profession. C'est à l'issue d'un de ces repas qu'eut lieu l'aventure que je rap-