‹ Sept messéniennes nouvellesChapitre 19 sur 21 · VENITIEN · texte numérisé non relu

VENITIEN

L'arme pietose de cantar gbo vogia E di Golfredo la immortal branza Che al fin l'ha libéra co strassia, e dogia Del nostro buon Gesu la sepoltura.

De mezo mondo umto, e de quel bogia,

Missier Pluton no l'ha bu mai paura.

Dio l’ha agiuta, e i compagni sparpaguai Tutti'] gh'i ha messi iusieme i di dcl dai.

NOTES

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Quelques uns des anciens gondoliers savent encore les stances du poëme qui leur était jadis si familier , et deux d’entre eux ont chanté a nos voyageurs , dans une promenade au Lido , la Mort de Clonnde et 1 épisode d ' H erminie.

NOTE Ï1L

Souvent un étranger, qui parcourait ces rives, etc.

L’extrait suivant est emprunté à Y Essai sur le crème et le caractère de lord Byrcn , par M . A . P . :

« Après la publication du dernier chant de Childe- Harcld, Venise et ses environs furent pendant plus de deux années le séjour du poète : sa demeure était une vieille abbaye entourée d’arbres sombres et sublimes. Il allait assez souvent le soir à l’Opéra. Lord Byron trouvait une ravissante poésie dans l’heureuse alliance de la musique et de la langue italienne. 11 aimait aussi à parcourir silencieusement les lagunes dans une de ces gondoles qu’il a décrites si plaisamment dans Beppc , ou bien il excitait les rameurs à répéter encore les chants presque oubliés du Tasse et de FArioste. Cependant la « Borne de l’Océan » paraissait devoir peu convenir à ses habitudes. Passionné comme Alfieri ,

NOTES

pour l'exercice du cheval, c’était un besoin pour lui de s’y livrer chaque jour. Heureusement il existe près de Venise (au Lido) un terrain sabloneux de peu d’étendue, où lord Byron dressait ses chevaux; les Vénitiens, peu accoutumés à ce spectacle, allaient souvent admirer son audace et son adresse. Le poète s’était aussi acquis des titres à leur reconnaissance. On raconte qu’un gondolier eut le malheur de voir sa maison devenir la proie d’un incendie. Byron s’empressa d’acheter le terrain. Une habitation plus commode que la première y fut bâtie par ses soins en peu de temps ,

et il fit dire au gondolier qu’il pouvait retourner chez lui. »

Voyez dans le même ouvrage la traduction d’une lettre où Byron raconte une de ses excursions à la nage dans l’Adriatique et les lagunes, depuis le Lido jusqu’au llialto.

NOTE IV

Lido , triste rivage! 6 mer, plus triste encore, etc.

11 serait difficile de citer une description du Lido, a la fois plus exacte et plus poétique , que celle que nous allons emprunter à un des ouvrages que M. de

NOTES

Chateaubriand * signale parmi les plus marquans de l’époque actuelle.

«Cette disposition mélancolique de l'esprit, qui leur était commune, les éloignait des lieux publics et des plaisirs bruyans auxquels les Vénitiens se livrent pendant la plus grande partie de l’année. Leur temps se passait ordinairement en promenades sur les lagunes , dans les îles qui y sont semées , ou dans les jolis villages de la terre ferme qui bordent les rives élégantes de la Brenta. Cependant , de tous les lieux où ils aimaient à se retirer, il n'en était aucun qui leur offrit plus de charmes qu’une île étroite et allongée , que les habitans de Venise appellent Lido , ou le rivage , parce qu’elle termine en effet les lagunes du côté de la grande mer, et qu elle est comme leur limite. La nature semble avoir imprime à ce lieu un caractère particulier de tristesse et de solennité qui ne réveille que des sentimens tendres, qui n’excite que des idées graves et rêveuses. Du cote seulement ou il a vue sur Venise, le Lido est couvert de jardins, de jolis vergers , de petites maisons simples , mais pittoresques.

* Mélanges Littéraires ( edi lion

des OEuvrcs complètes ).

NOTES

Aux beaux jours de fête de Tannée, c’est le rendezvous des gens du peuple, qui viennent s’y délasser des fatigues de la semaine, par des jeux et des danses champêtres. De là, Venise se développe aux yeux dans toute sa magnificence ; le canal couvert de gondoles présente , dans sa vaste etendue , 1 image d un fleuve immense qui baigne le pied du palais ducal et les degrés de Saint-Marc. Une pensée amère serre le cœur quand on distingue au dessous de ces dômes majestueux les murs noircis par le temps de l’inquisition cVÉtat, et quand on réfléchit à la quantité innombrable de victimes que ces cachots ont dévorées. En remontant vers la crête du Lido , on se sent attire à 1 aspect d’un bosquet de chênes qui en occupe toute la partie la plus élevée qui s’étend en rideau de verdure au dessus du paysage , ou qui s’y divise ça et Ta en groupes frais et ombrageux. On croirait, au premier abord , que cet endroit , favorable à la volupté , ne renferme d’autres mystères que ceux du plaisir ; il est consacré aux mystères de la mort. Un grand nombre de tombes éparses , chargées de caractères singuliers et inintelligibles pour la plupart des promeneurs , semble annoncer la dernière demeure d’un peuple effacé de la terre, qui rfa point laissé d’autres monumens.

NOTES

Cette idée imposante, qui rassemble, qui confond avec le sentiment de la brièveté de la vie celui de l’antiquité des temps , a quelque chose de plus vaste et de plus austère que celle qui naît sur la pierre mortuaire d’un homme que nous avons connu vivant : mais elle n’est qu’une erreur. On n’a pas fait quelques pas, que la rencontre d’une pierre plus blanche, ornée d’une manière plus moderne , et souvent semée encore de fleurs à peine fanées qu’est venu y déposer l’amour conjugal, la piété filiale en deuil, dissipe cette illusion. Ces lettres inconnues sont empruntées à la langue d’une nation à laquelle Dieu a promis de ne point finir, et qui vit séparée des hommes, au milieu des hommes avec lesquels elle n’a pas meme le droit de mêler sa poussière : c’est le cimetière des Juifs. En redescendant à l'oppose de Venise, tout à coup les arbres deviennent plus rares; le gazon poudreux et flétri ne se fait plus remarquer que d’espace en espace ; la végétation disparait enfin tout à fait , et le pied s’enfonce dans un sable léger, mobile , argenté , qui revêt tout ce côté du Lido , et qui aboutit à la grande mer. Ici le point de vue change entièrement, ou plutôt P œil égaré sur un espace sans bornes cherche inutilement ces forêts de clochers superbes, ces dômes

NOTES

éblouissans , ces monumens somptueux, ces bâtimens élégamment pavoisés, ces gondoles agiles qui, un moment auparavant , l’occupaient de tant de distractions brillantes et flatteuses. Il n’y a pas un ressif , pas- un banc de sable qui le repose dans cette vague étendue. Ce n’est plus la surface plane et ovale des canaux tranquilles qui ne se rident le plus souvent que sous la rame légère du gondolier , et qui embellissent , de leur cours toujours égal, des rues où chaque maison est un palais digne des rois. Ce sont les flots orageux de la mer indépendante , de la mer qui ne reçoit point les lois de l’homme , et qui baigne indifféremment des villes opulentes ou des grèves stériles et désertes. »

( Jean Sbooar, par M. Charles Nodier.)

NOTE Y

Le jour qu’un empereur, dans ses sacrés parvis,

Sous les pieds d’un pontife a baisé la poussière î etc.

Le poète fait ici allusion à l’abaissement de Frédéric Barberousse (en 1177) qui, a la voix du pape Alexandre, se dépouilla de la férocité du lion et revêtit la douceur de l’agneau : Leoninâ ferccitate depositâ evinetm m/msuet udinem induit. Voyez dans les notes du quatrième chant de Childe- Harold la cérémonie de l'humiliation

NOTES

solennelle de l’empereur. « Heureusement, dit l’annotateur, la liberté triompha autant que la superstition. Ce fut à cette victoire de l’Église sur l’orgueil de Frédéric, que les états de Lombardie durent la confirmation de leurs privilèges, et Alexandre eut raison de remercier le Dieu du Ciel qui avait donné à un vieillard infirme et sans armes le pouvoir de dompter un despote redouté » .

NOTE VI

C’est en vain que Venise a revu ces coursiers, etc.

Le lion , dans son voyage aux Invalides , n’a perdu que X Evangile que soutenait une de ses pattes. Les chevaux aussi sont venus reprendre la place mai choisie d’où ils avaient été enleves , et sont comme autrefois à demi cachés sous le portique de l’église Saint-Marc. Leur histoire, après bien des discussions, est enfin établie sur des renseignemens satisfaisans. Les décisions et les doutes d Erizzo , de Zannetti , et dermei ement du comte Léopold Cicognara , tendaient à leur donner une origine romaine , et a les faire i emonter jusqu’au temps de Néron ; mais M. de Shlegel survint pour apprendre aux Vénitiens la valeur de leurs trésors , et un Grec, M. Mustoxidi , prouva définitive-

NOTES

ment les droits de ses concitoyens sur cette noble production de Fart.

Yoici Tinscription nouvelle gravée en lettres d’or au dessus de la cathédrale :

Quatuor, equorum. signa, a. V enitis. Byzantio. capta, ad . temp. D. mar. a. r. s. MDCCIV . posita. quœ. hostilis . cupiditas. a. MDCCCI1I. abstulerat. Franc. L imp. pacis. orbi. datœ. trophcrum . a. MDCCCXV . Victor*, reduxit.

Je ne dirai rien du latin , remarque sir Hobhouse ; mais il doit être permis d’observer que l’injustice des Vénitiens, lorsqu’ils enlevèrent ces chevaux à Constantinople , était au moins égale à celle des Français ; il eût été plus prudent d’éviter toute allusion à l’une et à l’autre spoliation. Un prince apostolique se serait peut-être opposé à ce que l’on posât, sur la principale entrée d’une église métropolitaine, une inscription qui n’a aucun rapport à la religion. La pacification du monde peut seule excuser un tel solécisme.

NOTE VII

Quand la hache des lois de degrés en degrés, etc.

Lisez, dans l’excellente Histoire de Venise , par M. Daru, le récit de la mort de Marino Faliero. Ce sujet éminemment tragique a inspiré à Byron de belles scènes, sinon une tragédie parfaite.

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NOTE VIII

La tyrannie est ombrageuse Comme autrefois la liberté.

L’histoire des prisons d’Etat de Venise offrirait un ample commentaire pour ces deux vers.

MM. Delavigne ont pu vérifier la description exacte que faitM. Hobhouse des Pozzi et des Picmbi. Ils y ont retrouvé les inscriptions recueillies par le poète et en ont remarqué quelques autres : en voici une qu on lit dans le cachot le plus près du couloir où l’on exécutait les prisonniers i hcdie wiihi , ctcl,s hbi , aujoui d’hui mon tour, demain le tien ; terrible avertissement légué par une victime à tous ceux qui lui succédaient dans ce lieu d’horreur.

En voici une autre plus consolante , parce quelle parle de l’espérance de l’autre vie, la seule qui fût permise aux détenus condamnes pai les dix.

Maledictus hofno qui confidit in homine , solo Dco honos

et virtus.

« Malheur à l’homme qui se fie à l’homme ; à Dieu seul honneur et vertu.

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