‹ Ser I. Méditations sur la religion chrétienneChapitre 8 sur 64 · Évang. selon saint Jean, chap. ni, vers · texte numérisé non relu

Évang. selon saint Jean, chap. ni, vers

LES DOGMES CHRÉTIENS

en forme de Dieu, n'a point regardé comme une usurpation d'être égal à Dieu; mais il s'est anéanti soi-même en prenant la forme de serviteur et se rendant semblable aux hommes ; — et ayant paru comme un simple homme, il s'est abaissé luimême, s'étant rendu obéissant jusqu'à la mort, même jusqu'à la mort de la croix 1 C'est lui

1. Épitre de saint Paul aux Philippiens, chap. h, vers. o-8. (F) J'ai reproduit ce verset d'après la traduction d'Osterwald, qui est aussi celle delà Yulgate; mais mon fils Guillaume, qui continue à faire, de la philologie latine et grecque dans la littérature sacrée et profane, une scrupuleuse étude, m'a rappelé que le texte de ce passage présente une difficulté sur laquelle se sont exercés, ou xvie et au xvne siècle, Érasme, Caméron, Grotius. Méric Casaubon, et bien d'autres avant comme après eux. Le mot grec àp-a-^.c; se prête à deux sens, à un sens actif et à un sens passif; il peut désigner Y action de ravir, d'enlever par force, ou bien la chose ravie, enlevée, — l'acte de la déprédation ou le butin. Les substantifs tirés des verbes oscillent souvent entre ces deux sortes d'acception, et le mot ccs-ûa-pr', qui n'est qu'une autre forme d'ccpTra^o';, est incontestablement dans ce cas. Eschyle, Euripide, Hérodote l'ont employé dans le premier sens; Eschyle, Euripide, Thucydide et Polybe. dans le second sens. Or, dans le passage de saint Paul,

qui est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toutes les créatures ; — car c'est par lui qu'ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, soit les Trônes, ou les Dominations, ou les Principautés, ou les Puissances, tout a été créé par lai et pour lui. Il est avant tous, et toutes choses subsistent

selon qu'on adopte l'un ou l'autre sens, il faut traduire ou par ces mots : « Il n'a point regardé comme une usurpation d'être égal à Dieu, » ou par ceux-ci : « Il ne s'est pas fait un trophée d'être égal à Dieu; » c'est-à-dire : il n'a point étalé son égalité avec Dieu comme les vainqueurs de la terre étalent les dépouilles et le butin qu'ils ont amassés; il ne s'est pas' prévalu de sa divinité pour régner, pour triompher, pour s'enorgueillir ; il n'a pas été le messie que les Juifs charnels s'étaient promis, roi visible et victorieux à main armée ; « mais, au contraire, il s'est abaissé lui-même en prenant la forme de serviteur, » etc., etc. Cette seconde interprétation paraît plus probable; le raisonnement où elle prend place est ainsi plus suivi et plus coulant ; et en même temps elle laisse intacte la doctrine de l'apôtre; elle ne change rien à sa conception ni à ses conclusions. Saint Paul n'en affirme pas moins, dans ce passage comme dans tant d'autres, la divinité du Sauseur qu'il annonce aux hommes: et c'est de cette majesté volontairement abaissée.

LES DOGMES CHRÉTIENS

par lui 1. » Saint Pierre et saint Jean, dans leurs épîtres, parlent comme saint Paul : « Ce n'est point en suivant des fables composées avec artifice, dit saint Pierre, que nous vous avons fait connaître la puissance et l'avènement de Notre-Seigneur Jésus- Christ ; mais c'est comme ayant vu sa majesté de nos propres yeux; car il reçut de Dieu le Père cet honneur et cette gloire lorsque cette voix lui fut adressée du milieu de la gloire magnifique : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toute mon affection; écoutez-le 2. » — « Qui-

voilée sous une forme d'esclave, obéissante jusqu'à la mort de la croix, qu'il tire pour les chrétiens un auguste exemple et une impérieuse leçon d'humilité et de support mutuel. C'est ainsi que cette interprétation a été admise et défendue par deux hommes éminents, un érudit du xvne siècle et un théologien du xixe, qui étaient tous deux fortement attachés au dogme de la divinité de Jésus-Christ; je veux dire Aléric Casaubon De Verborum usu, p. 138-146, à la suite des lettres de son père), et M. A. Vinet Homilétique. p. 116).

1 . Épître de S. Paul aux Colossiens, ch. i. vers. 1 5-17. (G)

2. Il" Épître catholique de S. Pierre, apôtre, chap. i, vers. 46-17. (H)

conque nie le Fils, écrit saint Jean, n'a point le Père; mais celui qui confesse le Fils a aussi le Père1. » — « Reconnaissez l'esprit de Dieu à ceci : Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu; — mais tout esprit qui ne confesse pas Jésus-Christ venu en chair n'est point de Dieu 2. »

Tel est le langage des apôtres; telles en sont en même temps les nuances et l'harmonie. Évidemment, ils ont tous la même conception de Jésus-Christ, ils lui portent tous la même foi. Pour saint Matthieu comme pour saint Jean, pour saint Pierre comme pour saint Paul, Jésus-Christ est à la fois Dieu et homme, le représentant de Dieu sur la terre, et le lien, le médiateur entre Dieu et les hommes, venu de Dieu et remonté vers lui comme vers la source et le centre de son

1. 7re Èpître catholique de saint Jean, apôtre, chap. n, vers. 23. (I)

Page 1