‹ Sept générations d'exécuteurs 16881847 Mémoires des Sanson mis en ordreChapitre 7 sur 24 · SES ÉTATS DE SERVICE DANS I/AUT1LLE1UE · texte numérisé non relu

SES ÉTATS DE SERVICE DANS I/AUT1LLE1UE

cette compagnie n'était que de quatre-vingtquatre hommes ; mais ce qu'il y a de plus particulier, c'est qu'au moment du soulèvement, le capitaine et les deux lieutenants étaient absents, et que ce fut le sous-lieutenant, un enfant de quinze ans au plus, qui marcha à la tète de sa petite troupe contre le rassemblemont qu'on prétendait si nombreux. Cette audace fut couronnée de succès. La rencontre eut lieu dans la plaine entre Maupertuis et Coulommiers, et aussitôt que les paysans se virent chargés par ce faible détachement de cavalerie, ils se débandèrent et prirent la fuite après avoir tiré quelques coups de fusil, qui heureusement ne blessèrent que peu de monde. Alors les chasseurs se déployèrent et emmenèrent le noyau de cette foule tumultueuse qui mit bas 1rs armes et se laissa conduire sans résistance jusqu'à Coulommiers, où on l'enferma dans l'église Sainte-Foy; la prison se trouvant trop petite pour contenir tant de personnes. Kn elfet, les prisonniers n'étaient pas moins de huit cents, tant hommes que femmes et enfants.

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» A mon arrivée, comme on craignait quelque retour offensif de la part des fuyards dispersés la veille pour délivrer les prisonniers, on nous fit ranger en bataille sur la place, devant l'église où ils étaient enfermés. Nous avions amené six pièces de quatre, six caissons et deux forges, le tout avec un attelage de quatre chevaux, ce qui faisait donc cinquante-six chevaux. Nous chargeâmes les pièces à mitraille et les mimes en batterie devant les portes de l'église, avec menace de lâcher la bordée au moindre signe de rébellion.

» Cette attitude résolue imposa à la multitude et suffit pour étouffer dans son germe l'insurrection que les agitateurs avaient si imprudemment soulevée. Nous avions, du reste, avec nous cinq cents hommes d'infanterie et un escadron de cavalerie, ce qui, avec nos deux compagnies d'artillerie et un dépôt du 6" bataillon de Paris qui se trouvait à Coulommiers en subsistance, formait un effectif de huit à neuf cents hommes. Cette force bien disciplinée eût été grandement suffisante pour apaiser des troubles plus considérables, puisqu'on a vu

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un petit détachement de quatre-vingts chasseurs, sous la conduite d'un enfant de quinze ans, mettre en fuite une foule innombrable et lui faire huit cents prisonniers. Aussi le jeune sous- lieutenant fut-il l'objet des plus vives félicitations auxquelles nous joignîmes sincement les nôtres, et les plus désappointés après les insurgés, ce furent le capitaine et les deux lieutenants de la compagnie de chasseur:quand ils revinrent à leur poste, car ils avaient laissé échapper au profit de leur jeune collègue un honneur qui aurait dû leur appartenir.

» Lorsque les esprits furent calmés, cette concentration devenue trop onéreuse pour un si petit endroit fut répartie par détachement? dans les localités environnantes. Un fut envové a. la Ferté-(Jaucher, un autre à l'ancienne abbaye de Fannoutiers. et un troisième à Hozayen-Brie. Quant à moi. je restai à Coulommiers avec le gros de la troupe. Nous formions un état-major composé au moins de trente officiers ; nous prenions ensemble nos repas, et la plus grande harmonie régnait entre nous. Mon

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âge et les temps singuliers où nous vivions , ■fout concourait à me faire oublier qu'un jour viendrait où je jouirais bien plus difficilement «lu commerce de mes semblables.

» Je m'occupais avec zèle de mon commandement, entretenant une sévère discipline, exerçant souvent ma compagnie pour ne pas lui laisser perdre le peu d'instruction qu'on lui avait donnée, pour dresser nos chevaux aux manœuvres, et enfin imposer en môme temps à la population, dans le cas où quelques mécontentements qui y couvaient encore auraient tenté de faire explosion. Mais je dois dire que la grande majorité de la ville nous était favorable; il n'y avait que la campagne qui, dans le commencement, nous voyait d'un assez mauvais œil; mais elle finit aussi par se faire à nous.

» Ce qui est plus extraordinaire , c'est que, pendant les six mois environ que nous restâmes h Coulommicrs, nous n'eûmes avec l'autorité civile aucun de ces graves conflits qui la brouillaient alors presque partout avec l'autorité militaire. Cependant le comité révolutionnaire

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