‹ Sept lecons de physique generaleChapitre 10 sur 11 · LA. SCIENCE ET LA FOI · texte numérisé non relu

LA. SCIENCE ET LA FOI

Le passage (les leçons de mon illustre maître qui aura le plus frappé l’attention des lecteurs sérieux est la seconde règle qu’il impose au savant comme garantie des erreurs qu’il pourrait commettre dans l’établissement des théories en apparence les plus incontestables.

« Il doit rejeter, sans hésiter, toute hypothèse qui serait en contradiction avec les vérités révélées. Ce point est capital, je ne dirai pas, dans l’intérêt de la religion, mais dans l’intérêt des sciences, puisque jamais la vérité ne saurait se contredire clle-mème. C'est pour avoir négligé cette règle que quelques savants ont eu le malheur de consumer en vains efforts un temps précieux qui aurait pu être heureusement employé à faire d’utiles découvertes. » Ces paroles' sont dures, trop dures, s’écriront les savants de la génération nouvelle, nous ne saurions les entendre! Et cependant elles sont l'expression nécessaire de la plus capitale des vérités. Sur ce point nos convictions sont plus profondes encore et plus vives s’il est possible que celles de Cauchy. Dans sa marche incessante vers le progrès, le savant doit aller essentiellement et sans cesse du connu à l’inconnu. Le connu est son point d’appui, la base de laquelle, solidement établi, il doit s’élancer vers des régions nouvelles. Or rien n’est plus connu, el plus absolument certain que les faits énoncés dans la sainte Cible. Si Laplace les avait admis, il n’aurait pas fatalement nié que la lune eût pour destination, au moins secondaire, d’éclairer les nuits de la terre ; il ne se serait pas exposé à un démenti cruel en assignant dans le système du monde au satellite de la terre, une position absolument incompatible avec la stabilité du monde planétaire, etqui constituerait la terre dans des conditions trèsinférieures d’inhabitabilité; il ne se serait pas efforcé, dans son Essai philosophique et sa Théorie analytique des probabilités ,

d’ébranler toutes les bases de la certitude historique, etc. S’ils avaient tenu compte de la Bible et des traditions de tous les peuples, M. d’Archiac et les géologues de l’école à laquelle il appartient n’auraient pas eu la faiblesse de se faire les échos gratuits d’assertions aussi vaines que cellesci... Dans l’ordre physique de la nature, l’apparition de l’homme ne fut marquée par aucune circonstance particulière... Rien ne dénotait encore en lui cette suprématie qu’il a successivement acquise par un phénomène psychologique tout particulier... Combien d’années ont dû se passer avant l’invention de l’écriture... L’homme a reproduit et transmis les objets qu’il voyait avant ses propres idées, etc... Aucune espèce ne nous montre plus que l’espèce humaine une enfance aussi longue, aucune n’a mis autant de siècles à se développer et à manifester ses caractères propres, etc., etc.

Qu’il nous soit përmis de prouver par quelques citations que les convictions de M. Cauchy sont partagées aujourd’hui encore par un grand nombre de savants distingués.

1. En juillet 1864, les journaux anglais ont publié la déclaration suivante, signée de deux cent dix noms éminents, trente membres de la Société royale de Londres, quarante médecins célèbres, etc., etc., parmi lesquels nous nommerons’- Thomas Anderson, J.-H. Balfour, Thomas Bell, J. -S. Bowerbank, sir David Brewster, James Glaisher, Thomas Ryner Jones, James P. Joule, Robert Main, sir Henry C. Rawlinson, Thomas Richardson, Henry D. Rogers, Adam Sedgwick, Alfred Smee, John Stenhouse, etc.

« Nous soussignés, livrés à l’étude des sciences naturelles, désirons exprimer notre sincère regret de ce que la recherche de la vérité scientifique est détournée de son but par quelques hommes de ce temps-ci, qui en font une occasion de jeter des doutes sur la véracité et l’authenticité des saintes Ecritures. Il nous parait impossible que la Parole

de Dieu écrite dans le livre de la nature et la Parole de Dieu tracée dans la sainte Ecriture se contredisent l’une l’autre , quelque différence qu’elles semblent présenter. Nous n’oublions pas que les sciences physiques ne sont pas complètes, mais seulement en voie de progrès, qu'à présent notre raison bornée ne nous permet de voir qu’obscurément, comme à travers un verre ; et nous croyons avec assurance qu’un temps viendra où l’on verra les deux témoignages s’accorder dans chaque détail. Nous ne pouvons nous empêcher de déplorer que les sciences naturelles soient considérées avec défiance par beaucoup de personnes qui ne les étudient pas, uniquement à cause de la façon inconsidérée dont plusieurs les mettent en opposition avec la sainte Ecriture. Nous croyons que le devoir de tout homme qui étudie les sciences est de ‘poursuivre l’investigation de la mature dans le seul but d’éclaircir la vérité, et que, s’il se trouve que quelques-uns des résultats obtenus par lui semblent être eu contradiction avec la Parole écrite, — ou plutôt avec l'interprétation qu’il en fait lui-mème, laquelle peut être erronée, — il ne doit pas affirmer présomptueusement que ses conclusions ne peuvent qu’être justes et les affirmations de l’Ecriture fausses ; mais plutôt il doit maintenir les unes et les autres à leur place respective, les laisser côte à côte , jusqu’à ce qu’il plaise à Dieu de nous faire voir la façon dont on peut les concilier. Au lieu d’insister sur les différences apparentes entre la science et les Ecritures, il serait aussi bien de s’en tenir à la foi sur les points où elles sont d’accord. »

L’illustre astronome et physicien sir John Herschell refusa de s’adjoindre à cette protestation solennelle, mais il le fit dans des termes qui prouvent jusqu’à l’évidence que les doctrines de Cauchy sont les siennes :

« Je refuse d’apposer mon nom à cet écrit, dit-il dans une

lettre écrite de Collingwood, le 6 septembre 1864, parce que je regarde tout manifeste religieux comme une infraction à la tolérance sociale qui protège la liberté des opinions religieuses dans ce pays, avec un respect tout spécial. En même temps je proteste contre ceux qui interpréteraient mon refus de signer cette déclaration comme une profession d’athéisme ou d'infidélité. Mes sentiments sur les rapports mutuels de l’Ecriture et de la science ont été depuis longtemps publiés, et je ne vois pas de raison d’y rien changer ou d’y rien ajouter. » Sir John Herschell, en effet, dans son célèbre discours sur l'Etude de la philosophie naturelle , édition de 1838, p. 7, disait : «Sans aucun doute, le témoignage de la raison naturelle sur quelque objet qu’elle s’exerce, doit de toute nécessité s’arrêter court devant les vérités que la révélation a pour objet de faire connaître. Mais en même temps qu’elle pose l’existence et les principaux attributs de la divinité sur des fondements de nature à rendre le doute absurde et r athéisme ridicule , elle n’oppose incontestablement aucun obstacle naturel ou nécessaire à des progrès ultérieurs.

II. Un des rédacteurs les plus estimés de la célèbre revue anglaise Quaterly Review , vol. 108; juillet 1860, p. 266, écrivait ces mémorables paroles : « Celui qui est persuadé que le Dieu de toute vérité est aussi le Dieu de la nature et de la Révélation, peut-il penser que sa voix, dans l’une et dans l’autre bien comprise, puisse jeter la division parmi ses créatures et les induire en erreur? Nier les faits qui s’accomplissent dans le domaine de la nature, parce qu’ils semblent être en contradiction avec la révélation, ou les dénaturer pour les forcer à parler la même voix que la Bible, ce n’est là qu’une forme déguisée de cette loyauté empressée et à courte vue qui ment dans l’intérêt de Dieu et veut par toutes sortes de tromperies servir la cause du Créateur et de la vérité. Le véritable chrétien chemine au milieu

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des œuvres de la nature avec des vues bien autrement nobles. Les paroles qui sont gravées sur les roches antiques de notre globe sont les paroles de notre Dieu, elles y ont été gravées de sa main. Elles ne peuvent pas plus être en contradiction avec sa révélation écrite dans son livre, que les paroles de l’ancienne alliance qu’il a gravées lui-même sur des tables de pierre ne peuvent être en contradiction avec celles qu’il a tracées de sa main dans les livres du Nouveau Testament. L’homme pourra trouver qu’il est difficile de concilier toutes les manifestations de ces deux voix, mais qu’importe? Ne sait-il pas qu’ici-bas son intelligence est bornée, et qu’il approche du jour où seront levées toutes les contradictions qui semblent exister entre ce qui devrait être uni. 11 peut se tranquilliser avec certitude et se réjouir de la lumière reçue, sans s’inquiéter de ce qui peut être voilé encore. Un homme d’un esprit élevé et d’une grande sagesse pratique, dit Sedgwick [Discours sur les études de V Université, p. 153), un homme dont la piété et la bienveillance ont longtemps brillé à la face du monde, et dont une critique railleuse n’a jamais, révoqué en dcute la droiture, le docteur Chalmers, disait solennellement en 1833, devant une réunion nombreuse de savants venus de toutes les parties du royaume, que dans sa conviction profonde, le christianisme a tout à espérer et rien à craindre des sciences physiques. Tel est vraiment l’esprit du christianisme et aussi l’esprit de la véritable science. »

III. M. William Allen Miller, un des physiciens et des chimistes les plus renommés de l’Angleterre; trésorier et vice-président de la Société royale de Londres, prononçait au sein du congrès de l’Église anglicane, réunie à Wolwerhampton, le 3 octobre 1807, un discours remarquable sur la Bible et la science, que nous résumons fidèlement dans les pages qui suivent :

— an —

« 1° Objet de la Bible. — La Bible se présente à nous comme une révélation divine ; elle proclame les rapports de Dieu âvec l’homme, dans la mesure qu’il a plu à Dieu de nous les révéler, et elle nous enseigne comment nous pouvons recouvrer la faveur Divine, quand nous l’avons perdue par le péché. Elle contient, en un mot, la déclaration authentique de ( la rédemption de l’homme, — cette grande vérité, que « Dieu a aimé tellement les hommes qu'il a donné Son Fils bien-aimé pour que tous ceux qui auront cru en Lui ne périssent pas, mais qu’ils obtiennent la vie éternelle . » (Saint-Jean, III, 16.)

Ces vérités doivent être acceptées telles qu’il a plu à Dieu de nous les déclarer, car leur découverte dépasse complètement les bornes de l’intelligence humaine. Ici donc, il est fait un appel à la foi, à la confiance, à l'espérance. Ici il y a une révélation adaptée aux besoins intérieurs de l’homme, capable d’adoucir ses misères présentes et de satisfaire ses aspirations à un bonheur futur.

Quel est donc le merveilleux livre qui contient ces trésors? Je ne devrais pas dire un livre, mais une bibliothèque ! Non pas même simplement une bibliothèque, mais une littérature! Il contient les plus anciennes traditions que l’on connaisse de l’histoire primitive du monde, et des documents écrits à diverses époques, embrassant un intervalle de plus de quinze siècles. Ces écrits sont variés dans leur nature — historiques , législatifs , poétiques, didactiques et prophétiques — composés dans des langues différentes, par* environ quarante auteurs, dont quelques-uns étaient instruits et les autres illettrés, ceux-là monarques et hommes d’état, ceux-ci simples pécheurs ou adonnés aux travaux des champs. Chaque auteur néanmoins conserve son caractère individuel, et agit suivant son degré d’intelligence. Chacun d’eux, sans cesser d’être une frêle créature hu-

maine, s’emploie à fournir sop contingent aux archives qui renferment les titres de nos espérances. Aussi saint Paul s’écriait-il, en parlant de lui-même et de ses vaillants compagnons : « C’est un trésor dans des vases d’argile. »

Puisque tel est le caractère général de la Bible, et qu’elle forme en quelque sorte une grande mosaïque, dont toutes les parties distinctes concourent à l’harmonie de l'ensemble, nous ne devons jamais perdre de vue les circonstances de son origine. Ses écrivains naturellement et nécessairement employaient des expressions figurées, familières à leurs lecteurs, et appropriées à leurs conceptions. Elle peut dire : « le soleil se lève, » « ou la lune et les étoiles nous retirent leur lumière , » bien que ces phrases n’expriment que des faits apparents, et non des faits réels. Il est vrai que du temps de Galilée, l’emploi de telles expressions, auxquelles on donnait à tort une signification littérale dans la Bible, fut la base de l’accusation d’hérésie qui lui fut intentée ; mais est-ce que ces mêmes phrases ne sont pas celles dont nous nous servons journellement pour exprimer les mêmes faits? Est-ce que nos astronomes eux-mêmes n’emploient pas les expressions du lever et du coucher du soleil, en substituant ainsi les apparences aux réalités?...

.... La Bible ne se propose nulle part d’expliquer la structure de l’univers, ou de déterminer les lois de la science, — de diriger les travaux du physicien, ni même de fixer la date précise de ce « commencement » dans lequel « Dieu a créé le ciel et la terre. » Elle n’aurait pu d’ailleurs être comprise des hommes de toutes les nations en général, et son but eût été manqué. Toute critique des expressions delà Bible et de leur manque d’exactitude scientifique est donc futile et hors de -propos ; il en est de même de tous les efforts que l’on tenterait pour démontrer l’exactitude rigoureuse et littérale du sublime langage dans lequel elle décrit

les phénomènes de la nature, et pour les faire concorder avec les découvertes scientifiques. La science, notons-le bien, change continuellement son point de vue. Ce qu’elle considérait hier comme une vérité est aujourd’hui reconnu ime erreur, et elle emploie une langue qui n’est pas moins variable que ses théories. Il n’en est pas ainsi de la Bible ; sa langue est de tous les temps ; elle n’a aucun besoin de changer, et elle ne change pas.

On ne peut donc s’étonner des critiques du texte de la Bible, qui sont faites tantôt avec les intentions les plus candides, tantôt dans un esprit hostile ; et il est du devoir du Chrétien qui cherche à s’instruire de les prévoir et de se rendre capable de les réfuter. Il ne doit nullement mépriser la critique. La vérité divine peut-elle jamais craindre la discussion ? Que le Chrétien examine donc la vérité mûrement, et avec une entière liberté ; qu’il apporte à sa défenie toutes les ressources de la dialectique, et qu’il se confie à Dieu pour le résultat. L’épreuve la plus concluante de la vérité est de résister à toute discussion honnête et consciencieuse. Ne craignons donc pas de soumettre les fondements de notre foi aux plus sévères investigations. Ces investigations, d’ailleurs, se feraient même contre notre volonté. Leurs résultats peuvent nous déterminer à suspendre notre jugement sur quelques points, et nous faire abandonner des opinions auxquelles nous adhérions depuis longtemps. Mais notre croyance s’en trouvera épurée, comme le grain qui a été passé au tamis.

II. Objet de la Science. — La Science ne nous apprend rien sur la nature ou l’origine de l’âme, rien sur ses devoirs actuels, ni sur sa destinée future. Elle ne s’occupe pas des lois qui règlent le monde spirituel, ni des moyens que possèdent les intelligences pour communiquer les unes avec les autres, ou pour agir sur les dispositions morales des

habitants de la terre. Son grand objet est la découverte de la vérité, telle qu’elle se présente dans la nature ; elle cherche à reconnaître les qualités primitives de la matière, et les lois qui régissent les actions et réactions des différentes sortes de matière les unes sur les autres ; en un mot, elle concentre ses investigations dans le monde matériel, et s’applique à en saisir les relations mutuelles. Son stimulant est un désir incessant de connaître, implanté dans le cœur de l’homme; sa récompense est de maîtriser les œuvres de la nature, d’étendre sur elles une domination toujours croissante; et de pareilles recherches, quand elles sont faites dans un bon esprit, ont pour résultat d’élargir nos vues sur la puissance illimitée, la sagesse, la bonté et la grandeur du Créateur lui-mème.

Le pouvoir de la science se montre spécialement dans les nombreuses applications pratiques de ses principes qu’on a faites dans ces dernières années, et par lesquelles l’homme a pu conquérir sur les forces de la nature : le moulage électrique par le dépôt des métaux de leurs solutions, des aimants d’une puissance prodigieuse, une lumière qui rivalise avec celle du soleil, une chaleur supérieure à celle de tous les fourneaux, des auxiliaires merveilleux dans la vapeur et l’électricité , des messagers silencieux qui transportent nos pensées avec la rapidité de l’éclair d’un hémisphère à l’autre, etc., etc.

III. Quelques difficultés dans les rapports de la Bible avec la science. — Les personnes étrangères à la science trouvent quelquefois difficile de décider jusqu’à quel point elles doivent accepter ce qui leur est affirmé au nom de la science. On suppose généralement que dans la science rien ne s’impose comme article de foi; qu’on exige toujours la preuve des assertions, soit par l’observation directe, soit par les rigoureuses déductions de la logique. Il en est ainsi, effecli-

vement, dans les sciences complètes; mais les sciences réellement complètes sont en petit nombre ; et dans beaucoup de cas, principalement dans les sciences nouvelles et qui ont un développement rapide, il est nécessaire de distinguer soigneusement entre les faits et les théories dont les faits ont fourni la base. Les faits, en les supposant exaetetement constatés, sont immuables, mais cette exacte constatation est une tâche fort difficile. On voit des faits, reçus longtemps comme exacts, recevoir chaque jour des restrictions ou des modifications. Les explications des faits constatés varient nécessairement beaucoup plus encore que les observations des faits eux-mèmes ; à mesure que les faits s’accumulent, nous les apercevons sous un point de vue plus large et plus élevé. En géologie, par exemple, l’ordre de succession des couches stratifiées, leur épaisseur relative, la nature de leurs fossiles, les proportions numériques de chaque genre ou de chaque espèce de plantes ou d’animaux particuliers à chacune de ces couches, sont des faits sur lesquels il n’y a "pas de disputes. Mais la durée de la formation de chaque dépôt et les conditions dans lesquelles ils se sont formés, sont des sujets de controverses, et sur lesquels les opinions conçues d’abordjpeuvent sans cesse se modifier.

Tl est permis à l'homme de science, et c’est ce qu’il fait souvent, de proposer une théorie tout à fait inexacte qui est admise provisoirement. Lors même qu’une théorie* a été reconnue inexacte, elle peut avoir son utilité, car, ainsi que l’observe Bacon : La vérité sort plus facilement de l'erreur que delà confusion. Une théorie peut se trouver en désaccord avec une opinion qu’on se sera habitué à considérer comme résultant du texte de l’Ecriture sur le sujet. Mais dans tous les cas, sa valeur scientifique ne doit être décidée que d’après des considérations également scientifiques, et par conséquent elle doit être adoptée si elle explique complètement les phé-

nomènes, si toutes ses parties se coordonnent harmonieusement, si elle n’est en opposition avec aucune autre théorie.

La science, comme la littérature, a ses romans. Si parfois ses adeptes donnent l’essor à leur imagination, gardez-vous de les traiter d’infidèles, parce que leur langage et leurs idées ne seront pas conformes au langage simple et aux idées sublimes de l’Écriture. Mais si l’homme de science se déclare l’ennemi de la Bible, et s’il tente d’ébranler notre foi par des sophismes, qu’il soit traité comme il le mérite.

11 peut arriver que l'imagination du poète, les fascinations du génie éblouissent un instant et entraînent en erreur l’homme même du sens le plus droit ; mais la vérité ne tarde pas à reparaître, et les fausses visions s’évanouissent au retour des calmes examens de la raison. En Outre, l’impulsion donnée à l’esprit dans une telle circonstance, provoque de nouvelles recherches, et les efforts pour réfuter l’erreur amènent quelquefois à découvrir de nouvelles vérités.

Par exemple , les questions semblables à celles que « M. Darwin a remis à l’ordre du jour, l'origine des espèces, et le développement des divers ordres de la vie animale, doivent se décider non par un recours au premier chapitre de la Genèse, mais en invoquant la doctrine mathématique des probabilités, la possibilité ou l’impossibilité du concours de toutes les circonstances requises pour la production de chacune des innombrables séries de transformations qu’il faudrait mettre en jeu ; et la réalité établie ou non établie de ce mode de transformation graduelle dans les êtres qui se sont succédé au sein des couches superposées du globe terrestre, ou parmi les races existantes d’êtres organisés.

Il en est de même des observations récentes et des discussions relatives à l’antiquité de l’homme. Nous devons les juger, non pas simplement par leur accord avec les dates

placées à la marge de nos bibles, quoique la chronologie de l’Ecriture sainte, par la nature même de la question, soit le plus important des documents à prendre collatéralement en considération, mais en en pesant scrupuleusement les arguments fournis par les observations actuelles, et donnant à tous les faits leur valeur réelle. Cela posé, si les résultats de nos recherches s’accordent ou ne s’accordent pas avec les opinions que nous nous étions faites jusque-ilà, nous devons accepter les conclusions auxquelles nous avons été conduits, en restant prêts à les garder ou à les modifier suivant que la découverte de nouveaux faits l’exigera. Nous n’avons pas encore de données certaines sur les périodes exactes de temps nécessaires à l’accumulation de ces restes préhistoriques de la race humaine. Même entre ceux qui ont sérieusement étudié la matière, il existe des différences très-prononcées d’opinion sur l’espace probable de temps qui s’ejt écoulé pendant la formation d’un même dépôt géologique. Il est clair, par conséquent, que nous manquons des données nécessaires pour formuler un jugement raisonnable.

En un mot, dans ces questions, de l’origine des espèces, de l’antiquité de l’homme, de la théorie nébulaire de la formation des soleils et des planètes, et quelques autres, il importe de se rappeler que plusieurs des difficultés qu’elles semblent présenter à celui qui étudie la Bible, naissent non de faits démontrés, mais d’hypothèses proposées sur des données très-incomplètes... »

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