‹ Sept générations d'exécuteurs 16881847 Mémoires des Sanson mis en ordreChapitre 3 sur 24 · RS · texte numérisé non relu

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cointre, volontaire au 19* d'artillerie; Gustave Thézut d'Aumont, ex-noble; Lucien Lecocg, domestique de l'exministre Rolland, convaincus d'avoir répandu de fausses nouvelles à reflet de décourager les citoyens; Charles François, dit Cadet, cultivateur à Champrosay; Antoine Rayer, laboureur, et Pierre-Lèopold Bachelier, cultivateur au même lieu, complices de la conspiration dont le district de Rosay a été le théâtre ; Raoul Lecinque, commissaire aux ventes ; Prospcr Démonta domestique ; Jean- Stanislas Larget , commis aux domaines nationaux , convaincus de s'être associés aux complots du 10 août ; Henri Dessault, ex-noble, à Montlaurent (Ardennes); Nicolas-Philippe Boucher, notaire à Bar^les-Busancey ; Jean Chanzy, laboureur; Jean-Baptiste Bourgeois, employé à Mézières; J acqucs-Sosthènes Grommer, notaire àChamery; Ê tienne Deshay es, homme de loi à Réthel; Paid Namur, laboureur à Lucques ; Jacques Legrand, laboureur à Gouvelemond ; Joseph-Jean Lemaire, maître de forges; Jean-Baptiste Blay, laboureur à Wadelicourt ; Charles-Joseph-Remi Gérard, ex-procureur à la maîtrise des eaux et forêts , et Maximilicn-Georges Gérard, homme de loi, les douze derniers administrateurs du département des Ardennes, et comme les victimes du 15 prairial envoyés à Paris par un décret des représentants en mission.

21 prairial. La fête à l'Ëtre-Suprème a eu lieu hier; on a amené en son honneur les fleurs de dix lieues à la ronde , mais son pontife n'a point laissé tomber les paroles de miséricorde qu'on attendait de lui, et qui, peutêtre, eussent été plus agréables encore à celui qu'on célébrait que les forêts de roses, d'épis

et de pampres qui voyageaient par les rues. Nous avons démonté l'échafaud dans la nuit de nonidi et remisé jusqu'à la dernière des pièces; cela n'avait pas peu contribué à donner créance aux bruits d'amnistie. Le hideux égout où fermente tant de sang humain a été caché sous des madriers recouverts de sable, mais on n'est point parvenu à amoindrir l'odeur infecte qui s'en exhale. Les pauvres morts protestaient du fond de leur tombe contre les hommages sacriléges que des hommes impitoyables prétendaient adresser au Dieu de justice et de pardon. Si brillante qu'ait été cette journée , il s'en faut que tous en aient emporté une impression favorable. On dit que pour les Conventionnels cette fête aura été celle de la discorde bien plutôt que celle de l'Être-Suprême. Si Robespierre n'a pas revendiqué le plus beau privilège de la royauté, la clémence, il paraît qu'il s'en est au moins approprié les formes hautaines. La liberté que nous promet la devise républicaine a été jusqu'ici assez chimérique pour que l'on attache un plus grand prix aux derniers mots de la formule : l'cgalité dou-

teuse qui nous reste peut-être, et la fraternité qui nous manque. Du programme , nous n'avons que la dernière alternative : la mort ! car pour ce qui est de l'égalité il faut avouer que Robespierre l'aurait traitée fort cavalièrement, en affectant de se distinguer de ses collègues. On lui reproche d'avoir fait attendre la Convention sur son amphithéâtre au Jardin national; d'avoir précédé les représentants à une distance assez considérable, pendant le trajet des Tuileries au champ de l'Union, afin de les désigner au peuple comme un troupeau marchant docilement sur les pas de son chef; il n'y a pas jusqu'à la recherche de sa mise, jusqu'aux proportions énormes du bouquet qu'il tenait à la main dont on ne lui fasse un grief, et qui n'aient été pour quelques républicains farouches la manifestation évidente de ses tendances à la royauté. S'ils ne se trompaient pas, Robespierre aurait certainement laissé échapper l'occasion ; d'après ce que j'ai entendu moi-môme dans les groupes, je crois que le peuple, qui est saoul de supplices, n'attendait qu'un mot pour le porter sur le pavois.

Cette occasion, la retrouvera-t-il ? Les passants, qui, le décadi, avaient vu nette la place de la guillotine, ont pu croire aux contes de fées en l'y retrouvant le primidi au point du jour. Nous avons commencé à replacer les échafaudages à minuit, alors que passaient encore des porteurs de guirlandes attardés du Champ de la Réunion, et après quatre heures de l'aprèsmidi le couteau tombait vingkdeux fois (1).

(1) Condamnés et exécutés le 21 prairial : Louis de Pons, ex-noble; Robert de Pons, fils du précédent, officier de marine au service des Etats-Unis d'Amérique; Marie-Rosalie de Pons, et Elisabeth de Pons, religieuses, sœurs de Louis de Pons ; Etienne-Rouganne de Prinsa, ex-président du tribunal de conciliation à Moulins ; Antoine- Joseph Veylard Fond- Bouillant , marchand de tabac ; Charles Perrey, ex-maître des comptes à Dijon ; Louis- Philippe Croissy, ex-curé à Etalon (Saône-et-Loire), intelligences avec les ennemis, propos contre-révolutionnaires; Raoul-Marie-Léopold Stabenrath, ex-avocat et député à l'Assemblée législative, et Mathieu-Léopold Stabenrath, son frère, secrétaire communal à Châteauneuf; Pierrt- Louis Beau/ils, juge de paix du canton de Laferté-lès-Bois; Louis-Joseph Lepelletier La Bidouderie, lieutenant général au bailliage de Châteauneuf; Jean-George Le Boulanger, garde général des bois nationaux à La Ferté-lès-Bois ; Nicolas-Marie-Antoine Phorticn d'Epinay, ex-noblc et lieutenant-colonel des grenadiers de Champagne; Jean-

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22 prairial. Aujourd'hui le tribunal a recommencé de juger les suspects envoyés à Paris par les représentants en mission dans les départements. Treize habitants de la ville de Cosne ont comparu ce matin ; dix ont été condamnés, et avec eux trois particuliers originaires de diverses villes (1).

Antoine Herbault, cultivateur à Chàteauneuf ; Picrre- Robert Gaurieiuc-Dcvaue, régisseur à La Ferté-les-Bois ; Jacques Lepclletier, cafetier à Munich (Bavière); Antoine Guerbois, tapissier de Gilbert-des-Voisins ; Jean-Baptiste Auvray, commis chez un payeur de rentes; Pierre-Louis Vallée, administrateur du district du Puy-la-Montagne ; François-Gérard Cormeaux, ex-curé de Plintel (Côtesdu-Nord), pétitions en faveur de la tyrannie, destruction des arbres de la liberté, connivence avec les rebelles de la Vendée, propos contre- révolutionnaires, etc.

(1) Antoine Pirant, ex-président de l'administration du district de Cosne; Pierre-Etienne Gog. vice-président au môme distriet ; Gilbert Chaumorot , maître de poste à Cosne ; Paul-Frédéric Caradier, marchand de tabac et greftier du juge de paix ù Cosne ; Auguste Maignan de Champroniain, juge de paix ; Charles Perrier, officier de santé et commandant la garde nationale; Prosper Lcelerc, notaire et commissaire national; Emile Lafaye , ex-accusateur public au tribunal du district; Jacques Rocher, marchand de bœufs, et Constant Blot, toucheur de bœufs, tous demeurant à Cosne: conspiration, malversations, V 13

23 prairial. Nous sommes bien loin du 19 et des espérances que chacun fondait sur la fete du lendemain. Le tribunal révolutionnaire est modifié ; mais ce n'est pas comme chacun le souhaitait, comme chacun le voulait, comme si peu osent le demander. D'après le nouveau décret, les rigueurs vont grandir, si impossible que cela semble; les juges , les jurés, que nous accusions d'être impitoyables, sont considérés comme des modérés, éliminés et remplacés. Que devons-nous attendre de ceux que l'on met à leur place. Les révolutionnaires les plus décidés ont frémi ; Ruamps s'est écrié : « Si ce décret était adopté, je me brûlerais la cervelle ! » Lecointre a demandé l'ajournement, et c'est

Robespierre lui-même, auquel tant de gens attribuaient des pensées de clémence, qui a enlevé le vote de la Convention. Le nouveau tribunal est ainsi composé : pyrsiiletit, Dumas;

infidélités dans le«= fournitures, manœuvres tendant à provoquer la disette; Benjamin- Antoine-Alexis Hardy, préposé aux subsistances militaires à Dunkerquc ; Pierre Maurice, marchand de bœufs à Orléans; Charles Couricuit, herbager à Blonville (Calvados), convaincus, comme les précédents, d'infidélités dans les fournitures.

vice-présidents , Coffinhal, Sellier et Naudin, ci-devant substitut; accusateur public, Fouquier; substituts, Gribeauval, Royer, Liendon, Givois, agent national du district de Cusset ; Legracieux, employé à la trésorerie nationale de Strasbourg; juges, Ragmey, de Liège ; Foucaut, Vertreuil, Bravey, Barbier, de Lorient; Harny, Garnier, Launay, professeur de réthorique à Châlons; Laporte et Félix, membres de la commission militaire de Tours; Loyer; jures , Renaudin , Benoitrais , Fauvetti , Lumière, Fineaux, Gauthier, Meyère, Chatelet, PethVTressin, Trinchard, Topino-Lebrun, Pijor, Girard, Presseiin, Didier, Villate, Dix-Août, Laporte, Ganney, Brochet, Aubry, Gemont, Prieur, Duplay, Devize, Desboisseaux, Nicolas, Gravier, Billon, Subleyras, Laviron aîné, cultivateur à Créteil ; Fillon , fabricant à Commune- Affranchie ; Potherel, de Chalonssur-Saône; Musson, cordonnier à Commune- Affranchie; Marhel, artiste; Laurent, membre du comité révolutionnaire de la section des Piques; Viilers, Moulin, Deprau, artiste; Emmery, marchand chapelier; La fontaine,

Blachol, payeur à l'armée des Pyrénées-Orientales; Debeaux , greffier du tribunal de Valence ; Gouillut, administrateur du district de Béthune; Dereys, Duquenel, Hannoyer, Butins, Pechet, ïsierguin, membre du comité de . surveillance de Mirecourt. Le nouveau tribunal se divisera en sections ; chaque section sera composée de trois juges et d'au moins sept jurés. Il résulte de cette nouvelle organisation que quatre sections peuvent à la fois envoyer leur contingent à la guillotine (1).

(1) Condamnés et exécutés le 23 proirial : François Darmaing de Dougcry, ex-avocat à Pamicrs ; Jcan-Baptistc- Gabriel Darmaing, juge de paix à Foix; Jacques Mont- Sirbault , commis-greffier à Pamiers; Joseph-Pierre Mont-Sirbault, apothicaire à Pamiers; Jean-Pierre Rigal, propriétaire à Pamiers; Louis Rigal-Moignier, laboureur à Jcan-dc-Falga (XfU'^c); Julien Pahna de Fraxinc, ex-lieutenant civil à Pamiers; Jacques Larue , exavoué à Tarascon ; Xorbcrt-Xicolas Caste! . négociant à Foix ; Jean-Jacques Pcrrin, juge à Amiens , conspiration contre la représentation nationale ; Sicolas Jcannin, journalier; Denys Courtin, brigadier à la 52* division de gendarmerie; Pierre Robert, charron ; Grégoire Lucas, fournisseur de l'équipement militaire ; Louis Lamcudin, fournisseur de bois pour l'armée; Bapt iste-Jacques Hébert, aussi fournisseur de bois, infidélité dans leurs fournitures; Charles-jilaurice Chapus-Dubost et Charles-Georges

25 prairial. On a accordé satisfaction aux plaintes des citoyens de la rue Honoré, qui ne supportaient plus le passage de nos charrettes. Avant-hier, comme j'allais me mettre au lit, j'ai été mandé à la maison de justice, où Royer, substitut, et deux administrateurs de la Commune, m'ont donné l'ordre de débarrasser la place de la Révolution de la guillotine, et de la transporter sur la place de la ci-devant Bastille. Les charpentiers ont travaillé aux torches toute la nuit. Voulant donner une nouvelle activité aux supplices, il a sans doute paru nécessaire de les fournir de spectateurs dont les haines ne fussent pas émoussées; on comptait sur les citoyens du faubourg patriote, travail-

Chapus-Dubost de Champcourt, son frère, tous les deux sans profession; Edouard-Antoine Chapus-Dubost, exnoble et commissaire près le tribunal du district de Cusset; Jeanne-Delphine Tei/ras, sa femme, convaincus d'intelligences avec les ennemis. C'était le fils du conventionnel Vadier qui avait dénoncé une prétendue conspiration des habitants de Foix et de Pamiers, et les avait envovés au tribunal révolutionnaire ; on l'accusait d'avoir assouvi, par cette lâche vengeance, sa rancune haineuse contre un de ces malheureux qui avait refusé de lui donner sa fille.

lî'S JOURNAL

leurs laborieux, mais pauvres, pour former un public plus enthousiaste que celui du quartier des Tuileries; on s'est bien trompé. Noussom- . mes arrivés par la rue Antoine avec dix-huit condamnés dans trois charrettes. C'étaient les nommés : Charles Noël, chirurgien à Roye ; Hihlebert Lamarre, garde-chasse; Etienne- Henri Cousin, gendarme; Mathieu-Joseph Langlois, domestique; Baptiste Bardy, marchand d'almanachs; Pierre Chabault, gardebois; Jean-Baptiste Curtef, rentier; Paul- Auguste - Alfred Husson, matelot; Jean- Baptiste Marinot, meunier; Louais Turpeaux, sous-chef d'administration à la marine ; André Moreau, soldat vétéran ; Denis Beron, vigneron; Jules-Henri Richard, bourrelier; Jean- Baptiste Geoffroy, ci-devant percepteur aux contributions; Joseph Ignar, grenadier au bataillon de la Côte-d'Or; Jean-Paul Baudonnet, ex-curé; François Douillard , libraire. Lorsque nous avons débouchédela rue Antoine, des cris, des huées, des sifflets même nous ont accueillis. Ce peuple-là n'était pas aussi timide que celui de la place de la Révolution, et en

s'apercevant que les malheureux que nous conduisions n'avaient rien de l'extérieur des aristocrates, on ne se gênait plus pour les plaindre et pour faire ses réflexions à voix haute. Plus nous avancions et plus l'impression devenait mauvaise. J'ai vu des hommes en manche de chemise, vêtu3 du tablier de travail , chercher leurs femmes dans la foule et les emmener avec eux aussi bien de force que de bon gré. Lorsque les derniers condamnés sont montés, le public était moins compacte qu'il ne l'avait jamais été dans ces derniers temps sur la place de la Révolution ; en dehors de nos aboyeurs ordinaires, la place paraissait presque déserte. Les mouches du Comité, que nous connaissons à merveille, étaient tout dé: contenancés ; ils avaient supposé que le peuple détellerait les charrettes pour conduire luimôme ses soi-disants ennemis à la guillotine, et ce peuple a donné une bonne leçon à ceux qui prétendent le connaître. Aussi, et sous prétexte que le théâtre de la première victoire sur les tyrans ne devait pas être souillé par le sang de l'aristocratie, a-t-on renoncé à renou-

vêler l'expérience. Nous avons passé une seconde nuit blanche et porté l'échafaud sur la place du Trône Renversé; il a été placé en dedans de l'ancienne barrière. Nous enverrons les corps au cimetière de Sainte-Marguerite, section de Montreuil. Les gens du faubourg qui auront vu passer les condamnés verront encore repasser leurs cadavres. D'après leur attitude d'hier, je doute que ce spectacle soit longtemps de leur goût. Ont été exécutés ce jour : Jean-Baptiste Lorcé, ex-bernardin, fournisseur des armées; Charles Sauvage, greffier de juge de paix; Jacques Moreau, étapier; Joseph-François Drouanet, ceinturonnier, fournisseur; Jean-Baptiste Ruinet, fournisseur de bois; Julien-Luc Trude, marchand miroitier; Pierre- Auguste Fesset , cocher; Jeanne Hermasson, blanchisseuse; Joseph-Benjamin Guesnier, tailleur, convaincus d'infidélités dans leurs fournitures, de malversations et de propos contre-révolutionnaires ; Jérémie Sibilot, officier municipal, à Belleville ; Jacques Molard, boucher; Frédéric Pernet-Boudoupe, ébéniste; Alfred-Louis DucasteUier, ex -curé: Prosper

Bizet, garçon jardinier; Pierre-Joseph Baugard, ex-maire de Sarre-Libre (Moselle) ; Albert- François Martin, instituteur ; Louis-Philippe Gorcyde Chaux-d'Escur, ex-noble; Paul-Léon Magnan, gendarme; Mathieu Borec , domestique ; Pierre Bance et François Bance , son fils, imprimeurs, convaincus de conspiration contre la république et d'avoir pris part à la révolte de Commune- Affranchie. Bien que le décret sur le tribunal révolutionnaire soit rendu, les discussions n'ont pas cessé à la Convention. Les adversaires de ce qu'on appelle le triumvirat se sont réveillés un peu tard. Dans la séance du 23 , ils ont protesté contre une loi qui supprime l'inviolabilité des représentants du peuple, qui les met à la discrétion des comités et de Fouquier-Tinville, en donnant à ceux-ci le droit de les envoyer à la guillotine sans avoir au préalable consulté la Convention. Robespierre n'assistait pas à, la séance, et, après un discours de Bourdon de l'Oise et de Merlin, la Convention a voté un considérant qui maintenait les droits de ses membres. Le lendemain 24, Couthon a aigrement reproché à

l'Assemblée sa faiblesse de la veille; Robespierre a pris la parole ; il s'est élevé contre ces terreurs affectées ; il les a déclarées l'œuvre d'un parti qui voulait avilir la représentation nationale. Bourdon a cru se reconnaître dans les portraits qu'il traçait des meneurs de ce parti ; il a apostrophé Robespierre, qui s'est écrié : « Je n'ai pas nommé Bourdon 1 Malheur à celui qui se nomme!» Ces paroles ont retenti comme un glas dans l'Assemblée, qui s'est courbée sous la férule du maître et s'est humiliée en rapportant son vote de la veille (1).

(1) Voici le texte de cet effroyable décret de prairial :

IV. Le tribunal révolutionnaire est institué pour punir les ennemis du peuple.

V. Les ennemis du peuple sont ceux qui cherchent à anéantir les libertés publiques, soit par la force, soit par la ruse.

VI. Sont réputés ennemis du peuple : ceux qui auront provoqué le rétablissement de la royauté, ou cherché 5 avilir au à dissoudre la Convention nationale et le gouvernement révolutionnaire et républicain, dont elle est le centre;

Ceux qui auront trahi la République dans le commandement des places et des armées ou dans toute autre fonction militaire, entretenu des intelligences avec les ennemis

26 prairial. Le tribunal révolutionnaire s'est affranchi de toute honte. Le mois précédent, il avait acquitté Frêteav , conseiller au parlement de Paris. Cette indulgence avait été désa-

de la République, travaillé à faire manquer les approvisionnements ou le service des armées ;

Ceux qui auront cherché à empêcher les approvisionnements de Paris, ou à causer la disette dans la République;

Ceux qui auront secondé les projets des ennemis de la France, soit en favorisant la retraite et l'impunité des conspirateurs et de l'aristocratie, soit en persécutant et calomniant le patriotisme, soit en corrompant les mandataires du peuple, soit en abusant des principes de la révolution, des lois ou des mesures du gouvernement, par des applications fausses et perfides;

Ceux qui auront trompé le peuple ou les représentants du peuple, pour les induire à des démarches contraires aux intérêts de la liberté ;

Ceux qui auront cherché à inspirer le découragement pour favoriser les entreprises des tyrans ligués contre la République ;

Ceux qui auront répandu de fausses nouvelles pour diviser ou pour troubler le peuple ;

Ceux qui auront cherché à égarer l'opinion et à empêcher l'instruction du peuple, à dépraver les mœurs et à corrompre la conscience publique, à altérer l'énergie et la pureté des principes révolutionnaires et républicains, ou à en arrêter les progrès, soit par des écrits contre-révolutionnaires ou insidieux, soit par toute autre machination ;

Les fournisseurs de mauvaise foi qui compromettent le

gréable à Fouquier ; mais il a bientôt trouvé le moyen de redresser ce qui, dans sa conviction d'accusateur public, ne pouvait être que le résultat d'une erreur. Il a déclaré l'affaire mal

salut de la République, et les dilapidateurs de la fortune publique, autres que ceux compris dans les dispositions de la loi du ....

Ceux qui, étant chargés de fonctions publiques, en abusent pour servir les ennemis de la révolution , pour vexer les patriotes, pour opprimer le peuple ;

Enfin, tous ceux qui sont désignés dans les lois précédentes relatives à la punition des conspirateurs et contrerévolutionnoires , et qui , par quelque moyen que ce soit et de quelques dehors qu'ils se couvrent, auront attenté à la liberté, à l'unité, à la sûreté de la République ou travaillé à en empêcher l'affermissement.

VII. La peine portée contre tous les délits dont la connaissance appartient au tribunal révolutionnaire est la

VIII. La preuve nécessaire pour condamner les ennemis du peuple est toute espèce de documents, soit matérielle, soit morale, soit verbale, soit écrite, qui peut naturellement obtenir l'assentiment de tout esprit juste et raisonnable. La règle des jugements est la conscience des jurés, éclairée par l'amour de la patrie ; leur but, le triomphe de la République et la ruine de ses ennemis ; la procédure, les moyens simples que le bon sens indique pour parvenir à la connaissance de la vérité dans les formes que la loi détermine.

Elle se borne aux points suivants :

mort.

jugée et a renvoyé au tribunal Fréteau, qui, en raison de cette décision môme, ne pouvait échapper à la mort. On n'a pas deux fois une chance aussi extraordinaire. Ce même tribunal, en

ÎX. Tout citoyen a le droit de saisir et de traduire devant les magistrats, les conspirateurs et les contre-révolutionnaires. Il est tenu de les dénoncer dès qu'il les connaît. v

X. Nul ne pourra traduire personne au tribunal révolutionnaire, si ce n'est la Convention nationale, le Comité de salut public, le Comité de sûreté générale, les représentants du peuple commissaires de la Convention et l'accusateur public.

XI. Les autorités constituées, en général, ne pourront exercer ce droit sans avoir prévenu le Comité de salut public et le Comité de sûreté générale, et obtenu leur autorisation.

XII. L'accusé sera interrogé à l'audience et en public; la formalité de l'interrogatoire secret qui précède est supprimée comme superflue ; elle ne pourra avoir lieu quo dans les circonstances particulières où elle serait jugée utile à la connaissance de la vérité.

XIII. S'il existe des preuves, soit matérielles, soit morales, indépendamment de la preuve testimoniale, il ne sera point entendu de témoins, à moins que cette formalité ne paraisse nécessaire, soit pour découvrir les complices, soit pour d'autres considérations majeures d'intérêt public.

XIV. Dans le cas où il y aurait lieu à cette preuve, l'accusateur public fera appeler les témoins qui peuvent éclairer la justice, sans distinction de témoins à charge et à décharge.

même temps qu'il venge les offenses faites à la nation, se met au serv ice des haines de ses amis. Il a condamné Cazes, et tout le monde sait que Cazes était inculpé sur la dénonciation du fils de Vadier, auquel ce pauvre homme avait refusé de donner la main de sa fille. Avec Fréteau et Cazes trente-quatre autres condamnés ont été exécutés ce jour; vingt-six étaient des conseillers ou des présidents au Parlement de Toulouse : Robert- Antoine-Pierre de Montaigu, Jean-Jacques Tormestrauld de Brisscuil, Jean Baptiste-Pierre Tilon , Jean- Baptiste- Albert Lereboirrs, Sam ucl-h rn gène- Louis-Jean-François Buisson-d'Auxonne, Paul Senault. Jacques-Joseph Combette de Cauntont, Julien-Louis Gaillard, Jean-Louis Dorlet de Bibonnet, Nicolas Nonnat de Lacase , Joseph Ponlaurie:, Louis-Joseph Poulaurie: Jils, Jean-Joseph Martin d'Aiguecilliers, Prosper Berersac de Cércsk, Hippohjte Cassaignc, Hector-Charles iïajot, Jacques-Gaspard de Labroue. Joseph-Frédéric Lar raquant , Charles-Maurice Blain, Antoine-Pierre Dvbourg, Joseph- Jules Daguin, François-Jude Marquier de Fajac , Félix

DE CHARLES-HENRY SANSON Wl

MauHnery de Murols , André de Jfif/eville, Jean-François -Mathieu Sary, François de Roche/or t, Pierre- Jacques Bonhomme Du Pin, Henri Deliot. Ces magistrats avaient été envoyés à Paris par Dartigoyte, représentant en mission ù. Toulouse. *Ont été exécutés avec eux : Félix Baquelot, cultivateur à Autun; Charles - Alexandre Bitlioud f ex-chanoine; Ernest Aubréan, receveur des domaines à Orléans; Jean Prévôt, boulanger à Saint - Quentin; Charles d'Hourc, commis marchand; Théodore Giu'rin - Loi illard , perruquier ; François Baudevin, imprimeur, et la femme Marthe Godpain, marchande de fruits.

27 prairial. Je suis renseigné aujourd'hui sur les gardes du corps qui, disait-on, suivent partout le citoyen Robespierre. Je l'ai rencontré dans un endroit très-écarté, et ses satellites se réduisaient à un mâtin noir et blanc, de taille et de force très-respectables, il est vrai. Martin m'avait proposé ce matin de faire le service. J'ai accepté ; car il y a longtemps que je promettais aux petites nièces de les conduire à la campagne, et moi-même je souhaitais d'oublier la

guillotine pendant un jour. Nous avons traversé Clichy et pris un sentier à travers les blés. — Ces blés, encore verts, sont pleins de fleurs. Les enfants ont sauté de joie, en me demandant la permission de cueillir un bouquet pour leur tante; elles n'ont pas trop attendu ma réponse et se sont jetées à travers les épis. Comme elles foulaient le blé, je les grondais ; mais elles étaient si heureuses et si fières de leurs coquelicots et de leurs bluets que mes remontrances ne produisaient pas une grande impression. Petit à petit , je me suis trouvé chargé d'une véritable javelle ; car plus elles en voyaient, plus elles en voulaient ramasser. Nous sommes ainsi arrivés vis-à-vis d'une maison que l'on appelle la Planchette, et qui est située à courte distance de la Seine; mes vieilles jambes étaient plus fatiguées que les petits pieds ; je me suis assis sur le. revers du fossé, et elles continuaient de courir. Elles ont vu des roses sauvages dans la haie, et elles ont voulu en grossir le bouquet ; mais ces fleurs-là ne se livraient pas comme les coquelicots, et elles ne réussissaient qu'à s'égratigner les doigts aux

épines de l'églantier. En ce moment, j'ai vu venir sur la route un citoyen que suivait un gros chien. Ce citoyen a regardé les enfants et leur est obligeamment venu en aide. Il a détaché les fleurs dont elles avaient tant d'envie, en a fait deux parts qu'il a données à chacune d'elles. J'ai vu les petites embrasser le citoyen. Ils se sont rapprochés de moi tous les trois, elles jasant, lui souriant. Alors je l'ai reconnu. 11 était vêtu d'un habit bleu, mais d'une couleur plus foncée que celui que je lui ai vu le 20 de ce mois ; d'une culotte jaune et d'un gilet blanc. Ses cheveux étaient arrangés et poudrés avec une sorte de coquetterie ; il tenait son chapeau au bout d'une petite canne qu'il avait placée sur son épaule. Sa démarche était très-raide ; il portait la tête un peu renversée en arrière; mais sa physionomie avait une expression d'enjouement qui m'étonna. Il ine demanda si ces enfants étaient à moi. Je lui répondis qu'elles étaient mes nièces ; il me félicita sur leur gentillesse , entremêlant ses compliments de questions qu'il leur adressait. Marie a fait un petit bouquet des fleurs

dont j'étais dépositaire et le lui a présenté ; il l'a accepté et l'a attaché à la boutonnière de son habit; il lui a demandé son nom, afin, a-t-il dit, do se souvenir d'elle lorsque les Heurs seraient fanées. La pauvre enfant ne s'est point arrêtée à. son nom de baptême, qui suffisait, elle a dit l'autre, et jamais je n'ai vu une face hum line se bouleverser plus soudainement. Il s'est relevé comme s'il avait marché sur un serpent, son front s'est sillonné de mille rides; sous ses paupières papillotantes, son regard fixe ne me quittait pas ; son teint blafard avait pris la couleur de la terre ; il ne souriait plus , une ligne droite, presque imperceptible, marquait seule la place de la bouche et donnait à son visage une expression de dureté incroyable. Il me dit d'une voix sèche, avec une hauteur que je ne m'attendais guère i\ rencontrer chez l'apôtre de l'égalité : « Vous êtes... » Je m'étais incliné , il n'acheva pas. Pendant quelques instants il parut rêveur; une ou deux foi> je crus qu'il allait parler. Il luttait évidemment contre une répulsion qu'il ne parvenait pas à dominer. Enfin, il se pencha vers les enfants.

les embrassa avec une grande démonstration de tendresse, appela son chien et s'*éloigna rapidement sans me regarder. Moi-mênie je suis revenu tout pensif, me demandant s'il fallait rire, s'il fallait pleurer de cette horreur de l'homme qui tue pour la hache qui lui sert à tuer. Peut-être aussi, en me voyant, a-tril songé aux imprécations de Danton (1).

(1) Exécutés du 27 prairial : Paul-Joseph Laplanche. marchand forain; Henri Constant, chasseur au 19r bataillon do Paris; Ilumbert Sénéchal, meunier; Mathurine Lacroix, blanchisseuse; François-Victor Mai/eux, marchand forain, quincaillier; Pierre-Lt'on Bertrand . garçon confiseur; Prosper Deglem , garçon de café; Jt reph- Charles Brellan, ex-chef du gobelet de Louis XVI; Jean- Etienne Thibonst, notaire ; Gaspard Bourdeau, ex-curé deVuugirard, propagation de fausses nouvelles, désertion, etc.; Frédéric L'Homme ^ domestique; Maurice Mauriennc, perruquier; Charles-Auguste Gaspard de La Trémouitte, ex-prince et clerc tonsuré; Louis-Gustave Levieillard, ex-noble, officier de la bouche du ci-devant roi; Julie-Elisabeth Langlois, femme de Maurienne; Jacques- Antoine Lebrasseur, ex-intendnnt de la marine; Claude-Henri Gamachc, cultivateur à Bourges, et Denix- EVonorc-Michel de Gamachcs, ex-comte et porte-guidon de la gendarmerie. La condamnation de ces deux derniers est une des plus grandes monstruosités qu'ait commises cette dérision de justice qu'on appelait le tribunal révolution-

28 prairial. Les prisons renferment en ce moment sept mille trois cent vingt et une personnes; mais on a la ressource des conspirai ions pour écouler le trop plein. On a commencé par Bicètre, dont trente-sept détenus ont été exécutés aujourd'hui; d'autres de la même maison attendent leur jugement. Ce choix de scélérats, presque tous précédemment condamnés comme voleurs ou assassins, a sans doute été prémédité : on espère ainsi étouffer Tintérôt que pourraient exciter ceux qui viendront après , et il en viendra ; on répand encore une fois le bruit que les prisonniers s'agitent, et nous sa-

naire. Lorsque l'huissier chargé d'extraire les prévenus traduits au tribunal révolutionnaire prononça ce nom de Gamache, deux condamnés répondirent à l'appel. Cet homme se trouva fort embarrassé, car sa liste ne contenait nulle autre désignation par les prénoms ou par la profes- ' sion. Il prit le parti de conduire les deux détenus à Fouqukr/r in ville et de lui exposer ce qui venait d'arriver. Fouquier approuva beaucoup ce procédé, et, pour no pas «voir inutilement dérangé le Gamache numéro 2, il l'envoya avec son homonyme à l'audience, d'où ils sortirent l'un et l'autre pour aller à la guillotine.

(CAMrAHDON. Histoire du Tribunal révolutionnaire, t. u.)

vons ce que cela veut dire.— ^Quoi qu'il en soit, voici comment les choses se sont passées à Bicêtre : Les nommés Lucas et Balin, compagnons serruriers, tous deux condamnés, l'un à dix ans, l'autre à dix-huit ans de fers, pour vol, avaient préparé leur évasion. Ils avaient reçu du dehors, dans un pain, une lime avec laquelle ils avaient commencé de scier les barreaux d'une fenêtre donnant sur le mur de ronde. Dans l'ivresse que leur causait leur prochaine délivrance, ils eurent l'imprudence d'annoncer tout haut que le lendemain ils seraient libres, et de proposer à un nommé Valagnos, ouvrier peintre, de s'enfuir avec eux. Celui-ci était un espion ; il les fit causer et leur opposa qu'une fois parvenus dans le chemin de ronde, ils auraient à tromper la surveillance des factionnaires. Lucas lui répondit : « Je m'en moque, je m'en débarrasserai à l'anglaise. » Valagnos fit son rapport. Dupaumier, administrateur de police, pratiqua une perquisition dans le cachot des deux condamnés; il y découvrit la lime et une échelle faite de morceaux de lisières de draps réunis et tordus.

Lucas et Balin, sè voyant découverts, injurièrent et menacèrent Dupauinier. Sur ce projet d'évasion, sur les propos que le dépit, que In colère inspiraient à ces deux hommes , Du- % paumier et Valagnos , son second , échafaudèrent un romanesque complot qui ne tendait à rien moins, — je copie le texte du jugement, — qu'à, forcer les postes de la prison, à s'emparer des citoyens composant la force armée qui gardait Bicètre, à se rendre à la Convention pour égorger les représentants du peuple membres des comités, pour leur arracher le cœur, le griller et le manger, et pour enfermer les plus marquants dans un tonneau garni de pointes III II n'y a plus d'absurdités que le tribunal ne tienne pour vraisemblables, lorsqu'il s'agit d'envoyer à la guillotine ceux auxquels on les attribue. Tous les détenus qu'il a plu à Valagnos de dénoncer ont été condamnés sur ces beaux considérants et exécutés aujourd'hui. Ils se nommaient : Pierre Balin, serrurier; Nicolas Belleguelle, courrier de dépêches; Jean-Paul Grand, tisseur de gazes; Joseph Leroy, buffletier; François Dupont, mar-

chand forain ; Jacques-TIippolyte Curon, domestique; Etienm Bridier, ex-valet de chambre; Constant Bourquien, ex-abbé; Nicolas Janiot, fondeur; Paul Berson, dit Sans-Souci, cordonnier ; Louis La/orge , boutonnier ; Etienne Prévost, pâtissier ; Pierre Chevalier, marchand de chevaux; Jacques Valenlin, porteur d'eau; Pierre-Joseph Masse, menuisier; Lucien- Joseph Richet, tanneur; Pierre-Louis- Chéri Bonne, menuisier; Georges OJ'roy, exsecrétaire à la section des Invalides ; Casimir- Prosper Neveux, charron; François-Xavier Delattre, cordonnier ; Jean Ladrcy, menuisier ; Frédéric Paulet, marchand forain; Charles Quitre, tapissier; Jacques Gabriel ArpiUot , ouvrier en soie ; Nicolas Poirier, cordonnier ; Louis Le grand, domestique; Ernest Ber ton, marchand de vins ; Grégoire Tournier, brocanteur ; Jean-Baptiste Delvaux, chiffonnier ; François-Norbert Lucas, serrurier; Pierre Dumont, boulanger; André Salet, fabricant de cordes à violon; Benjamin-Louis Mauclair, libraire; Alexandre Bénard, sculpteur en marbre ; Lucien 2'eyssier, marchand de che-

vaux; Maurice Guyard, menuisier, et Charles- Robert S tapit re, jardinier. Ont été suppliciés avec eux : Sébastien Filoux, ex-curé de Mortemart (Haute-Vienne) ; Louis-Charles Horion, musicien; Jacques Lamarche, jardinier; Jules- Henry Bulhem, homme de loi; Charles Rabourdin, ex-vicaire; Eugénie Minette, couturière, convaincus d'avoir essayé , par leurs propos, d'avilir et de dissoudre la représentation nationale, et d'avoir tenté d'allumer la guerre civile par des prédications fanatiques.

29 prairial. Terrible journée ! La guillotine en a dévoré cinquante- quatre! Mes forces sont à bout, et tantôt le cœur m'a failli. On m'a montré une caricature qui circule dans la ville, et dans laquelle je suis représenté me guillotinant moi-même, au milieu d'une plaine couverte, à perte de vue, de corps sans têtes et de têtes sans corps. S'il ne faut que mon cou pour détraquer la guillotine, je suis prêt, et le dessinateur n'aura pas menti. Je ne me glorifie pas d'une sensibilité qui ne peut être mienne; j'ai vu trop souvent et de trop près les souffrances et la mort de mes semblables pour

DE CHARLES-HENRY SANSON Kl

m'altendrir aisément. Si ce que j'éprouve n'est pas de la pitié, ce doit être le résultat d'une maladie de mes nerfs, peut-être est-ce la main de Dieu qui me punit de ma lâche obéissance à ce qui ressemble si peu à cette justice que j'étais né pour servir? Je ne sais; mais depuis quelque temps, chaque jour, lorsque vient l'heure, un vertige s'empare de moi, qui me domine et cruellement me torture. Dès que j'entre dans cette Conciergerie, je sens redoubler la fièvre qui nuit et jour me dévore; on dirait que c'est du feu qui court sous ma peau. Tout sobre que je suis, il me semble que je suis ivre ; les gens qui m'entourent , les meubles, les murailles, tout cela danse et tourbillonne autour de moi, et j'entends à mes oreilles de sourds bruissements qui ressemblent à. des plaintes. J'ai beau lutter, je ne parviens plus à retrouver l'exercice de mes facultés ou seulement à me raffermir. Ma main tremble et tremble tant que j'ai du renoncer à couper les cheveux et à lier les con damnés. Ils sont là, les uns pleurant, d'autres priant, tous comprenant qu'ils vivent leur der-

nière heure, et seul je ne puis me convaincre de la réalité de ce qui se passe. Je les mène à la mort et je ne peux pas croire qu'ils vont mourir. C'est comme un rêve auquel je veux m'arracher sans pouvoir y parvenir. J'assiste aux préparatifs du supplice sans me rendre compte de ce qui va arriver, accomplissant mon serrlce avec la régularité mécanique d'un automate, mais sans que le cerveau pense et commande. Puis vient le bruit du couteau qui me rappelle à moi-môme. Je ne l'entends plus sans tressaillir, sans que tout mon corps se couvre d'une sueur froide. Alors une sorte de rage s'empare de moi ; sans réfléchir que je devrais me maudire le premier, j'adresse en moi-même mille invectives à ces gendarmes qui, le sabre au poing, ont amené là ces malheureux dont les mains sont liées; à ce peuple qui, stupide, les regarde mourir sans oser un mouvement, un geste pour les sauver, et au soleil qui éclaire tout cela. Enfin je quitte la place, écrasé, brisé par les agitations de mon ( âme, ayant comme une envie de pleurer, mais sans trouver une larme. Jamais comme au-

jourd'hui ces sensations n'avaient été violentes. A Ladniiral, à Cécile Renault on avait donné un grand cortège de comparses que, comme d'habitude, on intitulait leurs complices, bien que plusieurs d'entre eux fussent sous les verroux lorsque les deux prétendus assassins avaient tenté leurs coups.

Depuis le 23, le Comité de sûreté générale, sur les rapports d'une commission qui siège au Louvre, dresse et envoie au tribunal les listes de morts. L'arrestation de Naudin et d'Antonnelle, deux jurés qui n'avaient pas admis que le droit révolutionnaire pût l'emporter sur le droit de justice, a bien prouvé que ce tribunal n'était qu'un vain simulacre servant à déguiser la proscription ; aussi personne n'hésite-t-il à charger le Comité de la responsabilité de nos boucheries quotidiennes. Or, tout en prêchant aux Jacobins contre l'indulgence, Robespierre ne s'en abstient pas moins de paraître à aucune des séances où s'établit le futur contingent de la guillotine; c'est-à-dire qu'il laisse à ses collègues tout l'odieux du rôle de proscripteur, et qu'il en-

tend pouvoir montrer un jour ses mains pures de tout le sang qui aura été répandu. Ceuxci ont deviné sa tactique; d'abord effrayés, ils ont cherché à retourner contre lui l'arme qu'il leur avait abandonnée pour les perdre. Ils ont donné un grand retentissement à ce procès, qu'on a appelé le procès des assassins de Robespierre, comme si Collot n'avait pas été frappé aussi bien que lui ; et , en même temps que, par la pompe, par l'éclat du supplice de ses assassins, ils le désignaient comme aspirant à la toute-puissance , ils ont tenté de saper la réputation qui fait la force de 17mcorruptible.

Ils ont introduit dans cette affaire deux femmes, les Saint-Amaranthe, avec lesquelles Robespierre jeune avait des relations, et ils ont laissé propager divers bruits : que l'une de ces femmes avait été la maîtresse de Maximilien, qui aurait demandé sa tète parce que, dans une débauche, elle avait surpris le secret de ses aspirations à la royauté ; que la jeune Saint-Amaranthe était envoyée à la guillotine parce qu'elle avait repoussé les propositions de Saint-Just.

Tout cela se racontait à la Conciergerie et autour de l'échafaud ; mais ce n'est pas cependant cette machiavélique combinaison du Comité qui a produit la plus poignante et la plus profonde impression. La citoyenne Saint- Amarantbe mère tenait, au numéro 50 du Palais-Egalité, une maison où l'on jouait, et où venaient quelques personnages considérables et beaucoup d'intrigants : Danton, Hérault de Séchelles, Lacroix, Robespierre jeune, Desfieux, Proly, et ce fameux baron de Batz, sur lequel la police n'a jamais pu mettre la main. Sa fille, jeune et jolie, et qui ne contribuait pas médiocrement à achalander le tripot, avait épousé Sartine, neveu de l'ancien lieute- * nant de police. Selon les traditions de la législation des suspects, on avait arrêté non-seulement la famille entière, mais encore tout ce qui s'y rattachait, même indirectement : Maria Grandmaison, ancienne actrice des Italiens et maîtresse de Sartine, et la servante de Maria Grandmaison, Marie-Nicole Bouchard ; celle-ci avait dix-huit ans et n'en paraissait pas quatorze. Elle était si frêle, si mince, si délicate,

qu'un tigre en eût eu pitié. Lorsqu'elle descendit dans l 'avant-greffe et qu'elle présenta ses pauvres mains à Larivière pour qu'il les liât, celui-ci se tourna vers Desmorets, mon premier aide, et lui dit : « C'est pour rire, n'est-ce pas ? » Desmorets haussa les épaules, et ce fut la petite qui, souriant à travers ses larmes, lui répondit d'une voix douce : « Mais non, monsieur, c'est pour de bon. » Alors Larivière jeta ses cordes et s'écria : a Cherchesen un autre qui t'attache , ce n'est pas mon métier de sevrer les enfants! » Elle était calme, résignée, presque gaie. Il y eut un retard dans le départ ; on n'avait commandé de chemises rouges que pour Ladmiral, pour Saintenax et pour les quatre Renault, lorsque l'ordre arriva du Comité d'en revêtir les cinquante-quatre sans exception. Pendant qu'on allait les chercher, la Nicole Bouchard s'était assise aux pieds de la Grandmaison, très-abattue, et elle s'efforçait de la consoler. Elle demanda encore la permission de monter auprès d'elle dans la charrette, ce qui ne lui fut pas refusé. Je crois que si elle eût demandé la vie,

il n'était pas un de ceux auxquels elle se fût adressé qui eût hésité à couper les cordes et à prendre sa place. Ce que nous avions éprouvé, le peuple l'éprouva à son tour. L'affluence était considérable et proportionnée à l'étalage du supplice. Le monde de gendarmes et les canons qui nous suivaient avaient fait sortir tous les Parisiens de chez eux. Il y avait dans les premières charrettes cinq à six femmes , toutes jeunes et jolies , et comme toujours leur vue prédisposait à la pitié ; mais quand paraissait Nicole Bouchard, l'indignation faisait explosion. C'étaient partout des murmures, et, en plus de dix endroits , on a crié : « Pas d'enfants I » Dans le faubourg Antoine, on voyait les finîmes qui étaient aux fenêtres joindre les mains, parler entre elles avec vivacité et la montrer du doigt; beaucoup pleuraient. Moi. pendant le trajet et sur la place du Trône Renversé, je n'ai pas une seule fois osé nie tourner de son côté. A la Conciergerie, je l'avais regardée et il m'avait semblé que ses grands yeux noirs me disaient : « Tu ne nie feras pas mourir ! » Et cependant elle est morte. Elle

est montée la neuvième. Lorsqu'elle est passée devant moi, conduite par les aides, j'ai fait un mouvement pour aller à elle , poussé par une ospèce d'instinct, luttant lâchement contre une inspiration qui me disait :

— Brise la guillotine plutôt que de lui laisser prendre cette enfant.

Les aides l'ont poussée; j'ai entendu sa voix grêle et flùtée qui murmurait :

— Citoyens, suis-je bien ainsi?

Je me suis retourné précipitamment, mes yeux étaient couverts d'un nuage et je sentais mes genoux qui tremblaient. Martin a commandé l'exécution et m'a dit : •

— Tu es malade, rentre à la maison, je resterai seul.

Je suis descendu de l'échafaud sans répondre; je suis parti sans regarder derrière moi. Mes hallucinations ne m'ont pas quille de la journée; elles étaient si fortes qu'au coin de la rue Saintonge une mendiante étant venue à moi et m'ayant demandé l'aumône, j'ai cru que c'était elle et j'ai failli tomber à la renverse. Ce soir, en nous mettant à

DE CHAULES-HENKY SANTON

table, j'ai soutenu à ma femme que je voyais • des taches de sang sur la nappe (1).

(1 ) Je dois compléter le récit du procès des cinquantequatre, dont mon grand-père, déjà sous l'influence du mal qui devait l'emporter, n'a raconté qu'un épisode accessoire. Les supplices du 29 prairial, la grande messe rouge, que Voulland engageait ses collègues à venir voir célébrer avec lui, est une des plus importantes affaires de la dernière et de la plus cruelle période de la Terreur. Elle est à la fois importante par les deux attentats qui lui servirent de prétexte, par les noms et par le nombre des victimes, par la machination politique qu'elle servit; elle l'est surtout parce que, dans ces membres des comités qui n'hésitaient pas à l'aire ûgurer la mort au nombre des ficelles de leurs intrigues, elle nous montre à quel degré de perverse aberration peut atteindre l'esprit de parti. Les notes de mon grand-père fournissent des détails assez circonstanciés sur Ladmiral, assassin de Collot-d'Herbois. C'était un homme de cinquante ans, il était né à Aujolet, dans le Puy-de- Dôme; sa taille n'était pas élevée, mais il était vigoureusement constitué, sa physionomie était grave et sombre ; il montra une grande fermeté dans ses interrogatoires devant le tribunal et à ses derniers moments. Tout, dans son attitude comme dans sa défense, indiquait en lui un de ces fanatiques qui se constituent les vengeurs des sociétés opprimées. Il résulte évidemment des débats que la tentative de Ladmiral et celle de Cécile Renault furent isolées, qu'on ne peut établir entre elles aucune espèce de connexité. Cécile Renault était la fille d'un papetier établi dans la Cité, rue de la Lanterne, au coin de la rue des Marmou-

30 prairial. Aujourd'hui décadi pas d'exécution. J'ai passé la journée au logis, où j'ai lu la feuille publique. Les ennemis de Robespierre

rets. Gomme Charlotte Corday, elle avait puisé sa résolution dans la haine de la lw rannie, peut-être aussi dans l'horreur des exécutions quotidiennes. Si elle eut l'élévation de sentiments et le courage devant la mort de sa devancière, elle était cependant loin de posséder une ûme aussi solidement trempée que la jeune Normande. Dans l'exécution de son projet, aussi bien que dans ses réponses devant le tribunal, elle resta femme ; elle se présente chez Robespierre armée de deux petits couteaux, espèces de joujoux d'enfants, et dans ses interrogatoire, sa haine est timide, presque douce, ses aspirations incertaines : tout en elle révèle plutôt un vague désir d'en Cnir avec la vie, que cette mâle volonté qui affermit le bras de Charlotte et ne l'abandonna pas devant l'échafaud. En face de la pauvreté des moyens sur lesquels elle avait compté pour accomplir son dessein, on se demande si Cécile Renault ne fut pas un esprit faible, égaré, qui avait à son tour subi cette fiévreuse contagion de la mort qui poussait toutes les exaltations de ce temps-là à braver la guillotine? Il y a plus d'une raison pour l'admettre , pour supposer qu'inquiet de la popularité que le coup de pistolet de Ladmiral allait donner à Collot-d'Herbois , Robespierre céda à la maladroite inspiration de prendre aux sérieux les petits couteaux de la pauvre insensée. Quoi qu'il en fût, sa famille entière fut compriso dans la proscription : son père, âgé de soixante-trois ans ; sa tante, ex-religieuse, et un de ses frères furent envoyés avec elle devant le tribunal. On leur ■

ont trouvé contre lui mieux encore que la journée d'hier. Il a des dévotes qui récitent des

litanies en son honneur ; si on parvenait à faire

avait adjoint, outre Sartine et les Saint-Amaranthe^ un nommé Saintcnax, étudiant en chirurgie, qui, à Choisymr-Seine où il demeurait, avait applaudi à la tentative de Ladmiral ; d'anciens administrateurs de police, entre autres Afichonis, compromis dons l'affaire de l'œillet offert à la reine; des grands seigneurs, la veuve de d'Espremenil, etc. La plupart avaient été compromis dans le grand complot financier dont le baron de Batz fut le principal agent. Ce complot fut rattaché aux tentatives de Ladmiral et Cécile Renault par un de ces tours de force dont Fouquier-Tinvillc possédait le secret. Voici les noms des cinquante-quatre : Henri Ladmiral, ex-domestique et garçon de bureau à la loterie; François Cardinal, instituteur; Pierre-Baptiste Roussel, rentier ; Marie-Sophie Chevalier, femme Lamartinière, marchande ; Constant Pain- Davoine, concierge de la maison des loteries ( bien que Ladmiral eût déclaré qu'il n'avait communiqué son projet à personne, ces quatre condamnés furent déclarés ses complices particuliers, et en effet, l'un d'eux, Roussel, était son ami ; il avait dîné avec Pain-Davoine la veille de l'attentat ; quant à la femme Lamartinière, elle lui avait acheté des meubles); Aimée-Cécile Renault, Antoine Renault, papetier; Antoine-Jacques Renault fils, papetier; Edme- Jeanne Renault, ex religieuse ; André Saintenax; François-Charles Virot de Sombreuil, ex-gouvcrneur des Invalides; Sosthène Virot de Sombreuil, ex-capitaine do hussards ; Joseph Guethenoc de Rolian-Rochefort, ex-

croire qu'il accepte sa béatification et la prend au sérieux , il ne s'en relèverait pas, et c'est là ce que Vadier vient d'essayer dans la séance du 27. Un homme de la police des comités, Sénart, a découvert au n° 17 de la rue Cont rescarpe , une vieille femme , nommée Cattierine Théot,qui fait métier de prophétessc, annonce la venue d'un sauveur et promet l'immortalité de l'âme et du corps à tous ceux qui se feront initier à ses mystères. Trois filles, jeunes

noble; Pierre de Laval de Montmorency, ex-noble; Casimir-François-Robert Duhardas d'JIautheville, exnoble ; Paul-Charles-Eugène de Daissancourt, ex-souslicutenant des carabiniers ; Hector de Ménil-Simon, capitaine de cavalerie; Charles- Marie- Antoine de Sartine, ex-maître des requêtes; Théodore Marsant , rentier; Louis Caradec, agent de change ; Jean-Baptiste Michonis, limonadier, ex-administrateur de police ; Léopold Lecomte, négociant: Frédéric-Félix Ozanne, ex-officier de paix ; Jean-François Deshayes, négociant; Paul Paulmi cr, marchand de bois; Joseph-Victor Costcy, épicier; Charles- A lexandre-A uyustc de Pons, ci-devant marquis; Théodore Jauge, banquier; Jean-Louis Tissot, domestique; Alphonse Viard, ex-militaire; Louis-Marie-Franruis de Saint-Maurice , ex-prince; Jacques-Georycs Lcscuycr , musicien ; Jacques-JIippolyte Burlandcux, ox-ofticicr de paix: Barthclcmi Constant, gendarme; Eugène Jardin . cx-piqueur du roi; Louis Potlicr de Lille.

DE CHARLES-HENRY SANSON Wù

et jolies, qu'on dénommait : YEclaireuse , la Chanteuse eX la Colombe, servaient de prêtresses et assistaient la prophétesse dans ses momeries, auxquelles était également associé un homme grave, Christophe Gerle, ex-chartreux et membre de la Constituante. On a, dit-on, trouvé chez la sorcière un lettre adressée à Robespierre et dans laquelle elle l'appelle son cher fils, et comme elle s'intitule elle-même la mère de Dieu, Vadier n'avait pas besoin de conclure ;

imprimeur ; Joseph-Léon Deveaux, commis à la Trésorerie nationale ; François Lafosse, chef de surveillance à l'administration de la police; Jean-Baptiste Porte-Bœuf, domestique; Nicolas-Jean Egrée, brasseur; Jean-Baptiste MaHno, peintre en porcelaine; Nicolas-Antoine. Froidure, Alexandre Soulès, Félix Dangé, ces quatre derniers administrateurs de police ; Maurice-Henri Rosset de Flcury, ci-devant comte; Françoise-Antoinette de Santuaré, veuve de d'Esprémenil; Charlotte-Sophie Vincent, femme de Grivois; Jeanne-Françoise Desmiers de Saint- Amaranthe, Charlotte- Rose- Emilie de Samt- Amaranthe, femme Sartine ; Louis de Saint-Amaranthe (ce jeune homme n'avait que dix-sept ans); Marie Grandmaison, ex-actrice du Théâtre-Italien; Marie-Nicole Bouchard, couturière; Amélie-Marie-Louise Parmentier, femme de Lemoine-Plessis . Georges-Jean-Baptiste Briel, prêtre à Arcueil.

la pensée de tous ceux qui Fécoutaient avait déjà compris que le messie, que le prophète, que le rédempteur ne pouvait pas être un autre que Robespierre. Aussi , convaincu qu'un dieu dont on a ri est un dieu suffisamment malade , Vadier se contenta-t-il d'égayer la Convention par le récit des pratiques de ces fous et de ces folles, des sept baisers que les adeptes doivent au menton de la mère de Dieu en échange des sept dons qu'ils reçoivent, des génuflexions de récipiendaires, etc. , etc. Le rapport a été applaudi avec enthousiasme ; son impression , son envoi à toutes les communes de la République ont été votés à l'unanimité. Catherine Théot, doniGcrle, Quesormont, médecin d'Egalité, la ci-devant marquise de Chastenois, Marie- Madeleine Amblard, veuve Godfroid, tous affiliés à. la secte, sont renvoyés devant le tribunal révolutionnaire. C'est l'attaque la plus directe que Robespierre ait essuyée jusqu'ici ; nous allons voir comment il ripostera.

5 messidor (1). Du l"au 4 messidor, quatre-

(1) l« messidor : Jacques- Antoine Brasseur, tapissier; Jean-Jacques-Eugène de Cézanne, ex-président du dé-

vingt -douze condamnés ont été exécutés.

Nos morts épouvantent tous les vivants dans le voisinage desquels on les dépose. Les habitants de la section Montreuil, où nous les en-

partemcnt des Pyrénées-Orientales, ensuite gendarme; Gustave Clavel, tailleur; Théodore-Collard Dulrône, capitaine au 2* bataillon de chasseurs francs ; Jules-Prosper de Francastcl, agent de l'évêque de Bayeux ; Pierre- Lévêque Dumoulin, fermier de l'évêque de Bayeux; Pierre- Jérôme Fabrc, ex-procureur, syndic du département des Pyrénées-Orientales ; Baptiste Vaquier, ex-maire de Perpignan ; Jean-Baptiste-Evrard de Saint-Jean, négociant; Louis Volland , fabricant de draps; Paul-Jérôme-François Savard, défenseur officieux : correspondance avec les ennemis, manœuvres dans les prisons ; Grégoire-Nicolas Pétremont, cordonnier, et Augustine David, sa femme; Pierre Auzaux, marchand de bois; Pierre Laurenceau, garde forestier; Jules Lirsin, ex-militaire; Jean-Félicien Lameulle, vigneron: propos fanatiques et contre-révolutionnaires, commerce d'argent.

2 messidor : Lambert Thomazeau, ferblantier; Charles- Pierre-Edouard Bonnissant, procureur de la commune dePort-Malo; François- Jean-Marie Chenu de Vi (langer, ex-avocat; Luc-Jean Gouyon de Beau fou, ex-noble et capitaine d'infanterie; Jean-François Bougourt , officier de santé; Jean-Baptiste Magon de Coëtizac, ex-noble; Nicolas-Bernard-Marie Perruchot, ex-maire dePort-Malo; Pierre-Victor Varin, juge à Port-Malo; Jean- Jacques- Joseph Foumier de Varenne* , exmajor d'infanterie à Saint-Domingue; Paul de Féval,

voyons maintenant, se plaignent comme se sont plaints les bourgeois de la Madeleine et les gens des Batignolles, et comme ils ont la parole nette et ferme, leurs doléances ont été

receveur des* droits de la ci-devant Bretagne ; François- Mathieu Gardin, négociant; Henri de Saint-Meleuc, exnoble et commissaire aux enquêtes du ci-devant Parlement de Bretagne ; Nicolas Magon de Villuchet, ex-noble ; Jean-Frédéric Leroy de Prcsnel, peintre ; Hippolytc Gannot, ci-devant employé des fermes; Madeleine Chapelain, couturière; Josephine-JSathàliede Saint-Sébert . ex-religieuse bénédictine; Juliette Lesol, femme de Quesnel, cultivateur; Pauline-Alexandrine Guilledcux, veuve de Dusablons, ex-noble; Anne-Henriette Gardin, femme de Magon Coëtizac, ex-noble ; Françoise Wilh, veuve de Grout de Grassinoisy ex-noble; Marie-Rosalie Guillot, veuve de Gélin, ex-noble ; Marie-Françoise Guillot , Marguerite Lollivier, femme de Saint-Peme, ex-noble ; Claire- Fétide de Trigouët, veuve de Lesage de Landecourt, ex-noble ; Marthe-Joséphine Lebreton, veuve de Lecamian, armateur; Antoinette Fournier, femme de Lys, ex-noble; Luc Mesnard, cultivateur; Marie-Louis- Jules Dousset, ex-chanoine de Nevers ; Jacques Graviérr, ex-vicaire de Saint-Roch ; Alexandre-Léopold Ledom-, ex-prètre de Saint-Roch ; Robert Delamarre, ex-prêtre de SainURoch ; Joseph Parfait, maître d'école à Mareuil (Aisne); Jean-Pierre Foucard, charretier du train; François Poncelet, tonnelier ; Constant-Léon Leprince, rentier; Marie- Antoinette Cressant, apprêteuse de bas; Félicien Thibault, peigneur de laines : conspiration contre

plutôt entendues que ne le furent celles de leurs devanciers. Les élèves du salpêtre, qui travaillent dans la ci -devant église Sainte- Marguerite, ont déclaré que l'infection devenait in-

la République , rébellion des départements féréralisés , intelligences avec les ennemis, provocation au rétablissement de la royauté dans des écrits contre-révolutionnaires.

3 messidor : Pierre- Alexandre ,Chartier, administrateur du district de Sézanne ; Auguste-Félix de Birague de Lamotte, ex-sous-lieutenant au ci-devant régiment de Médoc ; Jean Vilnay, garde-chasse à Champboulin (Seineet-Marne) ; Adrien Lanthenois , bourrelier; Louis- Auguste-Joseph Magnier, marchand forain ; Joseph-Christophe Belgingue, cordonnier ; Nicole-Afathurine Pierre, brocanteuse; Dominique Lacroix, aubergiste; Robert Delpech de Sainton, rentier ; Joseph Delpech de Sainton, fils du précédent; Jacques Savie-Labatte , adjudant à l'armée des Pyrénées-Orientales; Prospcr Calvière, excuré à Caussade ( Lot ) ; Jacques Borie et Baptiste Genibré , journaliers; Paul Moulet , marchand de fruits; A lexis Tursan Despagnet, président de la ci-devant cour des aides de Montauban ; Jean-François Picholicr, juge de paix à Caussade ; Frédéric Foussegrive, fourrier de la 1" compagnie légère ; Réné Borie, cordonnier ; Grégoire Riet, cordonnier; Mathieu Calmette, chandelier; Alexis- Auguste Bastie, arconnier; Joseph Cassagne, négociant; Joseph Forien, soldat déserteur : conspiration tendant au rétablissement de la royauté, excitation à la guerre civile, appels au fanatisme, etc., etc.

4 messidor : Jean Dupuis, Nicolas Dubois, François

supportable, et que si Ton continuait d'entasser les corps dans l'étroit cimetière qui entoure les ateliers une épidémie serait imminente dans Impersonnel qu'ils emploient. Après bien des hésitations et des tâtonnements, la Commune a désigné un emplacement spécial pour recevoir les cadavres des suppliciés ; c'est le jardin de l'ancien couvent des Chanoinesses de Picpus. On a creusé une fosse longue et large, comme colles que l'on creuse sur les champs de bataille. Ceux d'aujourd'hui vont commencer de la combler. L'endroit me parait mal choisi ;

Boucher, journaliers à Verneuil ( Eure ); Prosper Cramoiseau, soldat; Nicolas Henry, ex-curé à Veauvetrierla-Forét ( Côte-d'Or ); Paul-Alexandre Gavaudan, artiste dramatique, soldat aux hussards de la mort; Jean- Baptiste Ilcrvieux, menuisier; Félicien Josselin, marchand de moutons; Théodore Vannier, chanoine de la collégiale de Saint-Quentin; Joseph-André Tricot, prêtre à Saint-Quentin; François-Remi Cueu d'Hérouville, receveur de l'Hôtel-Dieu de Paris; Prosper-Adolphe L'Huillier, homme de loi; Roger Carray maréchal-deslogis à la 3e compagnie de la légion des Allobroges; Jean- Baptiste Calmar, fabricant de rubans; Justin Blanc, quincaillier: correspondance avec les ennemis de la République, participation à la révolte de la ville de Lyon, agiotage sur les assignats, etc., etc.

le sol est composé d'argile pure, ils auront beau vider des tombereaux de chaux sur les pauvres corps, la terre n'absorbera rien, elle rendra tout; elle n'en voudra pas plus que n'en ont voulu les citoyens. Dieu merci! ma triste besogne finit à l'échafaud. La Commune paye quatre corbeaux qui reçoivent les corps de mes aides et les transportent à leur tombe. Desmorets, mon premier aide , les accompagne , pour présider au dépouillement avec le greffier et signer le procès- verbal. L'argent, les bijoux trouvés sur les suppliciés sont portés à la Commune; les habils et vêtements de toute espèce sont envoyés aux hospices. Le tribunal a condamné aujourd'hui un homme dans des circonstances assez singulières. C'était un nommé Doyen, marchand de bois, habitant le village de Pinon dans le département de l'Aisne. Il était riche et très-avare. Sa petite fortune lui donnait des envieux, et, dans la terreur de se compromettre, depuis une année il avait absolument renoncé à l'usage de la parole. Il vivait très-retiré et muet volontaire; il

ne communiquait que par signes avec ceux

auxquels il avait affaire. Si on lui demandait l'heure, il se contendait de présenter sa montre sans autrement répondre. Cette réserve singulière fut taxée d'aristocratie et métamorphosa ses envieux en ennemis très-acharnés. L'arbre de la liberté qui ornait la place publique du bourg ayant été méchamment renversé pendant une nuit de nivôse dernier, ce fut naturellement sur le citoyen Doyen que se portèrent les soupçons. Une perquisition fut opérée à son domicile. Pendant qu'on visitait le premier étage, un des gendarmes restés au rez-de-chaussée avisa trois on quatre bûches dans une armoire et il se préparait à en mettre une dans le foyer, lorsque Doyen, qui rentrait avec les municipaux, se précipita sur lui, et oubliant son mutisme il lui cria: «Pas celle-là.» Si avare qu'on le connût, on s'étonna que sa tendresse pour un des morceaux de bois dont sa cour était pleine suffît à opérer un si grand miracle ; un des municipaux prit la bûche, et, la plaçant sur champ, d'un seul coup de merlin il la fendit en deux morceaux. En même temps que le bois se déchirait on entendait un tintement

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métallique, et une vingtaine de louis d'or roulaient sur le carreau. Cela suffisait à sa perte. Convaincu d'accaparement il fut envoyé au tribunal révolutionnaire, devant lequel, mais trop tard, il recouvra complètement la parole. Avec lui sont morts : Clément-ChristojtJie Lorimier de Chamilly, valet de chambre du ci-devant roi , celui qui s'était enfermé au Temple avec lui ; Réné d'Adhémar, ex-noble ; Jean-Baptiste Champeix, élève en chirurgie ; Louise Dumay, femme Montaigu, mercière; Jean- Baptiste Duleu, entrepreneur de bâtiments ; Micheline Uubart, en religion sœur Dorotliée, ex-novice; Jacques Braud, volontaire au 2P bataillon de la Nièvre ; Joseph Meyvière, ex-noble et capitaine au 32° régiment ; Jacqtœs- Léon-Ester de Fiqucrolles, ex-garde constitutionnel du roi; Félicien Mi Ion, ex-membre de l'Assemblée constituante, convaincus de manœuvres tendant à provoquer le rétablissement de la royauté Jean- Baptiste lté tour née, excuré de Berny (Somme); Marie-Marguerite Boullel, rentière; Nicolas Dorleans, charretier; Pierre Richard, jardinier; Philippe- Auguste

Charton, membre du conseil municipal de Montreuil ; Marie- Jeanne Cor rie, couturière ; Joseph Baquet, tonnelier; Anne-Thérèse Raffê, veuve Coquet, rentière, et Augustin- Jacques Testard du Lys, ex-prètre et ex-noble, convaincus de manœuvres et intentions séditieuses, d'avoir aidé ou coopéré à la destruction d'un arbre de la liberté.

6 messidor. La peur de mourir a décidé un prisonnier des Madelonnettes à se pendre. Voilà la simplicité de Gribouille justifiée d'une façon bien lugubre. Avant de s'attacher à la corde , cet homme a écrit à Robespierre une lettre ainsi conçue : « Vertueux Robespierre, prenez soin de ma femme, qui ne va plus avoir de quoi vivre. » C'est le second qui va ainsi au-devant de la mort. L'ancien valet de chambre du ci-devant duc de Coigny, un nommé Cuni, détenu à Port-Libre, s'était déjà coupé la gorge avec un rasoir, après avoir laissé un testament ainsi conçu : « C'est le commissaire de police de ma section qui veut que j'aille à la guillotine. Il dit que je suis un coquin, que j'ai volé tout ce que je possède à

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mon maître. Ce n'est pas vrai, mais il me ferme la bouche quand je veux répondre. J'ai économisé pour mes nièces et pour un pauvre orphelin que j'ai toujours assisté. Je les recommande à la Convention nationale, et je prie le concierge de porter ce testament au Comité de salut public. » Exécutés du jour : François-Louis- Auguste Bernard, lieutenant général au ci-devant bailliage d'Aix ; Alexandrine- Eugénie Zeclerc, femme Bernard; Marie- Robert de Labelinaye, ex-noble et chevalier des ordres du ci-devant roi; Joseph Mouton, rentier; Joséphùie Juhel, femme de ChedodaJ, cultivateur; Jean- Baptiste-Constant GuerouU, homme de loi; Jacques Desprès, cuisinier; Grégoire Houel, aubergiste; Victor Notter, déserteur; Jacques Dutnis, garçon . d'écurie, convaincus de s'être montrés les ennemis de la patrie en provoquant la dissolution de la représentation nationale et le rétablissement de la royauté; Corentin Perron, Théodore André, Mathieu Taupin, tous les trois cultivateurs; Jacques Texier, homme de loi ; Charles Perrot, cordonnier; Joseph Duhaumont, ex-prètre;

Lvopold Collas, marchand d'estampes; Constant Marquet, cocher et loueur de carrosses; 1 Julien de Balicour, ex-noble ; Charles-Baptisfin Huymy, cantonnier de route ; Auguste Letellier, professeur; Jacques CrouiUère, charpentier, et Robert CrouiUère, aussi charpentier, fils du précédent; Marie Sallier, femme de Jacques CrouiUère; Joseph Toiirnemine, exprêtre, convaincus d'avoir conspiré contre la République en s'opposant au passage des citoyens de la première réquisition, en cherchant à réveiller le fanatisme et à favoriser le fédéralisme. Le déserteur Notter avait un chien. C'était ce chien, auquel il était fort attaché, qui, l'ayant fait reconnaître, avait provoqué son arrestation. L'animal l'avait accompagné ii la prison; il s'était installé à la porte, où la charité des commissionnaires le nourrissait. Il a reconnu son maître dans la charrette, et , avec de grandes démonstrations de joie, il s'est mis à gambader en aboyant autour des voitures; il nous a accompagnés jusqu'à la place du Trône-Renversé. Quand il est descendu, le soldat a caressé la pauvre bête, et celui-ci lui a

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Tait grande fête; il a prié plusieurs personnes de l'emmener et de l'adopter, aucun n'a voulu ou n'a osé. Lorsque le moment de la séparation définitive est arrivé, il n'a plus voulu quitter son maître; malgré les cris, les menaces et les coups, il l'a suivi sur la plateforme. L'un de mes hommes l'a jeté en bas; il essayait encore de gravir l'escalier, comme s'il eût compris que le soldat avait besoin de son secours. Lorsqu'on a jeté le cadavre dans le panier, l'animal a poussé de lugubres hurlements; un gendarme l'a percé d'un coup do pointe. Cette foule, presque impassible lorsqu'on ne tue que des chrétiens, s'est indignée pour un chien. J'ai vu l'heure où on allait faire un mauvais parti au gendarme; des pierres sont tombées sur la guillotine; un ouvrier a relevé le chien et l'a emporté dans son tablier.

7 messidor. Il fut un temps où les femmes étaient les plus courageuses et les plus fortes, où l'exception de la Dubarry à cette vaillance pouvait passer pour une expiation; aujourd'hui elles sont redevenues femmes, chancelantes et gémissantes à cette terrible heuro v ic

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«le la mort. La journée a «Hé épouvantable. Le faubourg Antoine s'en souviendra. Kilos étaient vingt-trois femmes clans la charrette, de divers âges et de diverses conditions, toutes égales par le désespoir, par la terreur, par l'horreur de leur destinée. Cette marche «les voitures, dont chaque tour de roue était marqué par un sanglot, par un cri d'angoisse, par une invocation ; ces visages livides et marbrés, les yeux hagards, les supplications da «•as malheureuses qui tantôt allaient à Dieu et tantôt descendaient aux hommes, écœuraient les plus déterminés. A trois ou quatre reprises, j'ai vu la foule se disperser et la rue devenir déserte. Mes hommes étaient plus que d'ordinaire sombres et farouches; l'un d'eux a dit : « On nous contraint à déshonorer la guillotine. » Je n'ai pas été le seul à souffrir aujourd'hui (1).

(I) Condamnés et exécutés le *ï nus-idor : Louise Fle><ry, veuve Tard y, fermière, quarante uns; Marguerite Supin, veuve Duplcssis, rentière, soixante uns; Jeannr Jtoissard , journalière , dix-lmit uns ; Marie G aillât te. veuve Roissard, soixante ans; Marte Thibaalt. journuhère, quarante uns; Anna Grande, couturière, dix-huit

8 messidor. Les autres détenus de Bicètre, compromis par les dénonciations de Valagnos, ont été exécutés aujourd'hui. Parmi eux était l'ancien représentant du peuple Osselin ; il avait caché dans une petite maison , située dans les environs de Marly, une femme émigrée, madame Charry. Cette généreuse act ion lui a coûté en premier lieu la liberté, ensuite la vie. 11 avait

ans; Louise S/but. veuve Lienard, domestique, trente ans: Juliette Raf fin. veuve Regnard, journalière, trente ans ; Caroline Bonnin, veuve Picard, couturière, soixante jin«; Marie-Antoinette Salomon, journalière, vingt-huit ans; Claire Oliveav. journalière, trente-six ans; Mari* Joly. femme Rarechau, épieière, vingt-deux ans; Marguerite Bretomaille. veuve Prote, journalière, soixante ans; Augustine Morisset, veuve Joly, quarante ans; Virginie Picard, femme C/»awj/o>7, couturière, trente ans; Jeanne Picard, couturière, vingt-trois ans; Marie. Bartlicau, veuve L' lié rit eau . soixante ans ; Marie-Marthe Boisseau, veuve Supin, quarante-quatre ans; Antoinette Albisson , femme de Peyssac, trente-trois ans; Marie - Elisabeth -Fi'licie Martinet, femme Occard de Corberon . ei-devant noble, cinquante-trois ans; Augustine LÀenard . ouvrière, dix-sept ans ; Marie- Françoise R#ch, femme de môciage, quarante ans; Marthe-Baptistine Joly, tileuso, cinquante ans; Joseph-Maurice Occard de Cor beron, écuyer ordinaire de la Dauphine ; Emile-Charles- Auguste de Larivière, ex-mousquetaire noir; Jean Ri g al.

commis l'imprudence de confier son secret à un misérable qu'il croyait son ami. Introduit auprès de madame Charry, celui-ci s'éprit de la belle proscrite, il mit ù, son silence un prix qui révolta la jeune femme; elle repoussa ses propositions, et le lendemain la force armée envahissait sa retraite : elle était arrêtée, menée au tribunal et guillotinée.

ex-secrétaire général du département du Gard; Constantin Morisset, propriétaire, ex-noble ; Etienne Donat, proprioluirc; Albert AUost , négociant, ancien député à l'Assern- Mée législative; Jean -Pierre Du forés, ex-bénédictin; ( ieorges Martin, marchand de toile; Louis Colin, brodeur; Alexandre-Louis Martinet, colonel du 10e régiment d'infanterie; Mathieu A Heaume, perruquier; Etienne de Peyssac, employé au bureau des subsistances ; A Ifred d'Adouville, ex-chanoine de la collégiale de Lille (le jugement qualifie ce condamné de fils adultérin de Louis XV;; Charles Robert, dragon au 13* régiment; Lt'npvld Dupont, inaréchal-des-logis de la cavalerie de ligne; Jacques Mannevillc, marchand de coton ; A lexis Feiret, cavalier au 1" régiment; Joseph Lebret, tisserand ; Xicolas-Franrois Jouvenct, manouvrier; Jean f^efevre, cabareticr: intelligences avec les rebelles de la Vendée et de la ville de Lyon, manœuvres tendant à appuyer une pétition qui contrariait le recrutement, troubles excités à la porte des Bouches, asiles donnés aux frères Rabaut et à l'ex-ministre Lebrun, décrétés d'accusation, etc., etc.

La loi qui punit de mort celui qui donne asile à un condamné n'était point encore rendue , Osselin fut puni par dix années de fers, jeté à Bicêtre et confondu avec la lie des scélérats. Son ancienne position , et surtout ses liaisons avec le parti de Danton, le désignaient à ceux qui s'étaient chargés de déblayer les prisons ; il figura parmi les conjurés qui, d'après Fouquier, voulaient mettre en broche les cœurs des membres des comités et en souper ! Décidé h se soustraire au supplice , il était parvenu à arracher un gros clou d'une solive de son cachot, et hier matin il se l'était enfoncé dans les entrailles à trois reprises et sans parvenir à se tuer. Th... , officier de santé de la Conciergerie, a eu un accès de bon sens et d'humanité ; il est vrai que cet accès ne s'est pas prolongé outre mesure. Lorsqu'on est venu chercher Osselin pour le conduire au tribunal, Th.. . représenta que c'était une barbarie inutile, que les trois blessures qu'Osselin avait au ventre le condamnaient plus sûrement encore à une mort prochaine que tous les votes du tribunal. Mais celui-ci ne renonçait pas volontiers à, la seule tète qui donnât un peu de relief à cette obscure

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moisson de Bicètre ; Liendon insista; on a porte Osselin à l'audience, et Dumas a bien voulu accepter ses ralements pour des réponses. Au moment où on l'apportait dans l'avant-greffe il s'est évanoui. On lui a fait respirer du vinaigre, il a repris ses sens; ses yeux, en se rouvrant, se sont fixés avec un douloureux étonneinent sur ceux qui l'entouraient, et il a dit : « Quoi ! cette mort , elle ne viendra donc pas ï » Il a essayé de dégager ses mains qu'un aide avait saisies pour les lier : il voulait arracher l'appareil de sa blessure. Th... , qui lui donnait des soins, lui a dit : « Soyez tranquille, il y a loin d'ici à la guillotine , et avant d'y arriver, à moins d'un miracle, vous n'aurez pas de désagréments avec elle ! » Sa prédiction ne s'est, réalisée qu'à moitié. Lorsque nous sommes arrivés là-bas, Osselin, qu'on avait placé sur un matelas dans une ebarette, ne donnait pas signe d'existence : son œil était vitreux , ses lèvre* livides, sa bouche béante, ses dents contractées. Le croyant bien mort , j'ordonnai à Desmorets de jeter une couverture sur le cadavre et de le laisser dans la charrette; mais Th... , qui nous

h\: < *II AM.KS-HKNttY * AN SOS Si 1T

a vait accompagnes, a soutenu qu'il vivait encore et qu'il y avait lieu d'exécuter le jugement, ,1e m'en défendais ; alors il m'a dit : « Imbécile , s'il est mort , peu importe qu'il arrive dans l'autre monde avec sa tête sous le bras; tandis que si nous la lui laissions et que par hasard il ressuscitât, cela nous incommoderait à coup sûr toi et moi ; aussi dans le doute ne t'abstiens pas. v On le porta sur la bascule; mais pas un de ses muselés n'a tressailli lorsque le couteau est tombé, et quoi qu'ait prétendu Th.., , je suis certain que nous avons décapite un c;;-

davre. Avec lui sont morts T :

(1; Maduuùii DcxoKucts, ex-huissier-priseur ; Fch.rl 'o'tor Marqu 'u r, ex-hussard; Mnrc Trouve, ex-curé «le Moissy; Lnnis-Prosp, ,- J'icm-d, pâtissier; Loitis-ffeorges ttosyuet/ymrnuYwT, Jorqtu s Lcmsson, ofUcier désuni»:; Fea, trois Pc, , '>,». jardinier. (Jacques Lcmasson et François Perrin étaient les seuls prévenus qui, dans le proeè* tic La Kouëric, avaient éoliuppé à lu mort; ils avaient été condamnés aux l'ers et subissaient leur peine à Bicélre. > Charles- A V><: rie JJeschuruirs-Sillery, ex-aid»-do-4:ainp (li!s naturel du représentant liruslard de Sillery, exècre avec les (Girondins); Frédéric Rcmitiav, marcliund d'indienne; Ludoric-Constautin Billion, cleix.de procureur; Joseph Durent, scieur de long ; Josrph-François Mes-

Le journal de mon aïeul finit brusquement au î) messidor , sans qu'il ait déterminé les raisons qui le décidaient à. le suspendre. Il ne se targuait point de sensibilité . et cependant sa robuste constitution, cette inflexibilité de son cœur devant la mort , que lui-memo il se charge d'accuser, n'avaient point résisté à la violence des impressions qui tous les jours venaient s'ajouter aux impressions de la veille.

//•/<»/, gendarme ; Henry Sentis, ex-prétre ; Joseph-Nicolas Sachet Etalasse, boutonnier; Maurice Baron, ex-dragon nu 1e régiment; André Mouret, ex-soldat d'infanterie; Lnuis-Charles-Raymond Lapointe, homme de loi; Baptiste J/uot. palefrenier; Jacqucs-Gustarc Asselincau, épicier; Saturnin Bail, employé aux charrois; Auguste Minard, brocanteur; Luc Carbonnier, dit Baux, manouvrier; Joseph Larcher, maçon; Ale.vandre Darthus, tailleur; François Villejwt, marchand de sel; Louix Beandot, chirurgien; Lambert-Frédéric Landroit, batteur de plûtre; Charles Cotel. soldat; Félix Jacquinat, dit Monte-au-Ciel , soldat; Marc-Edmond Beaufort » tabletier ; Jean-Baptiste A llain, plombier ; Etienne JIvssée, voilurier; Rnni-Jean (iuillot. cordonnier: convaincus d'avoir formé le projet de s'emparer des citoyens composant la force armée; de forcer les portes des prisons eu so réunissant aux agents de Pitt, parmi lesquels on comptait Konsin et autres, pour aller égorger les représentants du peuple les plus marquants, membres des comités do

A la suite de l'exécution des chemises rouges, une crise de la redoutable maladie qui, quelques mois après messidor, devait le décider à résigner ses fonctions, l'avait déjà contraint de s'aliter. Mon grand-oncle, qui en semblable cas le remplaçait, s'était aperçu qu'à cette époque, la plus navrante de toute la période révolutionnaire, le vieil exécuteur pliait visiblement sous le faix de sentiments qui ressemblaient des remords. Il était pâle, agité, inquiet ; il

salut public et de sûreté générale, leur arracher le cœur, le faire rôtir et le manger, et enfermer les plus patriotes dans un tonneau garni de pointes de fer. Ce sont là et textuellement les motifs énoncés dans le jugement. Si la pensée qui les dicta ne fut pas inspirée à Fouquier par le désir de rendre la tyrannie aussi ridicule qu'elle était odieuse, ou bien de jeter au bon sens et à l'opinion publique un audacieux défi, un tel ramas d'absurdités pourrait bien être l'indice d'un égarement du cerveau. Jean-Baptiste Maillet-Comte, domestique; Maurice-Louis Guy, marchand de vins; Xicolas Mcret, commissionnaire ; Louis Lops, ouvrier en baleines; Camille Aftet, marchand de vins; Léon Sosntte, brocanteur; André" Valinn, cuisinier; Jacques Blot , négociant; Léon Durât, teneur de livres; Baptiste Kossier, mercier; Hippolyte Francaut, brocanteur; Louis-Vie torin Spites, négociant : convaincus d'agiotage sur les deniers publies, achats de numéraire ; intelligences avec les ennemis, furent exécutés en même temps.

cherchait la solitude, et cependant bien souvent la solitude fut pour lui une occasion d'inexplicables épouvantes. Tout bruit inattendu le faisait frissonner. Il ne racontait plus à sa femme et à ses enfants les scènes dont il avait été le témoin. Les sympathies, les haines, les regrets, les colères auxquels jadis il donnait si aisément un libre cours, semblaient setre effacés de son àme pour le laisser sous l'obsession de ce que je n'oserais pas appeler de l'horreur, mais ce qui était certainement du dégoût et de ceux qui commandaient et de lui-même qui obéissait. Avec de telles pensées, sous l'influence du mal auquel il était en proie, on comprend qu'il ne se soit plus décidé à évoquer, dans le silence et dans la solitude du soir, les fantômes qu'avait laits, le matin, le couteau de la guillotine. Dès les derniers jours de prairial, les noms des exécutés quotidiens ne figurent plus que rarement dans ses notes. Il est vrai qu'à cette époque la guillotine se trouvait vnuutwcïalemcnt organisée, que lorsque le patron s'abstenait, la mort ne devait pas moins trouver chez lui un tentur de livres. Desmorets, dont parle Charles-Henry

Ui: CHAItl.KS-IlKNHY SANSON

Sanson et dont le petit-fils est aujourd'hui exécuteur à Bordeaux, cumulait avec ses fonctions de premier aide celle de commis. Les procèsverbaux du dépouillement des victimes, rédiges par lui chaque soir, étaient collationnés sur un registre qui restait entre les mains de l'exécuteur. C'est d'après ce registre que j'ai dressé les listes qui n'avaient pas été conservées par mon grand-père, après les avoir soigneusement comparées à celles des journaux du temps et à la nomenclature du peu véridique Prudhonime (1). Je renvoie à la lin du volume le complet martyrologe des mois terribles de messidor et de thermidor, et je vais poursuivre mon historiographie de 1 echafaud à l'aide d'autres documents laissés par mon père.

(1) Après avoir obtenu un fructueux débit d'un livre intitulé: les Crimes des Rois; en 1*795, l'ex-jacobin Prudhomnie supposa que le moment était venu d'éditer: les Ctnntes de la Révolution. Autre temps, même indutri». Marchand consciencieux , Prudhommc voulut que ses lecteurs eussent des victimes pour leur argent. Le chiffre réel était de nature ù satisfaire les plus difficiles ; il l'a enflé cependant à l'aide d'altérations des noms et dê doubles emplois, dans des proportions très-con«idHrsib!e.c.

MANUSCRIT DE MON PÈRE

SES ÉTATS DE SERVICE DANS l/> RT1 1 I.EPIR

J'ai dû donner fidèlement et presque sans interruption le journal de Charles-Henry Sanson. Ce triste nécrologe, qui enregistre au jour le jour les victimes de la formidable époque de la Terreur, m'a paru former les actes diurnes de Téchafaud de 1793, et à ce titre je lui ai reconnu une importance historique qui ne me

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permettait point d'y toucher. J eu jii doue scrupuleusement respecté la teneur, et je pense que nies lecteurs m'approuveront. Il y a quelques enseignements dans ce. compte rendu quotidien, que l'homme chargé d'une tache aussi sanglante traçait chaque soir, de sa besogne, à l'heure de la solitude et du recueillement. Ces notes sont brèves, concises, comme devait l'être alors le bilan de la guillotine; la main lasse de tuer garde à peine encore la force d'écrire, et la conscience muette n'ose s'interroger. A peine celui qui tient ce registre de supplices ose-t-il hasarder un timide regard hors de son funèbre horizon sur les événements qui se pressent autour de lui. On sent qu'il vit dans un singulier temps où chacun ferme les yeux pour ne pas voir et ne pas se sentir vivre.

Keposons-nous donc de cette lecture terriliante. Un manuscrit de mon père, rédigé bien longtemps après, mais qui se rapporte à des événements de la même date, va nous en fournir l'occasion. Il révèle des particularités intéressantes sur le revirement d'opinion qui s'était

SES ÉTATS Dl". ÂKaVH K 1 > A N .* !. A Kl I M.KKIK 25S

opéré en faveur de l'exécuteur. La République nous traitait mieux que la Monarchie ; elle nous avait fait un rôle trop important et recourait trop souvent à nos services, pour ne pas nous en tenir meilleur compte. C' est incontestablement la seule époque où la réprobation attachée à nos fonctions se soit trouvée presque effacée. Au lieu de l'éloignement invincible que nous avions toujours inspiré, ou vit pendant la Terreur des représentants du peuple, des orateurs de clubs, célèbres par leur civisme, la line fleur des sans-culottes, tenir a honneur do fraterniser avec l'exécuteur : Liberté, égalité, fraternité cl la mort.

Il ne s'agissait plus de ces timides arrêts du Conseil et du Parlement qui osaient à peine défendre de nous appeler bourreaux ; il s'agissait de nous trouver une dénomination glorieuse qm répondit à la grandeur de notre mission. On avait proposé très-sérieusement d'appeler désormais l'exécuteur : Vengeur pu Peuple; de le vêtir d'un costume imposant qui le désignât à. tous les yeux comme un des personnages les plus importants de la nation. Un grand

M AN'. S( RIT DE MON Pli RE

artiste, le peintre David, avait donné dans ces folies et était venu voir mon grand-père pour s entendre avec lui sur ce costume, dont il n'avait point dédaigné de faire un dessin inspiré par le souvenir des licteurs de l'antiquité romaine. Charles-Henry Sanson déclina l'honneur de cet accoutrement , et manifesta le désir de rester vêtu comme il l'avait toujours été.

Mais ce n'était là que les moindres faveurs dont on comblait mon grand-père ; souvent en se rendant aux exécutions avec son sinistre équipage, avant que le peuple ne fût las de ces massacres, il entendait courir sur son passage un murmure approbateur. Peu s'en était fallu plusieurs fois que ces furies qu'on appelait les tricoteuses de la guillotine ne lui fissent une ovation. Quelques-uns des aides étaient en commerce galant avec plusieurs d'entre elles : c'était le grotesque dans le hideux.

J'ai hâte de passer à un autre sujet et à. des images moins repoussantes. Je vais donc laisser parler mon père qui va nous raconter un témoignage de sympathie beaucoup plus ho-

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