DEFINITION DE L’ « ETAT SEPTICEMIQUE
Au cours de l’évolution des idées sur les septicémies, le cadre de l’état septicémique s’est précisé, tendant à dissiper un malentendu sur l’emploi d’un même vocable, pour les uns de sens trop large, pour d’autres trop restrictif. En pathologie auriculaire, où le foyer initial est généralement connu et peut conditionner à lui seul un ensemble de signes infectieux, il est important de connaître avec précision sur quel contexte clinique et à partir de quel moment on peut parler de « septicémie ». Nous voudrions rappeler les caractéristiques de l’état septicémique selon les conceptions récentes. Trois notions essentielles méritent d’être notées : .
1° l’état septicémique ne correspond pas à une « pullulation sanguine »;
2° l’état septicémique n’est pas « qu’une entité
bactériologique »;
3° l’état septicémique est la résultante d’un conflit
entre l’apport microbien et la réaction de l’organisme.
I — La septicémie ne correspond pas
à une pullulation sanguine :
Depuis les travaux de PASTEUR, il était admis que la septicémie était déterminée par une pullulation de germes microbiens dans le milieu sanguin. Cette conception était basée sur les résultats de l’expérimentation animale : au cours de l’évolution du charbon déterminé expérimentalement, le sang apparaissait comme un véritable milieu de culture. La compréhension bactériologique de la septicémie se résumait dans
les deux axiomes suivants :
a) les parasites ne peuvent végéter que dans le sang et les organes hématopoiétiques;
b) mais l’existence de ces agents infectieux dans le sang est fonction directe de leur virulence. Leur aptitude plus ou moins grande à mener une vie intrahumorale conditionne les degrés de durée et de gra-
vité des états septicémiques.
Les travaux de SCHOTTMULLER modifièrent cette façon de voir. Dans ses observations (portant sur 10.000 hémocultures) il fit remarquer que le nombre des bactéries ne lui paraissait pas suffisant pour parler
de pullulation sanguine. Et, d’autre part, il observa
que :
— Tantôt le nombre de bactéries dans le milieu sanguin est constant à des examens successifs alors qu’il devrait s’accroître ;
— Tantôt la numération subit des hausses brutales
pour retomber au taux antérieur.
Il considéra alors les septicémies comme la résultante d’une émigration permanente ou passagère de germes microbiens toujours nouveaux, provenant d’un foyer septique; ce foyer pouvant être soit le siège initial de l’infection, soit une métastase, soit même une
propagation infectieuse de proche en proche.
Selon GASTINEL et REILLY, deux groupes de faits pourraient paraître en contradiction avec cette opinion :
1° certains états septicémiques, tels ceux observés à la suite de thrombose des veines de la face, où des chiffres élevés sont trouvés à l’hémoculture, peuvent faire penser à une pullulation microbienne. Mais l’importance des lésions anatomiques, l'existence de nombreux foyers secondaires peuvent bien expliquer un ensemencement massif et permanent du milieu sanguin et ainsi donner le change;
2° certaines formes de septicémie, par suite d’ « aréactivité générale » de l’organisme, représentent le sang comme un véritable milieu de culture.
&« En fait, hormis les septicémies suraigués qui
reproduisent exceptionnellement chez l’homme le pro-
nd
cessus observé expérimentalement chez l’animal, la multiplication sanguine n’est qu’un phénomène terminal, pré-agonique. Et l’état septicémique est déterminé et entretenu par des décharges microbiennes continues ou intermittentes dans le milieu circulatoire. » (GASTINEL et REILLY.)
Cette notion entraîne son corollaire pratique : il est évident que si le substratum de la septicémie ne réside pas dans la pullulation sanguine, mais dans l’émigration microbienne à partir d’un foyer septique, ii ne faut pas hésiter à détruire le centre d’essaimage et les connexions vasculaires. C’est l’idée directrice de la
thérapeutique des septicémies otogènes.
IL — L'état septicémique
n'est pas qu'une « entité bactériologique ».
Autrement dit : la présence dans le sang d’un germe pathogène n’en est pas, à elle seule, un critérium absolu. Il faut distinguer à ce sujet :
— les bactériémies, caractérisées par la présence
éphémère de germes dans le sang;
— les septicémies vraies, caractérisées par la présence prolongée de microbes dans le milieu sanguin.
Cette distinction avait été déjà faite par les bacté-
riologistes alors que la notion de pullulation sanguine