‹ Serfs et vilains au moyen âgeChapitre 107 sur 115 · CONDITIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

CONDITIONS DIVERSES

entreprise de culture elle ne se montre guère, antérieurement au dernier siècle, hors du domaine royal ou des biens ecclésiastiques..

Le bail à ferme est aussi le contrat que les stipulations ont marqué le plus tôt du caractère mercantile. Ce fait et le précédent s'expliquent tous les deux par la même raison. Naturellement imaginé là où les échanges étaient actifs, étendus, où les denrées s'écoulaient vite, où le capital-argent se formait ; supposant des preneurs bien pourvus, possesseurs de bétail, d'instruments, d'avances, le fermage devait le plus tôt abandonner les stipulations fondées sur des situations moins avancées ou contraires. Mais c'est aussi pourquoi il est resté exceptionnel en France, les situations et les preneurs qui lui convenaient s'y étant trouvés trop peu souvent et trop peu longtemps en grand nombre.

J'ai dit plus haut que la rente foncière avait pu passer au bail à ferme; il ne faudrait pas penser que ce fût ordinaire. Dans la rente étaient les petits, les minores, minimi des textes, les pauperculi de Varron, les pauvres laboureurs de bras qu'on voit figurer aux Ordonnances; l'humble famille en un mot, riche surtout de besoins, mais aussi de force, d'espoir, de patience. Le très petit nombre dut trouver en cela assez de moyens ou d'audace pour affronter le fermage. Aussi ce contrat s'est-il fait tout de suite des démarcations

géographiques correspondantes aux conditions qu'il demande. Les causes qui ont maintenu presque constamment ces conditions aux lieux où elles s'étaient d'abord produites, outre celles qui rendirent lents les progrès du cultivateur dans quelque conduction qu'il se trouvât, ont fait que \a ferme n'a pas, de longtemps, dépassé beaucoup ses premières limites. Elle resta comme inconnue au-dessous de la Loire, elle fut presque essentiellement propre aux provinces septentrionales; dans celles-ci, même, elle n'atteignit jamais un développement comparable à -celui des autres conductions. Jusqu'à une époque peu ancienne, ce contrat eut d'ailleurs à lutter contre une législation aussi défiante et injuste à son égard, que l'agriculture était peu en état de le produire, donc une législation peu portée à le faire rechercher. Il faut arriver au xvi^ siècle pour que les engagements et les baux émanés du vassal ou d'un premier et principal preneur restent obligatoires au suzerain ou au propriétaire, en droit du moins sinon en fait. Il faut arriver plus près de nous encore, pour que ces exigences puissent être imposées à l'acquéreur ou à ses héritiers, conditions sans lesquelles il n'y avait réellement pas de ferme tenable.

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