‹ Sept messéniennes nouvellesChapitre 14 sur 21 · NAPLES · texte numérisé non relu

NAPLES

D'après le récit de tous ceux qui ont vu Naples, peu de villes peuvent rivaliser de magnificence et d’attraits avec l'ancienne Parthénope. On ne saurait se lasser d'admirer le riant azur de sa baie que mille barques sillonnent dans toutes les directions. A droite, Naples s'étend sur le rivage demi-circulaire, dominé par le fort Saint-Elme et le Pausilipe; à gauche, on découvre un amphithéâtre de montagnes escarpées, où se dessinent, entre les forêts et les précipices, tantôt un édifice monastique, tantôt une ville ou une bourgade.

Après avoir traversé Castellamare, Yico et Meta, on arrive à Sorrente^ dont nous parlerons ailleurs. A

NOTES

quelques milles de cette ville, s’élève l’île de Caprée avec ses roches blanches et escarpées, qui semblent une haute barrière naturelle imposée aux flots pour protéger la baie intérieure. À. ce spectacle magique ajoutez la lumière de ce beau ciel d’Italie , que le spectateur le plus indifférent contemple avec un enthousiasme d’artiste. On comprend qu’on oublie dans les délices d’un tel climat, et parmi les séductions toujours renaissantes de ces sites, l’éternelle menace du Vésuve , qui est si près de Naples ; c est un peuple qui joue ou dort pendant qu’un tyran se repose de sa colère.

NOTE il.

Par les flots balancée, nue barque légère,

Hier, m’avait porté sur ce vaste vaisseau, etc.

Le capitaine seul de ce vaisseau semblait garder le secret sur le vrai but de son voyage; mais les officiers étaient tous persuadés que l’Angleterre avait enfin résolu d’employer une intervention armée en laveur des Grecs. C’était un singulier contraste qu’offraient à l’imagination ce navire , dans lequel on n entendait parler que de liberté, d’indépendance et de gloire, et

NOTES

cette capitale réveillée naguère un moment au bruit de ces trois puissantes paroles , mais retombée aussitôt dans son indolent repos comme enivrée des délices de son climat. Voyez la Messénienne intitulée Parthénope et U Etrangère .

NOTE III

Ses longs mats dans les cieux montaient en pyramides.

On trouve dans le Childe-Hœrcld\di description d’un vaisseau et d’une flottille, qu’on ne sera pas fâché de rapprocher de ce passage. Le poète anglais décrivait simplement un convoi pacifique ; le poète des Messéniennes admire surtout l’appareil belliqueux d’un navire qu’on espérait être un allié de la glorieuse marine des Hellènes.

NOTE IY.

Comme toi menaçant, et comme toi omet,

Vésuve, etc.

On ne sait trop, en étudiant l’histoire des volcans, si l’Italie ne doit pas plutôt se louer de leurs bienfaits qu’elle ne peut se plaindre de leur colère. Partout le feu

circule dans les veines de cette terre si fertile. Le rocher du Capitole, que Rome appelait eternel, est lui-même la crête tremblante d’un cratère, et la belle Campanie tout entière a été formée par des laves successives, que fertilise la pluie fréquente des cendres volcaniques. Depuis 1822, le Yesuve semble concentrer toute son énergie au dedans de ses entrailles, pour vomir quelque jour encore des torrens dévastateurs. Quelles villes engloutira-t-il cette fois? C'est ce dont les voisins de ce mont formidable s inquiètent fort peu. M. de Forbin a dit avec raison « que le roi de Naples possède en quelque sorte des états doubles, autant de villes souterraines que de villes habitées , et autant de statues que de sujets. »

NOTE Y

Si l’Anglais la délivre, au moins quelques Français Auront versé leur sang pour elle.

Nous nous contenterons de nommer ici les colonels Fabvier et Vouthier. Les Français ne sont point restés en arrière dans cette noble cause , qui méritait peutêtre autant d enthousiasme que les croisades, dans un siècle devenu si religieux.

NOTES

NOTE VI

Laisse-moi caclier les outrages De ses membres vainqueurs de la guerre et des âges,

Que votre Elgin a inutiles.

Nous croyons être généreux envers le noble lord en ne citant pas la Malédiction de Minerve , et en nous contentant de rappeler ici quelques strophes de Chüde- Harcld.

« Quel est parmi tous les sacrilèges qui ont pillé ce temple élevé sur le mont Àcropolis , dont Pallas s’éloigna en pleurant de quitter le dernier monument de son ancienne puissance , quel est le spoliateur le plus barbare et le plus odieux? Rougis, ô Calédonie! c’est un de tes enfans ! Terre d’Albion, je me réjouis de ce qu’il n’est pas né dans ton sein. Tes citoyens libres devraient respecter une contrée qui fut jadis chérie de la liberté. Comment ont-ils pu profaner le séjour des dieux attristés, et emporter leurs autels sur les flots qui refusèrent longtemps d’être leurs complices !

» Mais le descendant des Pietés se fait une gloire honteuse de briser ce qu’avaient épargné les Vandales, les adorateurs de Mahomet et la faux du temps. Il porte un cœur dur et froid,

NOTES

une ame stérile comme les rochers de sa terre natale , celui qui a pu concevoir et exécuter l’odieux projet de dépouiller la malheureuse Athènes. Ses citoyens, trop faibles pour défendre ses ruines sacrées , partagèrent cependant les douleurs de leur patrie : jusqu’à ce jour, ils n’avaient jamais senti aussi cruellement le poids des chaînes de l’esclavage.

« Les enfans de la Grande-Bretagne oseront-ils jamais dire qu’ Albion fut heureuse des larmes d’Athènes? O mon pays! quoique ce soit en ton nom que ces vils profanateurs aient déchiré son sein , crains d’avouer un attentat qui fait rougir l’Europe ! La reine de l’Océan, Albion, patrie d un peuple libre, est chargée des dépouilles d’une contrée dévastée ! Oui , celle qui prête son généreux secours aux nations qu’on opprime a démoli avec des mains de harpie ces restes de là Grèce, épargnés par le temps jaloux et parles tyrans.

« P alla s ! où était ton égide qui arrêta le féroce Alaric et la dévastation? où était le fils dcPéle'e, dont l’ombre s’échappa de l’empire des morts, et apparut, dans ce jour de danger, armée de sa lance redoutable? Eh quoi! le sévère Pluton ne pourrait-il pas laisser encore une fois la liberté à ce guerrier, pour épouvanter cet autre spoliateur! Errant sur les rivages du Styx, Achille n’est plus venu protéger les murs qu’il avait jadis défendus.

NOTES

« O Grèce ! bien froid est le cœur de l'homme qui peut te voir et ne pas sentir ce qu’éprouve un amant auprès des cendres de celle qu’il aima. Qui pourrait voir, sans verser des larmes, tes temples dégrades et tes autels antiques violes par les Bretons, à qui il appartenait plutôt de protéger ces ruines sacre'es? Maudit soit le jour où ils partirent de leur île pour venir déchirer ton sein encore sanglant , et transporter tes dieux désolés dans l’odieux climat du septentrion ! »

NOTE VII

Entre le doux Sorrente, où la grappe dorée Se marie au citronier vert,

Et les rochers aigus de la pâle Caprée.

Nous essaierons de rappeler dans ces notes le récit que le poète a souvent fait devant nous de son excursion à Sorrente.

MM. Belavigne s’étaient embarqués sur un bateau non ponté : tant que la mer fut calme , on n’entendait que de joyeux propos , et tous les regards exprimaient l’admiration que ne cessent d’inspirer les belles perspectives du golfe. Cette admiration est une espèce d’orgueil chez les Italiens, qui semblent croire que les habitans d’une telle contrée sont des êtres privilégiés dans la création.

Mais soudain le vent se lève, la mer s'émeut, la barque se trouve trop chargée ; un cri de détresse retentit au milieu des passagers : c’est la voix mugissante des vagues qui y répond. Chacun chante, avec un accent de terreur, le Lamente des âmes du purgatoire , dont les coups de mer interrompent les paroles pleines de tristesse. Axcroupi dans un coin , un Napolitain paraissait plus absorbé que les autres par le sentiment de son danger: il ne priait pas, il attachait un œil morne sur chaque vague qui envahissait la barque , puis soudain il s’écriait : « Pour quinze grains* dépenser sa vie! » Le malheureux n’etait venu sur le bateau que parce qu’il croyait qu’un voiturier lui avait demandé quinze grains de trop pour le conduire à Castellamare.

Enfin, les flots se calment d’eux-mêmes sous le mont de Saint-Angelo.

On passe tout à coup de la terreur à la gaieté la plus vive. Chacun d’oublier ses prières et ses vœux. Un petit mousse seul se mit à chanter une invocation de reconnaissance à la Madone del Lauro , dont

* Quinze sous de France.

NOTES. 177

l'église s’élève sur le plateau de Meta, entre S or rente et Yico.

On voit près de Meta l’église souterraine de la Trinité, où les voyageurs furent curieux de descendre : on leur avait promis un singulier spectacle. En effet, le long des murs étaient des espèces de momies, ou plutôt des corps desséchés recouverts de robes d’ermite. Les gens du pays s’en approchaient avec un salut demi-familier, demi-respectueux; Lun disait: voici mon cousin ; l’autre : voici mon oncle , priez pour lui. Cette sépulture, à la manière des Guanches, et cette continuation de parenté officieuse après la

mort, tiennent-elles à quelque superstition particulière?

Nos voyageurs obtinrent très peu de renseignemens ; on leur dit que des caveaux du meme genre existent en Sicile. Ils remarquèrent une inscription à l’entrée du caveau :

J o fui che tu sei Che 10 sono tu sarai .

NOTES

IN' OTE Vlll.

Le Tasse errait encor dans l'asile enchante Où l'amour d’une sœur recueillit sa misère, etc.

Rien de ravissant comme le plateau de Meta avec ses berceaux d’orangers et de myrtes, le vert-cendre de ses oliviers, et les jolies maisons blanches qui remplissent les intervalles de cette verdure si heureusement nuancée. Sans doute l’aspect de ces lieux enchantés fut un baume consolateur pour le Tasse, lorsque, fuyant le courroux d’Alphonse, il vint se cacher el pleurer dans les bras de sa sœur. Ce fut la qu’il dut sentir littéralement ce parfum de patrie qui semble rajeunir à la fois le cœur et les sens.

On prétend que le Tasse s était déguisé en patie pour entrer dans la maison de sa sœur Cornélie. Il se présenta comme un messager de ce frère qu’elle regrettait, et fit un touchant récit de ses malheurs ; mais les larmes de Cornélie appelèrent les siennes, et il ne put

résister plus long-temps au désir de les verser dans le sein

de la compagne de son enfance. Tout fut oublié dans leurs mutuels embrassemens ; mais l’irrésistible attrait de la cour, où il aimait d’un amour si fatal, arracha

NOTES

bientôt le poète aux douces joies de la maison paternelle. 11 dit adieu à sa sœur, à Sorrente, au beau ciel de Naples , et alla consumer ses jours dans un hôpital de fous , puis mourir enfin au pied du Capitole . Dans sa courte souveraineté, le roi Joseph Napoléon avait ordonné qu’un monument fût élevé au Tasse à Sorrente. Ce décret est resté sans exécution. Pour tout monument, on vous montre deux myrtes qu’on dit plantés par Torquato lui-même.

NOTES

DE LA

QUATRIÈME MESSÉNIENNE

VVi V

DE LA

QUATRIÈME MESSÉNIENNE

NOTE PREMIÈRE

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