‹ Septicémies au cours de l'évolution des blessures de guerreChapitre 17 sur 35 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Plaies multiples par éclats d’obus. — Etat général grave. — Pâleur très marquée, refroidissement. — Pouls rapide - et presque misérable. — Hémorragie assez abondante par

deux plaies de la fesse. — Septicémie. — Guérison.

À... Pierre, 2° cl., ...° régiment infanterie.

Blessé le 29 août, à midi. Opéré le 29 août, à 18 h. 30.

Actes opératoires. — 1° Plaie pcrforante des deux fesses, orifice d'entrée à gauche, orifice de sortie à droite. Débridement des deux orifices. On constate que le projectile a fracassé le sacrum. L'’articulation sacro-iliaque gauche est largement ouverte, On fend largement tout le trajet d’un orifice à l’autre. Tamponnement, car l’hémorragie vient surtout de l'os. |

2° Plaie perforante de la euisse gauche. Débridement des deux orifices, les muscles déchirés sont déjà violacés, sans aucune réaction, mous sur une grande épaisseur. Excision rapide et tamponnement. |

3° Plaie perforante mollet gauche. Débridement des deux orifices, les vaisseaux paraissent respectés.

Le 29 au soir, l’état général est très grave, le pouls presque incomptable. >

30 août, — Etat général un peu meilleur. On refait le pansement craignant une infection gazeuse au niveau de la cuisse gauche et on installe une irrigation continue à l'eau de riz. Température 37°8-37°6.

31 août. — Progrès notables, pas de température. Ablation

des mèches qui tamponnent la plaie sacrée et la plaie de [a

Di

jambe. La plaie de la cuisse a bon aspect, ne présente pas de sphacèle, elle est recouverte d’un enduit mucilagineux.

2 septembre. — Etat général bon, pansement sec.

Un peu de température du 3 ou 7 septembre, ne dépassant pas du reste 38°6, puis apyrexie. :

Cicatrisation normale.Plaies rapprochées avec des bandelettes de leucoplaste et le 25 septembre il ne reste plus que des surfaces bourgeonnantes à épidermiser .

Héliothérapie. Le blessé commence à se lever et il est

évacué au début d'octobre en excellent état.

Examen de laboratoire. — 1° Hémoculture

Une hémoculture a été pratiquée le 29 août, à 21 heures, c'est-à-dire 2 heures et demie après l'opération.

30 août, — Cette hémoculture.est positive. Bacille immobile, fréquemment diplobacille ne prenant pas le Gram. Un repiquage sur bouillon ordinaire donne bacille identique avec capsule. Sur bouillon ascite, forme longue avec capsule très nette. Ensemencé en gélose profonde Veil lon, le bacille donne en'quarante-huit heures un voile à la surface. L'examen montre des formes d’involutions courtes, en navette, quelques diplobacilles nets, non sporulés, ne prenant pas le Gram. Sur lait, pas de coagulation. Sur géletine, en quarante-huit heures, culture en tête de clou aplati caractéristique. |

L'ensemble de ces caractères indique nettement qu’il s’agit de pneumobacille de Friedlander. |

2° Examen du pus de la plaie dela cuisse gauche pratiqué

le 29 août.

Examen immédiat. — Bacilles prenant le Gram, diplo-

bacilles ne prenant pas le Gram.

- Culture aérobie. — Enduit épais, visqueux avec quelques colonies arrondies, blanchâtres. L'examen montre des cocci prenant le Gram et bacilles, diplobacilles, Gram négatif. Par repiquage on isole pneumobacille de Friedlander et culture sur gélatine donne culture en tête de clou.

Culture anaérobie. — Eclatement rapide de la gélose. Cocciprenant le Gram, quelques rares bacilles, Gram négatif, surtout gros bacille prenant le Gram. Celui-ci isolé par tube de Vignal donne en gélose profonde colonies lenticulaires. Il s’agit d’un bacille prenant le Gram, sans spore, immobile, anaérobie strict, probablement B. perfringens.

En résumé:isepticémie à pneumobacille de Friedlander. Les plaies de la cuisse sont infectées de pneumobacille de Friedlander, de perfringens, visibles à l'examen direct et isolés par cultures ; enfin, de staphylocoque, cé dernier

microbe décelé uniquement par les cultures.

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