I. Évang. selon saint Jean, chap. xvii, vers. 1-1 I. [Mj
saint Matthieu comme saint Jean, saint Pierre comme saint Paul.
C'est une grande source d'erreur, dans l'étude des faits, de ne pas savoir s'arrêter à leurs traits généraux et essentiels, et de les oublier pour mettre en saillie des traits partiels et secondaires. On peut, au sujet de la divinité de Jésus-Christ, ce principe fondamental de la religion chrétienne y contester le sens précis et la portée de tel ou tel mot ; on peut éliminer, comme suspecte d'interpolation y telle ou telle phrase de tel ou tel évangile, de telle ou telle épître ; il en restera toujours infiniment plus qu'il n'en faut pour établir que ceux qui croient aujourd'hui à la divinité de Jésus -Christ ne font que croire ce qu'ont cru et dit les apôtres, et que les apôtres eux-mêmes n'ont cru et dit, il y a bientôt dix- neuf siècles, que ce que leur disait Jésus- Christ lui-même.
Les adversaires du dogme de l' Incarnation et de la divinité de Jésus-Christ méconnaissent éga-
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lement l'homme et l'histoire, les éléments complexes de la nature humaine et le sens des grands faits qui marquent la vie religieuse du genre humain.
Qu'est-ce que l'homme lui-même, sinon une incarnation incomplète et imparfaite de Dieu ? Les matérialistes qui nient l'âme et les naturalistes qui nient la création sont seuls conséquents quand ils repoussent le dogme chrétien. Si vous croyez à la distinction de l'esprit et de la matière, si vous ne croyez pas que l'homme soit le produit de la fermentation de la matière ou de la transformation des espèces, vous ne pouvez pas ne pas admettre, dans la nature humaine, la présence de l'élément divin ; vous acceptez nécessairement cette parole de la Genèse : « Dieu créa l'homme à son image ; » c'est-à-dire que vous acceptez la présence de Dieu dans la faible et faillible humanité.
J'ouvre les histoires de toutes les religions, de toutes les mythologies, des plus raffinées comme
des plus grossières; j'y rencontre à chaque pas l'idée et l'assertion de l'Incarnation divine. Le brahmanisme , le bouddhisme , le paganisme , toutes les croyances, toutes les idolâtries religieuses abondent en incarnations de toute sorte et de toute date, primitives ou successives, associées à tel ou tel événement historique, appropriées à expliquer tel ou tel fait, à satisfaire tel ou tel penchant humain. C'est l'instinct naturel et universel des hommes de se représenter, sous la forme de l'incarnation de Dieu dans l'homme, l'action de Dieu sur le genre humain.
Comme tous les instincts religieux, celui de la croyance à l'incarnation divine peut enfanter et a enfanté les plus folles superstitions, les plus extravagantes hypothèses. De même que la foi naturelle en Dieu a été la source de toutes les idolâtries, de même la disposition à incarner Dieu clans l'homme a fait naître et admettre toute sorte d'imaginations étranges et de traditions menson-
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gères. Mais est-ce à dire que toute incarnation divine et toute tradition d'incarnation divine soient fausses? C'est l'infirmité de l'esprit humain que la réalité et la chimère, la vérité et l'erreur s'y touchent de très-près, s'y appellent mutuellement et s'y mêlent incessamment. Les prétendues incarnations de Brahma ou de Bouddha ne prouvent pas plus contre la divinité de Jésus-Christ que l'adoration des idoles ne prouve contre l'existence de Dieu. Jésus-Christ Dieu et homme a des caractères qui n'appartiennent qu'à lui seul. Ce sont ces caractères qui ont fait sa puissance et le succès de son œuvre ; puissance et succès qui n'ont appartenu qu'à lui seul. Ce n'est pas un réformateur humain, c'est Dieu lui-même qui a fait, par J^sus-Christ, ce que nul réformateur humain n'a jamais fait, ni même conçu, la réforme de l'état moral et social du monde, la régénération de l'âme humaine et la solution des problèmes de la destinée humaine. C'est à ces signes, c'est -par Ces
résultats que se manifeste la divinité de Jésus- Christ. Gomment s'est accomplie dans l'homme l'Incarnation divine? Là, comme dans l'union de l'âme et du corps, comme dans la création, arrive le mystère ; mais si le comment nous échappe, le fait n'en subsiste pas moins. Quand le fait a pris la forme de dogme, la théologie a voulu l'expliquer. A mon sens, elle a eu tort ; elle a obscurci le fait en le développant et le commentant. C'est le fait même de l'Incarnation qui constitue la foi chrétienne, et qui s'élève au-dessus de toutes les définitions, de toutes les controverses théologiques. xMéconnaître ce fait, nier la divinité de Jésus-Christ, c'est nier, c'est renverser la religion chrétienne, qui n'aurait jamais été ce qu'elle est et n'aurait jamais fait ce qu'elle a fait si elle n'avait pas eu l'Incarnation divine pour principe et Jésus-Christ Dieu et homme pour auteur.
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