ACTE TROISIÈME iO
YVONNE, arec effroi.
Tu veux toujours qu^ je sois religieuse?
Plus que jamais.
YVONNE
Mais je t'ai dit!...
f»ÉRÀPHINE, changeant de ton subitement, doucement, tendrement, s asseyant arec elle sur le canapé*
Mon Yvonne!... ma belle, ma mignonne!... je t'en supplie! ne fais pas le malheur de la mère et le tien... Écoute-moi; laisse-moi faire ! ce sera si bon ! Je te conduirai là si doucement et par des chemins si faciles I... tu ne t'en apercevras pas !
YVONNB.
Oh ! si !
SERAPHINS, lui fermant la bouche par un baiser et continuant de même.
Et tu accomplis mon vœul... et tu sauves ta mère!... Mon Yvonne chérie, exauce- moi ; tu seras la seule prière de ma vie, ma vie elle-même. Je ne vivrai plus que pour toi I et je te bénirai deux fois! à genoux, tiens!... (EUe glisse à genoux). Car c'est oui, n'est-ce pas? Tu Tas dit! Oui, n'est-ce pas ?... Ah I tu Tas dit ! tu l'as dit ! merci 1
YVONNE, se dégageant.
Dh I maman ! tu me fais peur I
SERAPHINE, debout, exaspérée.
Et toi, donc !... Oh 1 misérable fille ! qui ne fais rien, rîcn pour sa mère 1
YVONNE, se leyant.
Mon Dieu j
Ah I taisez-vous I... El je m'abaisse à vous prier quand j'aL le droit do dira : Je veux !...
^08 SÉBAPHINB
YVONNE
Je t*en supplie, maman !
SÉBÂPHINE *«
Ah ! vous avez besoin de la retraite ! Ah ! vous écrivez et recevez des lettres clandestines I
YVONNE
Ah 1 ça, maman, c^est mal !... tu Pavais pardonné !•••
Et vous jugez votre mère encore I
YVONNE
Maman, pitié 1
SÉBAPHINB.
Vous rentrerez au couvent ce soir !
YVONNE, épourontée, la retenant.
Ma mère 1... mère chérie !... tout ce que tu voudras ; mais, par pitié, par grâce ! pas au couvent! pas là' J'ai peur! maman, ne me fais pas retourner là ! c*est horrible ! j'y mourrai !
séRAPHINB.
Allons! folies I...
YVONNE, sanglotant.
Tu ne peux pourtant pas avoir promis de me faire souffrir!... C'est affreux, cela!
Je suis votre mère, et je le veux 1
YVONNE, brisée.
C'est bien! j'irai, maman I... j'irai...
Elle tombe épuisée, assise.
Elle va pour sortir, puis revient sur ses pas, se penche sur Yvonne »
et, la soulevant à demi, tendrement.
Ah I si tu consentais pourtant I... si tu me disais : « Mère * Yvonne, Séraphine.
adorée, oui, pour fobéir, pour te plaire, j'irai avec bonheur, avec joie... » Ah ! mon Yvonne I
YVONNE
Je le voudrais... je ne peux pas!... tu vois bien, je ne peux pas !
SÉRAPHINE, se redressant,
Ah! vous aurez beau faire tous les deux... tu seras heureuse... malgré toi !
Elle sort.