ACTE PREMIER
ROBERT, continuant.
— « Vous êles bien curieux ! — Madame la baronne, monsieur, s'est fait une loi de n'admettre pour locataires que des personnes bien pensantes. » Ma foi, l'entresol me plaît! Je demande l'adresse de la baronne. On m'indique cet hôtel!... Je viens tantôt; madame ne reçoit que le soir; et je te trouve, euclianté qu'un introducteur tel que toi, plaide et gagne ma cause auprès de ta belle-mère !...
PLANTROSE, se 'levant.
Ah! tu tombes bien!... jolie recommandation que la mienne !
ROBERT
Son gendre?
PLANTROSE.
Qu'elle renie. Un païen tel que moi... Racca !...
ROBERT, se levant.
Ah bah !
PLANTROSE.
Mon bon ami, quand je me suis marié, il y a six ans, c'était encore possible... je connaissais de longue date la baronne, par ton oncle, jadis fort assidu dans la maison, maison charmanle d'ailleurs en ce temps-là !... le baron, un bonhomme, et deux filles, l'une d'un premier lit, Agathe ; l'autre, Yvonne, de son mariage avec la baronne; une jolie enfant très-gaie, très-souriante, et dont ils travaillent aujourd'hui à faire une religieuse.
ROBERT
Ah ! pauvre fille !
PLANTROSE.
Je m'amourachai d'Agaihe, j'épousai... Et comme tous les nouveaux mariés qui ne font que des sottises, je consentis à demeurer sous le même toit que ma l)elle-mère. Si lu as jamais à opter de vivre avec ta belle-ïnaman ou de te briîler
8 SÉRAPIIINE
la corvello, n'hé^ilo pas, mon ami !... Brû'e-la-Iui !... C'est la seule issue ! Dans les premiers temps, tout marchait à souhait. Mais des intérêts très-graves m'appelèrent à New- York. Parti pour quelques sei aines, je n'en revins qu'au bout de quelques mois ! Ils avaient suffi à ma belle-mère pour franchir le terrible fossé qui sépare la vraie piété de la dévotion excessive, et pour entraîner dans son évolution ma pauvre petite femme, soumise à son iiifluence comme au temps de sa première poupée ! De ce jour, mon ménage fut perdu. C'est un enfer ! Qu'il te suffise de savoir que ma femme, toute àses pratiques religieuses, me ramène peu à peu aux conditions du célibat ! Dépiié, écœuré, je me suis jeté dans la botanique, les voyages, les découvertes, et je suis parti pour l'Afrique!... Autre sottise! Où j'avais laissé le mal, je retrouvai le pire ! Bref! je suis à bout ! Il est temps d'agir, et je prépare ici un petit coup d'État I
ROBERT
Et tout cela par la faute...
PLANTROSE, s'nsseyant à gauche.
De Séraphine...
La baronne s'appelle Séraphine?
PLANTROSE.
Oui.
ROBERT
C'est complet!. Je la vois d'ici!
PLANTROSE.
Et comment la vois-tu ?
ROBERT
Parbleu ! une petite vieille toute ratatinée, gratinée, doublement racornie par les glaces de làge ei par les ardeurs de la foi !
PLANTROSE.
Autant d'erreurs que de mots ! Après avoir été l'une des