‹ Septicémies au cours de l'évolution des blessures de guerreChapitre 35 sur 35 · I. — Existence et fréquence des septicémies · texte numérisé non relu

I. — Existence et fréquence des septicémies

Malgré l’opinion générale admise les septicémies sont particulièrement fréquentes au cours de l’évolution des blessures de guerre. Sur 32 cas examinés, choisis parmi des blessés les plus graves ou des blessés légers, mais fébricitants, nous avons observé 13 cas de septicémies, soit 40 o/o. Pouvant compliquer toutes plaies, même minimes, les septicémies sont surtout fréquentes à la suite des lésions osseuses.

IT. — Les formes cliniques varient suivant les cas observés : i |

1° Septicémies éphémères évoluant vers la guérison sans pyohémie. Elles ne se signalent que par des poussées thermiques ; le plus souvent elles s’observent à la suite de blessures légères.

2° Formes aigues, graves :

Les unes, témoignant d’une vive réaction de défense de l'organisme s’accompagnent de réactions clininiques importantes (frissons, pouls rapide, hyperthermie, sueurs) et évoluent en une douzaine de

jours.

P. Legrain 9

Les autres tuent souvent en hypothermie avec l'apparence du shock ou de l’hémorragie, parfois associés et méritent le nom de formes sidérantes, foudroyantes ou suraiguës.

Ces formes s'observent au cours des blessures multiples, souvent à la suite des blessures des os longs des membres. À

3 Formes subaigues, caractérisées par la longueur de leur évolution, température élevée ou poussées thermiques successives, aboutissant le plus souvent à la pyohémie. Evolution variable soit que le blessé finisse par triompher de cette infection soit qu’il succombe épuisé par la longueur de la lutte.

Ces formes s’observent à la suite de lésions moins importantes surtout au point de vue osseux. .

A côté des septicémies immédiates et précoces il existe des septicémies tardives, réveils d’une infection latente au niveau de plaies en apparence guéries.

HI. — La gravité, d’après nos observations, paraît en rapport avec l'importance des lésions osseuses. )

Sur 5 décès, tous présentaient des septicémies au cours de lésions des os longs. Deux avaient, en outre, d’autres blessures n'intéressant que les muscles.

IV.— Les symptômes qui cliniquement doivent faire songer à une septicémie sont :

Les uns, locaux : diminution des signes de réac- tion locale, des œdèmes entourant les plaies, des adénopathies ; les plaies deviennent atones et sèches,

sans tendance à la cicatrisation, la suppuration est diminuée ou nulle. Parfois des réactions locales

peuvent apparaitre de nouveau, érysipèle, retour de

la suppuration et doivent être considérées comme des symptômes favorables.

Les autres, généraux : ascension thermique souvent brusque, accompagnée de frissons répétés, sueurs, rapidité et petitesse du pouls, atteinte de l’état général. Certains symptômes peuvent dominer la scène comme l’ictère et le délire.

Mais tous ces signes peuvent manquer et la plaie

présenter de la suppuration chez des blessés graves

et hypothermiques.

V. — Les espèces microbiennes rencontrées ont été : æ

Sept fois le streptocoque,

Trois fois le pneumobacille de Friedlander.

Une fois le tétragène,

Deux fois le staphylocoque L'espèce microbienne déterminant la septicémie prédomine toujours au niveau des plaies.

Les septicémies, causées par le pneumobacille de Friedlander et le tétragène, ont été bénignes.

Ce n’est qu’au cours des streptococcémies que nous avons pu individualiser les formes hémorragiques, caractérisées par des hémorragies locales et générales, et la forme anémique. Ceci paraît être en rapport avec les propriétés hémolytiques du streptocoque.

La gravité n’est pas l'apanage du streptocoque.

Deux décès sur cinq sont dus au staphylocoque.

VI. — Au point de vue du traitement médical, l'alimentation et les soins ont une importance capi- tale au cours des longues septico-pyohémies.

L’abcès térébenthiné mérite d’être remis en honneur, la sérothérapie antistreptococcique et l’autovaccinothérapie, méthodes les plus indiquées et les plus spécifiques, peuvent être utiles, surtout cette dernière, dans les formes subaiguës.

VII. — Le traitement chirurgical reste le plus important de beaucoup.

Précoce, c’est le meilleur traitement préventif.

Au cours des septicémies simples avec bon état général on peut se contenter d’assurer une désinfection locale plus active, un meilleur drainage grâce à des interventions secondaires (débridement, ablation d’esquilles, résection). |

Au cours des septicémies aiguës, avec blessures des membres, surtout avec lésions des os longs, dès que l’état général s’altère, l'amputation est le seul traitement.

Il en est de même des septico-pyohémies à grandes oscillations, les collections métastatiques doivent être incisées et le foyer local supprimé.

Vu : le Président de la thèse, QUÉNU Vu : le Doyen ROGER :

Vu et permis d'imprimer Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris,

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