SES ÉTATS DE SERVICE DANS L'ARTILLERIE 2C'J
de Coulommiers était singulièrement composé : il avait, notamment, pour président un petit bossu si gonflé de son importance, qu'on aurait cru que c'était ce qui lui enflait l'échiné. Ce grotesque personnage ne savait ni lire ni écrire; mais cela ne l' empêcha point de prendre un arrêté par lequel toutes les lettres devaient lui être remises à, la poste et passer sous ses yeux, avant de parvenir à leur destination.
» J'étais alors en correspondance fréquente avec ma famille d'abord et quelques amis que j'avais à Paris, de sorte que je fus une des premières victimes de l'arbitraire de cette petite caricature de tyran. Une lettre qui m'étaif adressée lui fut remise ; il eut l'insolence de l'ouvrir ; mais, ce qu'on ne saurait imaginer, c'est que ni lui ni ses collègues n'ayant pu en déchiffrer un mot, ils eurent l'impudence de me mander devant eux pour leur dire ce qu'elle contenait. J'avoue que j'eus peine à maîtriser ma colère et mon indignation, et qu'au lieu de l'explication qu'ils me demandaient, j'éclatai en plaintes et en reproches sur un pareil abus de pouvoir, les félicitant ironique-
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MANUSCRIT DE MON PÈRE
nient que leur ignorance diminuât d'autant la portée de leur indiscrétion. Je les menaçai de signaler une telle conduite à mes chefs, qui ne manqueraient pas de me faire rendre justice, et j'eus la satisfaction de les intimider assez pour me faire remettre la lettre avec prière de ne pas donner suite à un différend dans lequel ils regrettaient de s'être trompés sur le compte d'un bon patriote.
» Je n'étais pas facile que l'allaire se terminât îiinsi, car la lettre était de ma pauvre mère et contenait, sur les victimes de l'époque, quelques gémissements qui, s'ils avaient su lire, auraient pu ne pas leur paraître d'un civisme irréprochable. Je ne songeai depuis qu'en tremblant au mauvais pas dont mon assurance nous avait tirés.
» J'eus encore maille à partir avec le comité dans une autre circonstance, où, cette fois, il ne s'agissait plus de moi, mais de deux hommes de ma compagnie qui avaient enfreint un des arrêtés dont il se montrait si prodigue. Nous étions alors sous l'empire de cette loi du maximum, dont les effets furent si déplorables. Les