‹ Ser I. Méditations sur la religion chrétienneChapitre 7 sur 64 · CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

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contemporaines ne leur ont manqué. Confucius et Zoroastre ont été des favoris et des conseillers de rois. Fils de roi lui-même, le Bouddha Gàkya- Mouni est devenu l'idole de multitudes innombrables. Pythagore et Socrate ont formé des écoles et des élèves qui ont été l'honneur de l'esprit humain. Par leur génie personnel et par la beauté de quelques-unes de leurs idées et de leurs actions, ces hommes demeurent à jamais admirables. Ont-ils fait ce qu'ils ont dit et accompli ce qu'ils ont tenté ? Ont-ils réellement changé l'état moral et social des peuples? Ont-ils imprimé à l'humanité un grand progrès et ouvert, devant elle, des horizons qu'avant eux elle ne connût pas? Nullement. Quelque éclat qui s'attache au nom de ces hommes, quelque influence qu'ils aient exercée, quelque trace qui soit restée de leur passage, ils ont été plus puissants en apparence qu'en réalité; ils ont agi à la surface bien plus qu'au fond; ils n'ont point retiré leurs nations des ornières où elles

vivaient ; ils n'ont point transformé les âmes. A considérer l'ensemble des faits, et malgré toutes les révolutions politiques et matérielles qu'elles ont subies, la Chine après Confucius, l'Inde après le Bouddha , la Perse après Zoroastre , la Grèce après Pythagore et Socrate, sont restées dans les mêmes voies, sur les mêmes pentes où elles étaient avant eux. Bien plus, chez ces nations si diverses, la décadence s'est bientôt établie au sein de l'immobilité. Où en sont- elles aujourd'hui, après plus de deux mille ans, depuis l'apparition de ces glorieuses figures dans leur histoire ? Quels progrès considérables, quelles métamorphoses salutaires s'y sont accomplies? Que sont-elles quand elles se trouvent en comparaison et en contact avec les nations chrétiennes? En dehors du christianisme, il y a eu de grands spectacles d'activité et de force, de brillants phénomènes de génie et de vertu, de généreux essais de réforme, de savants systèmes philosophiques et cle beaux poèmes my-

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tbologiques : point de vraie, profonde et féconde régénération de l'humanité et de la société.

À peine quelques siècles après ces stériles efforts chez les plus grandes nations du monde, Jésus-Christ apparaît chez un petit peuple obscur, faible et méprisé. Il est faible et méprisé luimême au milieu de son peuple; il ne possède, il ne cherche aucune force sociale, aucun moyen temporel d'action et de succès ; il ne s'entoure que de disciples faibles et méprisés comme lui. Non-seulement ils sont faibles et méprisés; ils le proclament eux-mêmes, et loin de s'en inquiéter, ils en font gloire et en tirent confiance. Saint Paul écrit aux Corinthiens : « Quand je suis venu parmi vous, je n'y suis point venu pour vous annoncer le témoignage de Dieu avec des discours éloquents ou avec une sagesse humaine. Je n'ai pas jugé que je dusse savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. J'ai été moi-même parmi vous dans la faiblesse, dans

la crainte et dans un grand tremblement. Mais je me plais dans mes faiblesses, dans les opprobres, dans les misères, dans les persécutions, dans les afflictions extrêmes pour le Christ ; car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort *. » Et, en effet, le maître de saint Paul, Jésus-Christ est fort dans sa misère et il répand sa force sur ses disciples ; du haut de sa croix, il accomplit ce que naguère, en x4sie et en Europe, les princes et les philosophes, les puissants et les sages ont tenté sans succès ; il change l'état moral et l'état social du monde ; il verse dans les âmes des clartés et des forces nouvelles; il prépare à toutes les classes, à touies les conditions humaines, des destinées jusqu'à lui inconnues; il les affranchit et les règle en même temps ; il les vivifie et les apaise ; il met

I . 71C Épître de saint Paul aux Corinthiens, chap. n, vers. 1-3; IIe Épître, cliap. xn, vers. 10. J'insère, à la fin de ce volume, le texte latin de la Yulgate pour tous les passages des Livres saints que je cite ici d'après la version française d'Osterwald. (A)

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la loi divine et la liberté humaine en présence et en harmonie ; il apporte, au mal qui pèse sur l'humanité, un remède efficace; il ouvre au péché les voies du salut, au malheur les portes de l'espérance.

D'où vient cette puissance ? Quelles sont sa source et sa nature ? Qu'en ont pensé et dit, au moment où elle a apparu, les hommes qui en ont été les témoins et les instruments ?

Ils ont, tous unanimement, vu Dieu dans Jésus- Christ ; la plupart, dès le premier moment, touchés et éclairés soudain par sa présence et sa parole; quelques-uns, avec un peu plus de surprise et d'hésitation, mais bientôt pénétrés et convaincus à leur tour. « Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples : « Que disent les hommes que je suis, moi le Fils de l'homme? » Et ils lui répondirent : « Les uns disent que tu es Jean-Baptiste, les autres Élie et les autres Jérémie ou l'un des prophètes. » Et il leur dit : « Et vous, qui

dites -vous que je suis? » Simon Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. — Tu es heureux, Simon, fils de Jona, lui dit Jésus, car ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela; c'est mon Père qui est dans les cieux 1. » Un autre jour, rencontrant une incertitude semblable : « Si vous me connaissiez, dit Jésus à Thomas, vous connaîtriez aussi mon Père, et dès à présent vous le connaissez et vous l'avez vu. «» Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. » Jésus lui répondit : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu ! Philippe, celui qui m'a vu a vu mon Père 2. »

On a remarqué, et il y a en effet, dans le langage des apôtres, certaines variations, et, entre leurs impressions dominantes, certaines nuances : ils appellent Jésus-Christ, tantôt le « Fils de Dieu, »

1. Évang. selon saint Matthieu, chap. xvi, vers. 43-4 7. (B) %. Évang. selon saint Jean, chap. xiv, vers. 7-9. (C)

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tantôt « le Fils de l'homme ; » ils le considèrent et le présentent tantôt sous son aspect divin, tantôt sous son aspect humain ; ils ne reproduisent pas tous exactement, de lui, la même image ; ils n'insistent pas tous également sur les mêmes traits de sa nature, sur les mêmes faits de sa vie terrestre. Saint Matthieu est plus narrateur et plus moraliste ; c'est lui qui raconte avec le plus de détails la naissance et l'enfance de Jésus-Christ, et qui reproduit avec le plus d'étendue le sermon de la Montagne. Saint Jean est plus adonné à contempler et à peindre la nature divine de Jésus-Christ et son rapport avec Dieu : « La parole étoit au commencement, et la parole étoit avec Dieu, et cette parole étoit Dieu... La parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, une gloire telle qu'est celle du Fils unique du Père, pleine de grâce et de vérité... Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique , qui est dans le sein du Père, est celui qui

nous l'a fait connaître 1. » C'est aussi saint Jean qui rapporte le témoignage du Précurseur, saint Jean - Baptiste , répondant à ceux qui viennent lui dire que tous vont à Jésus-Christ : « Tous m'êtes vous-mêmes témoins que j'ai dit que ce n'est pas moi qui suis le Christ, mais que j'ai été envoyé devant lui... Celui qui est venu d'en haut est au-dessus de tous... Celui que Dieu a envoyé annonce les paroles de Dieu, parce que Dieu ne lui donne pas l'esprit par mesure... Le Père aime le Fils, et lui a donné toutes choses entre les mains 2. » Saint Paul est plus systématique et plus préoccupé des questions et des principes de la doctrine chrétienne, et la divinité de Jésus-Christ est, pour lui, le premier de ces principes : « Ayez, écrit-il aux Philippiens, les mêmes sentiments que Jésus-Christ a eus ; lequel, étant

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