ACTES
avait cours. C'était l’aptitude végétative des microbes
qui commandait la variété des affections sanguines.
Or, écrivent GASTINEL et REILLY : « Nombreuses sont les observations dans lesquelles il serait illusoire de prétendre établir un parallélisme entre l’intensité des signes cliniques et la teneur en agents microbiens. Il n’existe pas de corrélation entre l’état septicémique et la virulence sanguine. Le critérium de cette dissociation serait donc discutable. Mais la distinction entre états septicémiques et états bactériémiques doit être maintenue, car elle répond aux constatations cliniques, d'observation journalière. Au tableau si composite et si grave de la septicémie s’oppose dans sa simplicité celui de la bactériémie, seulement caractérisée par une manifestation à distance du foyer infectieux initial. À vrai dire, la bactériémie traduit avant tout un mécanisme pathogénique, et bien souvent, sa symptomatologie peut être réduite à l’extrême : tel est le cas des « bactériémies d’accompagnement » que décèlent seulement au cours d’un état infectieux la présence transitoire de quelques microbes dans le sang
sans aucune manifestation clinique apparente ».
Cette distinction, appuyée sur des constatations cliniques, mérite d'autant plus de subsister, que par un véritable abus de langage, le terme de septicémie a été employé pour désigner l’infection propagée par voie
sanguine grâce au passage même éphémère de micro-
bes dans la circulation. Et même en acceptant la distinction de principe, nombre d’auteurs ont décrit sous le vocable de septicémie des états nettement bactériémiques. Le fait se retrouve dans des observations de septicémies d’origine auriculaire.
La cause de cette confusion est la compréhension trop exclusivement bactériologique de la septicémie. L’hémoculture n’est pas le seul critérium de l’état septicémique. Elle est impuissante à elle seule à en fixer les limites. Et si on veut donner au mot « septicémie » une signification nettement définie, puisque les renseignements fournis par l’hémoculture ne suffisent pas à caractériser l’état septicémique, force est d’en établir la délimitation sur d’autres bases, qui
ressortissent essentiellement de la sémiologie.
IT. — L'état septicémique est la résultante d’un conflit entre l'apport microbien
et la réaction de l'organisme.
L’infection du sang, considérée en tant que milieu intérieur, ne représente plus l'élément essentiel de la septicémie. Celle-ci n’est que le reflet des vicissitudes du conflit entre les germes microbiens et les divers parenchymes. Ce sont les modes réactionnels de ceuxci devant l'agression bactérienne qui conditionnent
l’état septicémique. Tantôt actifs, ils aboutissent à
JUS a ET MC SPRL ANT ET NS EP ET
mi
9 Ld L . 0 . La L l’abcédation et la limitation du foyer (pyohémie), tantôt faibles ou nuls, ils n’opposent aucune barrière efficace à la libre émigration des germes (septicémie).
LL r r . û 2 L'importance et la durée des décharges microbiennes peut varier dans une grande étendue. On comprend que toutes les transitions puissent être observées (septico-pyohémie).
Le mode réactionnel de l’organisme, l’importance des réactions physio-pathologiques déterminent l’aspect sémiologique de la septicémie : sa constitution répond aux étapes suivantes souvent intriquées :
1° existence d’un foyer, tantôt primitif (porte d’entirée), tantôt secondaire et consécutif à une bactériémie passagère ;
2° éclosion de décharges microbiennes continues ou discontinues ;
3° lyses microbiennes ultérieures;
4° Jocalisations viscérales multiples qui témoignent d’une fixation ou d’une colonisation de germes;
5° troubles généraux du métabolisme tenant aux destructions cellulaires ;
6° inondation ou non du milieu sanguin à la période
pré-agonique.
ConNcLusION. — La septicémie se trouve donc ca-
ractérisée par deux éléments :
Pnns ce
— Jun biologique : présence dans le sang d’un germe pathogène;
— l’autre clinique : frissons, courbe thermique, qualité du pouls, état général.
Et l’on doit en donner la définition qu’ont proposée GASTINEL et REILLY : « la septicémie est toute infection générale conditionnée par la présence constante ou passagère dans le sang de bactéries pathogènes et de leurs poisons. Issue de foyers septiques, appréciables ou non, elle engendre des signes généraux graves tenant à la multiplication des microbes dans l’organisme, à l’action de leurs toxines, enfin aux effets nocifs des produits de désintégration cellulaire : tous
symptômes laissant parfois au deuxième plan le foyer
infectieux initial ».
FREQUENCE
Il est malaisé de se faire une opinion exacte sur la fréquence de la septicémie otogène, car grand nombre d’otites ne sont pas soignées par des spécialistes. La statistique de CHAUVEL donne le pourcentage de septicémies sur un nombre important de suppurations auriculaires. Sur 1.137 cas de suppurations de l’oreille moyenne, il n’a observé que cinq septicémies : soit environ 0,4 %. La statistique de L. TURNER s’échelonne sur 16 ans et concerne 3.500 cas d’otorrhées ayant nécessité une intervention chirurgicale. La septicémie y apparaît dans la proportion de 0,5 % environ.
D’autres statistiques (BEzozr, MycINp, KORNER) donnent des chiffres concernant les thrombo-phlébites auriculaires. Mais il ne s’agit que de chiffres relatifs à la fréquence des complications veineuses par rapport aux complications intra-craniennes d’origine auriculaires; en rapprochant ces chiffres des statistiques générales, on peut conclure grossièrement que la septicémie compliquerait un peu moins de 0,5 % des
suppurations auriculaires.
La septicémie otogène peut compliquer une otite aiguë aussi bien qu’une otite chronique. Ici encore les chiffres que l’on possède quant à sa fréquence relative se rapportent uniquement aux thrombo-phlébites. L'opinion universelle est qu’elle apparaît plus fréquemment à la suite d’une suppuration chronique qu’à la suite d’une affection aiguë de l'oreille. KORNER cite les statistiques de MyciNp, de BLAU, de CALHOUM. Elles donnent des proportions à peu près semblables : 60 % des trombo-phlébites seraient secondaires à une otite chronique, 40 Ÿ à une otite aiguë. Cependant il est des séries où le contraire apparaît et CHATELLIER cite la statistique de GILBERT où, sur 35 cas de complications veineuses, 21 auraient été secondaires à des otites aiguës, 14 seulement à des otites chroniques.
La septicémie peut s’observer à tous les âges de la vie. Elle est rare au-dessous de cinq ans et au delà de cinquante ans. Pour. notre Maître M. A. MOULONGUET, les thrombo-phlébites seraient plus rares chez l’enfant que chez l’adulte. Les sujets du sexe masculin y sont
plus enclins que les femmes. La notion du terrain joue
un grand rôle dans son déterminisme.
ETIOLOGIE
MALADIE CAUSALE. —— En ce qui concerne les septicémies compliquant des otites chroniques, il est souvent difficile de savoir à quelle occasion l'oreille a été atteinte pour la première fois. Quant à l’étiologie des septicémies compliquant des otites aiguës, L. Tur- NER reconnaît comme causes principales et par rang de fréquence : la scarlatine, la rougeole, la grippe. HESSLER, sur une statistique de 85 cas, donne les chif- Îfres suivants où l’atteinte auriculaire était secondaire :
dans 35 cas à une scarlatine;
une rougeole;