‹ Sept lecons de physique generaleChapitre 11 sur 11 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

M. Sainte-Beuve, de l’Académie française et sénateur, adressait, le H juillet 1867, à un jeune catholique libéral, une lettre dont nous extrayons ces lignes qui nous ont vivement attristé et contre lesquelles nous protestons de toute notre énergie :

« Qu’on en gémisse on non, la foi s’en est allée ; la science, quoi qu’on dise, la ruine; il n’y a plus pour les esprits vigoureux et sensés, nourris de l’histoire, armés de critique, studieux des sciences naturelles, il n’y a plus moyen de croire aux vieilles histoires et aux vieilles bibles. Dans cette crise, il n’y a qu’une chose à faire pour ne point languir et croupir en décadence : passer vite et marcher ferme vers un ordre d’idées raisonnables, probables, enchaînées, qui donne des convictions au défaut de croyances, et qui, tout en laissant aux restes de croyances environnantes toute liberté et sécurité, prépare chez tous les esprits neufs et robustes un point d’appui pour l’avenir. Il se crée lentement une morale et une justice à base nouvelle, non moins solide que par le passé, plus solide même parce qu’il n’y entrera rien des craintes puériles de l’enfance.

La foi s’en est allée et elle s’en va de plus en plus chaque jourl C’est vrai, hélas! absolument vrail et nous dirons ailleurs pourquoi. Mais ce qui est faux, absolument faux, nous le prouverons aussi jusqu’à l’évidence, c’est que la science ait tué la foi ; c’est que la morale indépendante , qui n’est qu’un vain mot, si on la sépare de la religion naturelle, puisse fournir un point d’appui pour l’avenir.

Nous touchons tout simplement, par notre faute, à ces temps prédits par le grand Apôtre saint Paul, où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, s’éloigneront de la vérité et retourneront aux fables. Ce qui tue la foi, ce qui infailliblement tuera la science, la morale, la civilisation, et nous ramènera à la barbarie ; c’est le matérialisme et la littérature matérialiste. Est-ce que déjà la science française il 'est pas considérablement amoindrie, et bien inférieure à la science des nations rivales? Est-ce qu’au sein de nos mathématiciens, de nos physiciens, de nos botanistes, etc., de la seconde génération, vous voyez se dresser quelque

grande figure qui s’impose et promette de faire école? Les mathématiques s’en vont, la physique s’en va, etc., etc., voilà ce que nous entendons répéter sans cesse autour de nous ! Demandez aux Chevreul, aux Dumas, aux Faraday, aux Herschell, etc. ; s’ils ne craignent pas pour la science, autant et plus que pour la foi, la fatale invasion du positivisme, l’excès d’audace de vos prétendus esprits rigoureux et sensés, armés de la critique, studieux des sciences naturelles, qui font de la science un temple sans Dieu, un corps sans àme, un chaos de faits sans causes et sans but. L’étude des sciences a absorbé ma vie, et ma foi est aussi vive qu’aux jours calmes de ma jeunesse bretonne, et je suis prêt à démontrer qu’il n’est dans la science aucun fait, aucune théorie en opposition avec la foi chrétienne, catholique ; je sens mieux chaque jour que la foi, qui n’est en réalité que le télescope de la raison et du coeur, agrandit dans une proportion énorme les horizons et les aspirations de la science, et je suis toujours dans les sentiments que j’ai exprimés en ces termes dans la première édition de ma télégraphie électrique :

« J’étais en septembre 1843, sur le pont de Londres, centre et point culminant de la civilisation matérielle la plus avancée qui fût jamais.

« Mon imagination alors était vivement exaltée parle spectacle, unique au monde, de ces centaines de bateaux à vapeur qui fendaient avec une vitesse excessive les eaux du grand fleuve, de ces locomotives qui partaient en mugissant pour dévorer l’espace, de ces fils métalliques envahis par la foudre et qui jetaient vers tous les points de l’horizon des messages prompts comme l’éclair, de ces milles vomitoires plus élancés que les obélisques du vieux monde, et qui laissaient retomber sur l’immense cité les flots de leur fumée utile à la fois et lugubre.

Mais mon intelligence était plus éclairée que jamais par les lumières de la foi 1

Mais mon cœur vibrait, mieux que jamais, à l’unisson des inspirations consolantes et éminemment humanitaires de la religion chrétienne 1

Mais je comprenais mieux que je ne l’avais compris jusque-là le céleste enseignement : Gloire à Dieu 1 Paix aux i hommes de bonne volonté ? Le règne du Dieu peut seul amener sur la terre le règne de la justice et du bonheur de l’humanité ! Et voici le sentiment qui m’agitait :

Plus encore par l’invention de la télégraphie électrique que par l’emploi de la vapeur, l’homme est devenu un géant. Or, les divines Écritures et les traditions de tous les peuples nous racontent qu’il l’a déjà été dans les temps primitifs. Oui, il y eut autrefois une race de géants, et leur histoire si lamentable pourrait, si nous n’y prenons garde, redevenir la nôtre. L’enfant de Dieu, c’est-à-dire l’homme spirituel, trouva belles les filles de la terre, c’est-à-dire les créatures matérielles. Un fol amour obscurcit tout à coup sa raison et déprava son cœur. L’esprit arriva tristement à s’identifier avec la terre. Cette union insensée et criminelle produisit les géants. Et, en effet, quand le génie de l’homme concentre toute son activité et toute son énergie sur la matière, quand il l’anime en quelque sorte de son souffle de vie divine, il devient comme créateur. Mais alors aussi, dans l’ivresse de son triomphe, il se croit Dieu , il n’élève plus ses regards vers le ciel , il se replie sur lui-mème, il s’identifie de plus en plus avec la terre, dont la masse finit en quelque sorte par l’absorber. Et bientôt commence une affreuse réaction. La matière devenue reine, énerve et subjugue son roi. Asservi, abruti par les sens, l’esprit a perdu tout son élan. La science s’éteint, l’industrie meurt et la barbarie recommence. — F. Moigno.

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